La prière de saint François : origines et sens

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. » C'est l'une des ouvertures les plus reconnaissables de la prière chrétienne, imprimée sur des plaques, lue lors de funérailles, citée par des papes — et pourtant François d'Assise ne l'a presque certainement jamais écrite. La prière qui porte son nom est apparue pour la première fois imprimée en 1912, dans une petite revue spirituelle française, sans la moindre attribution à François. Comment elle a fini par porter son nom, et pourquoi elle lui va si bien malgré tout, forme sa propre petite histoire.

Une prière à la piste papier mystérieuse

Les historiens qui ont retracé la prière de paix dans les archives imprimées arrivent tous au même point de départ : une petite revue catholique française appelée La Clochette, publiée par une association caritative dirigée par un prêtre, en Normandie. Son numéro de décembre 1912 imprimait une prière simplement intitulée « Belle prière à faire pendant la messe ». Aucun auteur n'était nommé. Aucun lien avec François d'Assise n'apparaissait nulle part dans le texte.

Un tableau de Francisco de Zurbarán représentant saint François d'Assise en méditation, agenouillé dans un habit brun et tenant un crâne.

Francisco de Zurbarán, Saint François en méditation, 1635-1639, National Gallery, Londres — domaine public.

Cette absence compte, car François est mort en 1226, et rien qui ressemble à cette prière n'apparaît dans aucun de ses écrits conservés — sa Règle, son Testament, ses lettres, ou les premières biographies écrites par ses compagnons dans les décennies suivant sa mort. Les spécialistes franciscains qui ont passé ces sources au peigne fin pour trouver une correspondance n'en ont trouvé aucune. Le vocabulaire et la structure de la prière paraissent aussi plus modernes que tout ce qui date du XIIIe siècle, renforçant la même conclusion : quel qu'en soit l'auteur, ce n'était pas François.

Comment la prière a fini par porter son nom

La piste qui part de 1912 est plus facile à suivre que celle qui y mène. Une revue franciscaine française, l'Étoile Séraphique de Saint François d'Assise, republia la prière en janvier 1916 — cette fois accompagnée d'une image de François, mais sans encore le créditer directement comme auteur. À partir de là, des traductions commencèrent à circuler à travers l'Europe pendant la Première Guerre mondiale, une période où son appel à la paix au milieu de la haine et de l'offense trouvait clairement un écho. Chaque nouvelle diffusion rapprochait un peu plus la prière du nom de François, si bien que, dans les années 1920, elle était imprimée en anglais simplement comme « The Prayer of St. Francis », sans point d'interrogation.

Le temps que des chercheurs ultérieurs se mettent en quête de l'attribution originale, l'association était déjà trop profondément ancrée dans la dévotion populaire pour être délogée — ce qui est en soi un schéma familier dans l'histoire de la prière et de la légende chrétiennes : l'utilité spirituelle d'un texte peut largement dépasser son origine documentée.

La prière, en entier

La version que la plupart des catholiques connaissent aujourd'hui se lit ainsi :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l'amour. Là où est l'offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l'union. Là où est l'erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l'espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie.

Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler, à être compris qu'à comprendre, à être aimé qu'à aimer. Car c'est en donnant que l'on reçoit, c'est en s'oubliant qu'on trouve, c'est en pardonnant qu'on est pardonné, c'est en mourant qu'on ressuscite à la vie éternelle.

De petites variantes existent entre les versions françaises en circulation — certaines ajoutent la paire discorde et union, ou erreur et vérité, absentes de la version anglaise la plus courante — mais la structure en paires d'opposés et la formule finale sur la mort qui ouvre à la vie restent constantes dans presque toutes les versions.

Pourquoi elle continue d'évoquer François, même s'il ne l'a pas écrite

Le décalage entre l'auteur réel et l'attribution ne dérange guère ceux qui la prient, et il y a une raison à cela au-delà de la simple habitude. La vie même de François était bâtie exactement sur le renversement que décrit la prière : le fils d'un riche marchand qui donna tous ses biens, un aspirant chevalier devenu mendiant, un homme dont on se souvient être entré désarmé dans le camp du sultan al-Kamil en Égypte en 1219, pendant la cinquième croisade, pour y chercher la paix plutôt que la conquête. Le renversement central de la prière — que la plénitude vient du dépouillement, que recevoir vient du donner — est un proche cousin de la pauvreté et de l'humilité que François a réellement prêchées et vécues.

