Zachée dans l'arbre: le grand changement de cœur d'un petit homme

Tout le monde à Jéricho savait exactement qui était Zachée, et rien de tout cela n'était flatteur. Il était riche parce que son métier le rendait riche — chef des publicains, le genre d'homme que l'occupation romaine payait grassement pour pressurer ses propres compatriotes, prélevant au passage tout ce qu'il voulait. Alors, quand la foule se referma et refusa de laisser un petit homme impopulaire se frayer un chemin jusqu'au rabbin de passage, il ne lui resta qu'une chose à faire: grimper à un arbre comme un enfant, devant toute la ville.

Un homme que personne ne voulait laisser passer

L'Évangile de Luc présente Zachée par trois détails, empilés délibérément: c'était un chef des publicains, il était riche, et il était petit (Luc 19,2-3). Les deux premiers détails sont liés — les chefs des publicains, dans la Judée occupée par Rome, supervisaient d'autres collecteurs d'impôts et s'enrichissaient souvent en exigeant plus que ce qui était dû, ce qui les rendait riches et, presque universellement, méprisés par leurs propres communautés comme des collaborateurs et des extorqueurs. Le troisième détail, sa petite taille, est ce qui fait réellement avancer la scène: lorsque Jésus traversa Jéricho entouré d'une foule, Zachée "ne le pouvait à cause de la foule" (Luc 19,3), et rien n'indique que la foule était pressée d'aider un tel homme à mieux voir.

Zachee perche dans un figuier regardant Jesus, peinture du XVIIIe siecle

Petrus Norbertus van Reysschoot, Zachee dans le figuier, 1792-93. Domaine public, Wikimedia Commons.

Zachée fait donc quelque chose de peu digne pour un homme riche de sa position sociale: il court en avant de la foule et grimpe à un sycomore, se plaçant là où Jésus devait passer (Luc 19,4). C'est un détail modeste, presque comique — un homme riche perché dans un arbre comme un enfant — mais il révèle quelque chose d'important sur lui. Quoi qu'ait fait sa profession à sa réputation, son désir de voir Jésus était assez fort pour l'emporter sur sa dignité.

Le sycomore lui-même mérite qu'on s'y arrête. L'arbre que nomme Luc, un sycomore-figuier courant dans la région, était réputé pour ses branches larges et basses, ce qui le rendait relativement facile à grimper même avec les longues robes typiques de l'époque — un détail concret qui suggère que Luc, ou celui qui lui a transmis le récit, connaissait réellement les lieux plutôt que d'inventer un accessoire commode. Jéricho se trouvait sur une route très fréquentée, et un homme suffisamment déterminé pour repérer à l'avance, dans une foule en mouvement, exactement le bon poste d'observation, révèle un degré de préméditation qui dépasse un simple caprice.

"Il me faut demeurer chez toi"

Jésus lève les yeux et fait quelque chose que Zachée n'attendait sûrement pas: il l'appelle par son nom, sans aucune présentation rapportée dans le texte, et s'invite chez lui. "Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi" (Luc 19,5). Zachée, dit Luc, "vite il descendit et le reçut avec joie" (Luc 19,6) — la rapidité et la joie comptent toutes deux, en contraste frappant avec la manière dont la foule accueille la nouvelle.

La réaction de cette foule est immédiate et sans surprise, compte tenu du contexte social: "Il est allé loger chez un homme pécheur!" (Luc 19,7). Ce n'est pas une objection déraisonnable selon les critères de l'époque — les publicains étaient classés, dans les Évangiles, aux côtés des pécheurs et des exclus, et qu'un rabbin respecté choisisse de loger chez l'un d'eux pouvait sembler, aux yeux des spectateurs, un cautionnement de sa conduite.

Une réponse plus grande que ce qui était demandé

Ce qui se passe à l'intérieur de la maison de Zachée n'est pas raconté directement — Luc bascule directement sur Zachée debout, apparemment devant la foule assemblée, faisant une déclaration spontanée: "Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple" (Luc 19,8). Personne ne le lui avait demandé. Jésus n'avait posé aucune condition à sa visite. La restitution au quadruple qu'il propose fait écho à une peine prévue par la loi mosaïque pour certaines catégories de vol (Exode 22,1) — Zachée se tient à une exigence bien supérieure à une simple réparation, un acte de conversion véritable et volontaire plutôt qu'une gestion de crise.

