La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l'Église
Un titre enraciné au pied de la croix
La dévotion catholique a honoré Marie sous des centaines de titres au fil de deux mille ans — Notre-Dame de Guadalupe, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de Fatima — la plupart liés à une apparition, un lieu ou un moment d'intercession précis. « Mère de l'Église » est différent : ce titre n'est rattaché à aucune vision ni aucun sanctuaire particulier, mais à une affirmation théologique sur la relation de Marie à chaque chrétien, partout, enracinée directement dans deux moments rapportés par le Nouveau Testament lui-même.
Raphaël, La Madone Sixtine, 1512, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde — domaine public.
Le premier est la scène du Calvaire, dans l'Évangile de Jean. Alors que Jésus agonisait, il vit sa mère et « le disciple qu'il aimait » se tenir ensemble, et dit à sa mère : « Femme, voici ton fils », puis au disciple : « Voici ta mère » (Jean 19, 26-27). Pris isolément, le passage n'est qu'un dernier geste de sollicitude d'un fils qui veille sur sa mère avant de mourir. Mais la tradition catholique y a toujours vu, en outre, un sens plus profond : le disciple bien-aimé étant traditionnellement compris non seulement comme un individu mais comme le représentant de tout croyant, la nouvelle maternité de Marie sur « ton fils » est comprise comme s'étendant, spirituellement, à toute la communauté des disciples du Christ.
Le second moment survient juste avant la Pentecôte. Les Actes des Apôtres rapportent qu'après l'Ascension, les apôtres « d'un même cœur, étaient assidus à la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus » (Actes 1, 14), attendant dans la chambre haute la venue de l'Esprit Saint. Marie est présente, priant aux côtés des apôtres, au moment même que la tradition considère comme la naissance de l'Église — un détail qui a nourri des siècles de réflexion catholique sur sa présence, non seulement au commencement de la vie terrestre du Christ, mais aussi au commencement de la vie de l'Église.
Hagiographie et dogme : deux formes d'autorité différentes
Il importe d'être précis sur la nature exacte de l'enseignement que constitue « Mère de l'Église », car les titres mariaux ne portent pas tous le même poids d'autorité dans la tradition catholique. Certains, comme l'Immaculée Conception et l'Assomption, sont des dogmes formellement définis — des enseignements que l'Église tient pour objets de foi obligatoire. « Mère de l'Église » n'a jamais été défini comme un dogme distinct de ce type. C'est plutôt un titre liturgique officiel et un enseignement doctrinal bien établi, découlant de la maternité spirituelle plus large de Marie, que le Catéchisme décrit ainsi : « la maternité de Marie dans l'ordre de la grâce... a commencé avec le consentement qu'elle a apporté par la foi à l'Annonciation, et qu'elle a maintenu sans hésiter sous la croix » (CEC 964), et se poursuit « jusqu'à l'accomplissement éternel de tous les élus » (CEC 965). Le titre est un résumé et une célébration de cet enseignement, non une doctrine nouvelle inventée à part.
Du concile au calendrier universel
L'histoire moderne du titre commence au concile Vatican II. Le document central du concile sur l'Église, Lumen Gentium, consacre son huitième et dernier chapitre tout entier à Marie, enseignant longuement sur son rôle dans le mystère du Christ et de l'Église, y compris son intercession continue pour les croyants (Lumen Gentium, 61-63) — même si le document lui-même n'emploie pas l'expression exacte « Mère de l'Église » dans son texte. Ce titre fut plutôt prononcé, délibérément et publiquement, par le pape Paul VI dans son discours de clôture de la troisième session du concile, le 21 novembre 1964, le jour même de la promulgation officielle de Lumen Gentium. Paul VI déclara alors que, « pour la gloire de la Vierge Marie et pour notre propre consolation », il proclamait « Marie très sainte, Mère de l'Église » — un moment que certains pères conciliaires auraient accueilli, dit-on, par une ovation debout dans la basilique Saint-Pierre.
Pendant plus de cinquante ans après cela, le titre resta largement utilisé dans la dévotion catholique et l'enseignement pontifical, sans occuper de place fixe sur le calendrier liturgique universel. Cela changea en 2018, lorsque le pape François promulgua un décret instituant la mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l'Église, comme fête obligatoire pour toute l'Église latine, à célébrer chaque année le lundi qui suit le dimanche de la Pentecôte. Ce choix de date n'a rien d'anodin : placer la mémoire immédiatement après la Pentecôte — la fête qui marque la fondation de l'Église — renforce le lien entre la présence de Marie dans la chambre haute des Actes 1 et la naissance de l'Église elle-même comme communauté rassemblée dans l'Esprit.
Un titre qui éclaire toute la compréhension de Marie aujourd'hui
Parce que « Mère de l'Église » décrit une relation plutôt qu'il ne commémore un événement historique ou une apparition précise, ce titre fonctionne différemment dans la vie catholique des titres comme Notre-Dame de Guadalupe ou Notre-Dame de Fatima, rattachés à des lieux et des apparitions précises. Il constitue plutôt un prisme à travers lequel les catholiques sont invités à comprendre toute autre dévotion mariale : quel que soit le sanctuaire ou l'apparition dont une dévotion particulière tire son origine, la relation sous-jacente qu'elle exprime — la sollicitude continue d'une mère pour ses enfants — est comprise comme étant la même que celle prononcée pour la première fois au pied de la croix.
Cette fête s'inscrit aussi naturellement aux côtés de la Sainte Famille dans le déploiement plus large par lequel l'Écriture et la tradition présentent la maternité de Marie : d'abord mère de l'enfant Jésus dans un foyer ordinaire à Nazareth, puis, après la croix et la Pentecôte, mère en un sens plus large et plus spirituel de la communauté des croyants issue de ce même foyer de foi. Pour de nombreux catholiques, la mémoire célébrée chaque année le lundi après la Pentecôte offre un moment paisible pour méditer ensemble sur ces deux sens de la maternité de Marie — non comme deux idées séparées, mais comme une seule histoire qui commence à Bethléem et ne s'achève pas à la croix.





