Sainte Marguerite de Castello
Cachée dès la naissance
Marguerite naît en 1287 au château de Metola, près de Mercatello sul Metauro en Italie, de nobles parents, Parisio et Emilia. Elle vient au monde aveugle, la colonne vertébrale courbée, les jambes visiblement d'inégale longueur, de petite taille — une combinaison de particularités qui, pour des parents avant tout soucieux du rang de leur famille, ressemble apparemment moins à un enfant à élever qu'à une honte à dissimuler. Leur solution consiste à murer une pièce accolée à la chapelle familiale et à l'y garder, hors de vue, pendant près de dix ans. C'est un détail qu'il faut regarder en face : il ne s'agit pas d'une négligence née de la pauvreté ou de l'ignorance, mais d'une décision délibérée et maintenue par des gens qui avaient tous les moyens d'agir autrement.
Saint Margaret of Castello aka 'Little Margaret', illustration dévotionnelle numérique de Philip K (Robert444444), 2023 — publiée en CC0/domaine public via Wikimedia Commons. Utilisée ici faute d'avoir pu localiser une peinture historique du domaine public la représentant ; elle sera remplacée par une œuvre d'époque si l'on en identifie une.
Abandonnée dans un sanctuaire
En 1303, alors que Marguerite a seize ans, ses parents l'emmènent dans un sanctuaire franciscain de Città di Castello, réputé pour ses guérisons miraculeuses. Quel que soit le mélange d'espoir et de désespoir qui les y a poussés, cela ne se passe pas comme ils l'espéraient — aucune guérison ne vient. Et plutôt que de ramener leur fille à la maison, Parisio et Emilia la laissent au sanctuaire et retournent à Metola sans elle. Les sources historiques ne cherchent pas à adoucir ce fait : c'est, tout simplement, un abandon, l'acte final d'une relation que ses parents avaient déjà passé dix ans à gérer par la dissimulation.
Une nouvelle famille parmi les pauvres
Ce qui se passe ensuite est la partie de l'histoire de Marguerite qui transforme dix ans de dissimulation et un abandon final en le commencement d'une vie qui finira par être reconnue comme sainteté. Les pauvres de Città di Castello la recueillent. Elle reçoit la direction spirituelle des frères dominicains établis dans la ville et est admise dans le tiers-ordre de saint Dominique, cette branche laïque qui permettait aux hommes et aux femmes de vivre selon la spiritualité dominicaine sans prononcer les vœux complets des frères ou des moniales cloîtrées.
Marguerite met immédiatement cette nouvelle vie au service des autres. Elle tient une école informelle pour les enfants de la ville, leur enseignant la foi et les psaumes qu'elle avait elle-même appris, et garde d'autres enfants pendant que leurs parents travaillent — une femme abandonnée comme un fardeau devenant, en quelques années, quelqu'un sur qui toute une ville de familles ouvrières compte. Les récits de l'époque insistent tous sur un trait précis : elle ne parla jamais avec amertume des parents qui l'avaient cachée puis délaissée. Cette absence de rancœur rapportée n'est pas un enjolivement tardif ajouté pour adoucir l'histoire — c'est l'un des traits les plus souvent attestés de son culte dès ses débuts.
De quatre siècles comme « bienheureuse » à une canonisation en 2021
Marguerite meurt à Città di Castello le 13 avril 1320. Sa cause avance lentement à travers les processus de l'Église, comme tant d'autres causes médiévales : le pape Paul V lui accorde une béatification équipollente — une reconnaissance d'une vénération populaire déjà ancienne et établie, plutôt qu'un dossier fraîchement instruit — le 19 octobre 1609. Pendant plus de quatre cents ans, elle est vénérée dans tout le monde dominicain et bien au-delà comme « bienheureuse » Marguerite de Castello.
Cela change le 24 avril 2021, quand le pape François la canonise formellement par canonisation équipollente, selon le même mécanisme que celui utilisé pour la déclaration originelle de Paul V en 1609 : une reconnaissance fondée sur des siècles de culte continu, plutôt qu'une cause nouvelle motivée par un miracle. Elle est aujourd'hui pleinement canonisée sainte de l'Église catholique — sainte Marguerite de Castello — même si on continue parfois, par habitude ancienne, à l'appeler « bienheureuse ». Sa fête est célébrée le 13 avril, jour de sa mort.
Un patronage moderne enraciné dans une vieille histoire
Le patronage de Marguerite s'est considérablement développé au cours du siècle qui a suivi la redécouverte de son histoire par un public plus large, et il s'inscrit directement dans le prolongement de sa propre vie plutôt que dans une symbolique inventée : elle est aujourd'hui largement invoquée par et pour les personnes handicapées, pour les aveugles en particulier, et — surtout dans les milieux pro-vie — pour les enfants à naître et les enfants non désirés. Rien de tout cela n'est un titre ancien formellement attribué ; il s'agit d'un développement dévotionnel du XXe et du XXIe siècle, porté par des ministères auprès des personnes handicapées et des organisations pro-vie qui reconnaissent, dans l'histoire d'une enfant abandonnée au XIVe siècle, un écho direct aux causes qu'elles défendent aujourd'hui. Les lecteurs intéressés par d'autres saintes dont la sainteté s'est forgée après un rejet familial pourront aussi lire l'article consacré à sainte Dymphne.