"Le salut est arrivé pour cette maison"

La réponse de Jésus recadre tout l'épisode. "Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" (Luc 19,9-10). L'expression "lui aussi" a son importance — c'est une réponse directe aux murmures de la foule, restaurant le statut de Zachée comme membre à part entière du peuple d'Israël, et non comme un étranger auquel Jésus se serait scandaleusement associé. Et la dernière phrase — "chercher et sauver ce qui était perdu" — fonctionne presque comme une profession de mission pour l'ensemble de l'Évangile de Luc, qui met sans cesse en scène des exclus, des pécheurs et des méprisés trouvant accueil auprès de Jésus.

Pourquoi cette histoire touche encore

Le récit de Zachée est souvent retenu, surtout par les enfants, avant tout pour l'arbre — mais l'arbre n'est que le décor. Ce que Luc raconte réellement, c'est une histoire compacte de rencontre et de conversion: un homme défini publiquement par la cupidité et la complicité dans un système injuste rencontre Jésus, est vu et nommé avant même d'avoir dit un mot, et répond non par un changement de cœur discret gardé pour lui, mais par un acte public, coûteux et concret de restitution. La tradition catholique y voit moins une histoire sur l'amour de Jésus pour les marginaux en général, qu'un portrait de ce à quoi ressemble une vraie conversion lorsqu'on lui laisse la place de se produire — non un vague remords, mais un acte qui coûte quelque chose.

Luc place cet épisode juste avant la marche finale de Jésus vers Jérusalem, immédiatement après la guérison d'un mendiant aveugle, elle aussi près de Jéricho, et juste avant la parabole des dix mines. Ce placement n'a rien d'accidentel. Ensemble, ces récits voisins construisent le même thème auquel Luc revient sans cesse tout au long de son Évangile: la vue rendue à ceux qui ne pouvaient voir, l'accueil offert à ceux que tous les autres avaient déjà rayés de la liste, et l'affirmation constante que Jésus est venu chercher précisément les personnes que le reste de la société avait déjà jugées sans intérêt. Les lecteurs curieux de voir comment Luc traite ailleurs des renversements semblables pourront aussi consulter l'article de ce blog sur la parabole du Fils prodigue, un autre récit propre à l'Évangile de Luc, construit autour du thème de ce qui était perdu et se trouve retrouvé.

Il y a aussi quelque chose de discrètement instructif dans ce que Jésus ne fait pas. Il n'exige aucun compte rendu des affaires passées de Zachée avant d'accepter de manger chez lui, ne demande aucune preuve préalable d'un changement de conduite, et n'attend pas l'approbation de la foule. L'invitation vient d'abord, sans condition; la transformation en découle. Cet ordre — l'accueil qui précède le mérite — explique en partie pourquoi ce court épisode reste l'un des récits de conversion les plus souvent cités de tout le Nouveau Testament.

Trivia

Pourquoi Zachée est-il monté dans un arbre pour voir Jésus?
Luc 19,3-4 donne deux raisons simples: il ne pouvait voir par-dessus la foule car il était "petit de taille", et la foule n'était guère disposée à faire de la place à un homme qu'elle méprisait comme chef des publicains. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore le long du chemin par lequel Jésus devait passer.
Qu'a dit Jésus en voyant Zachée dans l'arbre?
"Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi" (Luc 19,5) — Jésus l'appelle par son nom, sans avoir été présenté, et s'invite lui-même plutôt que d'attendre d'y être convié, un renversement frappant des attentes sociales envers un homme que la foule considérait comme un pécheur.
Comment la foule a-t-elle réagi en voyant Jésus se rendre chez Zachée?
Elle murmura: "Il est allé loger chez un homme pécheur!" (Luc 19,7). Les publicains, dans la Judée du premier siècle, étaient largement méprisés, considérés comme des collaborateurs de l'occupation romaine extorquant souvent de l'argent supplémentaire à leurs propres compatriotes — la désapprobation de la foule reflète donc le jugement moral ordinaire de l'époque, et non une réaction inhabituelle.
Que promet Zachée à Jésus?
"Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple" (Luc 19,8). Ce remboursement quadruple fait écho à une peine prévue par la loi mosaïque (Exode 22,1) pour certains types de vol, allant bien au-delà de ce que Jésus lui avait demandé.
Qu'a dit Jésus au sujet du salut de Zachée?
"Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" (Luc 19,9-10) — des paroles qui restaurent à la fois la place de Zachée comme membre à part entière d'Israël et résument, dans l'Évangile de Luc, la mission entière de Jésus.
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