La parabole du semeur
Une foule trop nombreuse pour le rivage
Marc plante le décor avec un détail presque logistique : la foule autour de Jésus est devenue si nombreuse qu'il « monte dans une barque et s'y assied, en mer ; et toute la foule était à terre, près de la mer » (Marc 4,1, Bible de Jérusalem). C'est une image modeste et pratique — un rabbin utilisant une barque comme chaire flottante — mais elle présente aussi ce qui suit comme un enseignement public destiné à tous ceux qui peuvent l'entendre, non une leçon privée réservée au cercle des proches. Ce que Jésus dit à cette foule est d'une simplicité trompeuse : « Écoutez ! Voici que le semeur est sorti pour semer » (Marc 4,3, Bible de Jérusalem). Sans introduction, sans explication préalable. Juste un fermier, un champ, et de la semence.
Jacopo Bassano, « La Parabole du semeur », v. 1566, Gallerie dell'Accademia, Venise — domaine public.
Quatre types de terrain, un seul type de semence
L'histoire elle-même tient en un seul souffle. Une partie de la semence « est tombée au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ont tout mangé ». Une autre est tombée sur un terrain rocheux, a levé rapidement, puis s'est desséchée une fois le soleil levé, « faute de racine ». Une autre est tombée dans les épines, qui ont poussé et l'ont totalement étouffée. Et une autre est tombée dans la bonne terre, où elle « a produit l'un 30, l'autre 60, l'autre cent » (Marc 4,4-8, Bible de Jérusalem). Jésus achève ce récit public par une seule instruction, presque une réflexion après coup : « Entende, qui a des oreilles pour entendre ! » (Marc 4,9, Bible de Jérusalem) — une phrase qui, à la réflexion, fait bien plus de travail qu'il n'y paraît, puisqu'elle divise implicitement la foule entre ceux qui prendront la peine de réfléchir davantage à ce qu'ils viennent d'entendre, et ceux qui ne le feront pas.
Une histoire sur l'écoute, racontée à des gens qui n'écoutent peut-être pas
Ce qui se passe ensuite est l'un des choix structurels les plus frappants des Évangiles : Jésus n'explique pas du tout la parabole à la foule. Ce n'est qu'une fois seul avec les Douze et un cercle plus restreint de disciples qu'on lui demande ce qu'elle signifie, et sa réponse est d'une franchise inhabituelle sur les raisons mêmes de sa manière d'enseigner. « À vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné, leur dit-il ; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles » (Marc 4,11, Bible de Jérusalem). C'est une parole difficile, et l'exégèse catholique a généralement pris soin de ne pas la lire comme Dieu excluant arbitrairement certaines personnes de la compréhension. La forme même de la parabole opère ce tri : elle est assez simple pour que n'importe qui en reparte avec une agréable histoire agricole, mais elle ne livre son sens plus profond qu'à ceux qui sont assez curieux pour rester et interroger, comme le font ici les disciples. La parabole sur l'écoute est, en somme, elle-même un test de savoir si son public écoutera réellement plus avant.
L'explication que Jésus donne à ses propres disciples
Une fois interrogé, Jésus est direct sur ce que représente chaque élément de l'histoire. « Le semeur sème la Parole », dit-il, et chaque type de terrain devient une manière différente pour une personne de la recevoir (Marc 4,14, Bible de Jérusalem). Le chemin représente ceux à qui la Parole est arrachée presque instantanément, « dès qu'ils l'ont entendue », avant qu'elle n'ait la moindre chance de s'installer (Marc 4,15). Le terrain rocheux représente une réaction enthousiaste mais superficielle — des gens qui « l'accueillent aussitôt avec joie » mais n'ont « pas de racine en eux-mêmes », si bien que la première véritable pression, tribulation ou persécution, les fait succomber aussi rapidement qu'ils l'avaient reçue (Marc 4,16-17). Le terrain épineux représente quelque chose de plus discret et, à certains égards, de plus familier : non un rejet franc ou une persécution, mais une lente asphyxie par « les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises » (Marc 4,19) — des distractions qui ne détruisent pas la foi d'un coup, mais l'étouffent progressivement, presque sans que la personne s'en aperçoive.
Le terrain qui finit par produire quelque chose
Seul le quatrième terrain porte du fruit, et Jésus le décrit en des termes qui soulignent à la fois la réception et l'action : des gens qui « écoutent la Parole, l'accueillent et portent du fruit, l'un 30, l'autre 60, l'autre cent » (Marc 4,20, Bible de Jérusalem). Il vaut la peine de s'arrêter sur ce rendement. Un fermier du premier siècle aurait considéré une récolte décuplée comme excellente, et tout ce qui la dépassait comme extraordinaire ; un rendement centuplé relevait de la légende, non de l'agriculture ordinaire. La fin de la parabole n'est pas une conclusion modeste et réaliste venant équilibrer les échecs précédents — elle est délibérément, presque absurdement généreuse, suggérant que, quelles que soient les pertes en chemin, la moisson qui advient est disproportionnée, presque extravagamment abondante.
Une parabole qui continue d'enseigner au-delà de sa propre explication
Même après que Jésus a expliqué la parabole à ses propres disciples, Marc la fait suivre immédiatement de deux courts enseignements sur l'écoute et l'accueil — un avertissement sur la « mesure » avec laquelle on mesure, qui sera mesurée en retour (Marc 4,24), et une brève parabole sur la semence qui pousse « sans qu'il sache comment » une fois plantée (Marc 4,26-29). Ce groupement d'enseignements suggère que Marc lui-même comprenait le Semeur non comme une histoire isolée, mais comme une porte d'entrée vers toute une manière de penser comment le Royaume de Dieu prend racine — lentement, inégalement, et largement hors du contrôle direct de quiconque une fois que la semence a quitté la main du semeur. Le tableau de Jacopo Bassano, reproduit ci-dessus, situe la scène dans un paysage rural vénitien reconnaissable plutôt que dans la Galilée du premier siècle, un choix typique de l'art religieux de la Renaissance qui universalise discrètement le récit : ce n'est pas une scène figée en un lieu et un temps précis, mais une scène destinée à pouvoir se dérouler dans n'importe quel champ, pour n'importe quel auditeur, en ce moment même.
Une parabole qui partage sa famille avec d'autres récits sur l'écoute
Le Semeur appartient à un groupe de paraboles évangéliques préoccupées moins par des règles que par la posture de l'auditeur — un thème qu'elle partage avec la parabole de la brebis perdue, où Jésus recourt à nouveau à une image rurale ordinaire pour faire valoir un point sur la manière dont Dieu répond à ce qui est retrouvé et à ce qui est perdu, et avec le fils prodigue, une autre histoire qui laisse son public décider, par lui-même, quel genre de terrain il a réellement été.





