Les fiançailles de Marie et Joseph

Deux Évangiles, deux points de vue
Matthieu et Luc racontent les fiançailles de Marie et Joseph sous deux angles différents, et c'est en les lisant ensemble qu'on obtient le tableau complet. L'Évangile de Luc se concentre sur le point de vue de Marie : l'ange Gabriel se présente « à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David » (Bible de Jérusalem, Luc 1,27) et lui annonce qu'elle concevra un fils par l'Esprit Saint, « le Fils du Très-Haut » (Luc 1,32). La réponse de Marie — « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? » (Luc 1,34) — montre clairement qu'à ce stade des fiançailles, Joseph et elle ne s'étaient pas encore unis comme mari et femme au sens plein du terme.
Raphaël, « Le Mariage de la Vierge », 1504, Pinacothèque de Brera, Milan — domaine public.
L'Évangile de Matthieu reprend l'histoire du point de vue de Joseph, et l'enjeu y est plus grave qu'il n'y paraît d'abord à un lecteur moderne. « Or telle fut la genèse de Jésus Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint » (Bible de Jérusalem, Matthieu 1,18).
Pourquoi les fiançailles équivalaient déjà à un mariage
Dans la coutume juive du premier siècle, les fiançailles (appelées en hébreu erusin) n'étaient pas une vague promesse de se marier plus tard — c'était un contrat juridiquement contraignant, qui faisait du couple mari et femme aux yeux de la Loi, même si la jeune épouse restait généralement dans la maison de son père pendant une période, souvent d'environ un an, avant que la seconde étape du mariage ne commence et qu'elle n'emménage chez son mari. Rompre des fiançailles exigeait un acte de répudiation en bonne et due forme, et l'infidélité pendant cette période était traitée avec la même gravité qu'un adultère au sein d'un mariage déjà accompli.
Ce contexte rend le dilemme de Joseph bien plus sérieux qu'une simple « brouille de fiançailles ». La grossesse de Marie, inexpliquée à ses yeux, l'exposait à une accusation publique aux conséquences graves, que la Loi autorisait techniquement. Matthieu nous dit que Joseph, « son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit » (Bible de Jérusalem, Matthieu 1,19) — la voie la plus miséricordieuse que la Loi lui permettait, choisie avant même qu'il ne sache ce qui s'était réellement passé. Ce n'est qu'après qu'un ange lui fut apparu en songe, lui expliquant que l'enfant « a été engendré en elle [...] vient de l'Esprit Saint » (Matthieu 1,20), que Joseph prit Marie chez lui comme son épouse.
La légende du bâton fleuri
Des siècles d'art chrétien représentent une scène bien différente de celle des Évangiles : Joseph tenant un bâton miraculeusement couvert de fleurs, debout devant une jeune Marie tandis qu'un prêtre unit leurs mains. Cette image ne vient pas des Évangiles, mais du Protévangile de Jacques, un texte rédigé vers le milieu ou la fin du deuxième siècle, qui n'a jamais été reçu dans le canon du Nouveau Testament. Selon ce récit, le grand prêtre rassembla les veufs d'Israël et demanda à chacun d'apporter un bâton ; lorsque celui de Joseph lui fut rendu, une colombe s'en envola et se posa sur sa tête, désignant ainsi celui qui deviendrait le gardien de Marie. Le Protévangile présente Joseph comme un veuf âgé plutôt que le jeune artisan de l'imagerie populaire, et son propos, d'un bout à l'autre, vise avant tout à défendre la virginité consacrée de Marie — une préoccupation théologique de son auteur plus qu'un témoignage historique.
Il vaut mieux être direct sur ce point : l'histoire du bâton fleuri relève de la piété légendaire, non de l'Écriture, et n'a aucune autorité doctrinale dans l'enseignement catholique. Mais son influence sur l'art chrétien a été considérable — elle est à l'origine de toute la tradition artistique du « Mariage de la Vierge » (Sposalizio), dont le célèbre tableau de Raphaël peint en 1504, et elle a façonné la manière dont des générations de chrétiens ont imaginé Joseph, bien avant que l'exégèse moderne ne sépare la matière évangélique canonique des embellissements postérieurs.
Un fondement silencieux
Ce sur quoi les deux récits évangéliques s'accordent, sans fioritures, c'est quelque chose de plus simple, et sans doute de plus remarquable, que n'importe quel bâton ou colombe : deux personnes, déjà liées l'une à l'autre devant la Loi, faisant confiance à une explication qui demandait tout à leur foi, avant même que l'une ou l'autre n'ait de certitude. La volonté de Joseph d'accueillir Marie chez lui malgré ce que la Loi lui aurait permis de faire, et l'acceptation silencieuse par Marie de ce que Gabriel lui avait annoncé, forment ensemble le fondement sur lequel repose le reste de l'histoire de la Sainte Famille — un thème que ce blog explore plus loin dans la Sainte Famille réunie.
Trivia
Que signifiaient les fiançailles entre Marie et Joseph ?
Pourquoi Joseph avait-il l'intention de répudier Marie en secret ?
L'histoire du bâton fleuri de Joseph se trouve-t-elle dans la Bible ?
Existe-t-il une fête catholique pour les fiançailles de Marie et Joseph ?
Quel est le lien entre l'Annonciation et les fiançailles de Marie et Joseph ?







