Tous les martyrs chrétiens ne sont pas morts seuls. Au fil de deux
mille ans d'histoire de l'Église, des groupes entiers — une légion
romaine, une maisonnée de missionnaires, une compagnie de pages
à une cour royale — ont été martyrisés ensemble en un seul et
même épisode, et l'Église les honore et les canonise souvent
comme un seul groupe partageant une fête commune plutôt que comme
des individus séparés. Ce répertoire rassemble les martyres
collectifs déjà racontés en détail sur ce blog, des persécutions
de l'Empire romain aux terres de mission de l'Amérique du Nord
coloniale et de l'Afrique de l'Est.
Martyrs des persécutions romaines (IIe-IVe siècle)
Sainte Blandine et les martyrs de Lyon — une jeune femme réduite en esclavage, arrêtée avec un groupe plus large de chrétiens en Gaule romaine, martyrisée dans l'arène de Lyon en 177 après J.-C. — l'un des premiers martyres collectifs bien documentés de l'histoire de l'Église.
Saintes Perpétue et Félicité — une femme de rang noble et une femme réduite en esclavage, martyrisées ensemble avec trois compagnons à Carthage en 203 après J.-C., dans un récit en partie rédigé, selon la tradition, par Perpétue elle-même alors qu'elle se trouvait encore en prison.
Les Quarante Martyrs de Sébaste — quarante soldats romains, condamnés à mourir de froid sur un lac d'Arménie vers 320 après J.-C. pour avoir refusé de renier leur foi, honorés depuis comme une seule et même compagnie.
Saints Côme et Damien — deux frères jumeaux qui exerçaient la médecine sans faire payer les pauvres, martyrisés ensemble pendant la persécution de Dioclétien.
Sainte Victoria d'Albitina et les martyrs d'Abitina — une communauté d'Afrique du Nord jugée en groupe pour avoir continué à célébrer l'eucharistie dominicale en dépit de l'interdiction de Dioclétien, restée célèbre pour cette phrase de défi conservée dans les actes du procès : Sine dominico non possumus — « sans l'assemblée du dimanche, nous ne pouvons vivre ».
Les Saints Innocents (Ier siècle)
Les Saints Innocents — les jeunes garçons de Bethléem tués sur l'ordre du roi Hérode, alors qu'il cherchait l'enfant qu'il redoutait comme un roi rival — le plus ancien martyre commémoré par le calendrier chrétien, bien qu'en tant que victimes plutôt que croyants ayant choisi leur mort.
Martyrs missionnaires de l'époque coloniale (XVIIe-XIXe siècle)
Saint Isaac Jogues et les martyrs canadiens — huit missionnaires jésuites martyrisés parmi les Hurons et les Mohawks en Nouvelle-France et dans ce qui est aujourd'hui le nord de l'État de New York, durant les années 1630 et 1640, canonisés ensemble en 1930.
Saint Charles Lwanga et les martyrs de l'Ouganda — 22 jeunes convertis catholiques, pages et compagnons à la cour royale du Buganda, brûlés vifs sur l'ordre du roi Mwanga II en 1886 pour avoir refusé de renier leur foi.
Ce que signifie vraiment une fête commune
Chaque groupe de cette liste est honoré par une seule fête commune plutôt que par des dizaines de fêtes séparées, et ce n'est pas une simple commodité administrative — cela reflète la façon même dont l'histoire s'est déroulée. Il ne s'agissait pas d'individus parvenus chacun de son côté au martyre et regroupés après coup pour former une entrée de calendrier bien pratique ; ils furent arrêtés ensemble, jugés ensemble, et dans la plupart des cas exécutés dans les mêmes heures ou les mêmes jours, pour le même refus. La fête commune est la manière dont l'Église préserve ce fait historique : quelles que soient leurs différences d'âge, d'origine, ou la part de leur histoire individuelle qui nous est parvenue, ils sont allés à la mort comme une seule et même compagnie, non comme des cas séparés qui se seraient simplement rencontrés par coïncidence.
Nikitarea, Les Quarante Martyrs de Sébaste, 1701-1725, Petit Palais, Paris Musées — domaine public (CC0). Utilisée ici comme image représentative de ce répertoire, car elle illustre l'un des martyres collectifs les mieux documentés parmi ceux présentés ci-dessous.
Trivia
Pourquoi certains martyrs sont-ils canonisés en groupe plutôt qu'individuellement ?
Parce que la trace historique de l'événement est elle-même collective — un unique épisode documenté (une arrestation, un procès, une exécution) concernant tous les intéressés ensemble — si bien que la reconnaissance de l'Église et la fête commune suivent la forme même de l'histoire réelle, plutôt que de séparer artificiellement des causes individuelles pour des personnes mortes au cours du même événement et pour le même motif.
Quelle est la différence entre un martyre collectif et plusieurs saints qui partagent simplement la même fête ?
Un véritable martyre collectif réunit des personnes arrêtées, jugées et exécutées ensemble dans le cadre d'un seul et même épisode historique — à la différence de saints qui sont simplement morts à la même date du calendrier, à des siècles d'écart, et que l'on a regroupés après coup par la seule coïncidence de la date.
Les martyres collectifs sont-ils plus difficiles à vérifier historiquement que les martyres individuels ?
Cela varie selon les cas plutôt que de suivre une règle unique — certains martyres collectifs, comme celui des martyrs d'Abitina, reposent sur des actes de procès exceptionnellement bien conservés, tandis que d'autres, comme les Quarante Martyrs de Sébaste, ne sont connus principalement que par des récits hagiographiques plus tardifs, avec moins de documentation contemporaine.
Les martyrs d'un même groupe partagent-ils une seule fête ou des fêtes séparées ?
Presque toujours une seule fête commune, marquant l'unique événement au cours duquel ils sont tous morts, plutôt que des fêtes individuelles séparées — un reflet concret du fait que l'histoire elle-même constitue un seul événement, et non plusieurs.