Cela n'en fait pas pour autant sa prière. Mais cela explique pourquoi, une fois son nom attaché, il ne s'en est jamais détaché. L'Église n'a jamais publié de correction officielle pour décourager ce titre, et les éditeurs de dévotion catholiques, les animateurs de retraites, et même plusieurs papes récents, continuent d'employer « prière de saint François » comme son nom d'usage, traitant l'attribution comme une convention établie plutôt que comme une affirmation historique.

Comment on la prie aujourd'hui

Contrairement à un chapelet ou à une neuvaine, la prière de paix n'a ni calendrier fixe ni nombre de répétitions attaché. Les catholiques la prient le plus souvent comme une méditation unique et complète — au début ou à la fin de la journée, avant une conversation difficile, ou en groupe, lors de retraites et de services de prière œcuméniques, où son langage universel sur la paix et la réconciliation traverse bien les frontières confessionnelles. C'est aussi un choix courant pour les messes de funérailles et les services commémoratifs, car sa dernière formule — « c'est en mourant qu'on ressuscite à la vie éternelle » — parle directement à l'espérance chrétienne en la résurrection.

Certaines paroisses l'associent au chapelet de la Miséricorde divine ou à la prière du matin dans le cadre d'une routine dévotionnelle plus large, mais elle fonctionne tout aussi bien priée seule, lentement, en portant attention à chaque paire d'opposés — la haine et l'amour, l'offense et le pardon — comme une sorte d'examen quotidien des endroits où la paix fait encore défaut.

Trivia

Saint François d'Assise a-t-il réellement écrit la prière de paix qui porte son nom ?
Aucune preuve historique ne relie cette prière à François, mort en 1226. La première impression connue est en français, dans le numéro de décembre 1912 du petit bulletin de dévotion La Clochette, publié en Normandie — près de sept siècles après sa mort, et sans son nom attaché.
Quand et comment la prière a-t-elle été rattachée à saint François ?
Une publication franciscaine française, l'Étoile Séraphique, republia la prière en 1916 accompagnée d'une image de saint François, puis des traductions françaises, italiennes et anglaises commencèrent à circuler en portant son nom. Au moment où elle se répandit largement en anglais pendant et après la Première Guerre mondiale, l'attribution à François s'était déjà fixée dans la mémoire populaire.
Quel est le texte original exact de la prière de paix ?
La version couramment priée commence par « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix : là où est la haine, que je mette l'amour... » et se poursuit à travers des paires d'opposés — l'offense et le pardon, le doute et la foi, le désespoir et l'espérance, les ténèbres et la lumière, la tristesse et la joie — avant de conclure par « car c'est en donnant que l'on reçoit, c'est en pardonnant qu'on est pardonné, et c'est en mourant qu'on ressuscite à la vie éternelle ».
Pourquoi le message de la prière convient-il encore à saint François, même s'il ne l'a pas écrite ?
Ses thèmes — l'amour qui se dépouille, la réconciliation, la vie trouvée en mourant à soi-même — reflètent de près l'enseignement de François lui-même et son adhésion radicale à la pauvreté et à la construction de la paix, y compris son célèbre voyage de 1219 pour rencontrer le sultan d'Égypte pendant les croisades. L'attribution est historiquement inexacte mais pas arbitraire sur le plan thématique.
La prière de paix est-elle utilisée dans la liturgie catholique officielle ?
Elle ne fait pas partie des textes liturgiques officiels de l'Église (la messe, l'office divin ou les rites sacramentels approuvés), mais elle est largement utilisée dans la dévotion personnelle, les retraites et les services œcuméniques, et plusieurs papes, dont Jean-Paul II et François, l'ont citée ou évoquée publiquement.
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