La cathédrale de Durham : bâtie pour garder le corps de saint Cuthbert
Un saint qui refusait de rester enterré au même endroit
L'histoire de la cathédrale de Durham ne commence ni avec un architecte ni avec un roi, mais avec un cercueil qui passa plus d'un siècle en déplacement. Saint Cuthbert, moine puis évêque étroitement associé au monastère insulaire de Lindisfarne au large de la côte nord-est de l'Angleterre, mourut en 687, vénéré déjà de son vivant pour un mélange de discipline ascétique, de soin pastoral inlassable envers les gens ordinaires d'un diocèse rude, et d'une réputation de miracles qui ne fit que croître après sa mort.
Photographie de Mattbuck, cathédrale de Durham, 2014 — CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.
Quand son tombeau fut ouvert onze ans plus tard, conformément à la pratique de l'époque consistant à élever formellement les reliques d'une personne sainte, son corps fut, dit-on, trouvé entièrement incorrompu — un détail que sa communauté monastique prit comme confirmation puissante de sa sainteté. Cette affirmation d'incorruptibilité allait compter énormément pour ce qui suivit : quand les raids vikings commencèrent à ravager la côte du nord de l'Angleterre, débutant par la fameuse attaque contre Lindisfarne elle-même en 793, les moines jugèrent finalement l'île trop dangereuse pour y demeurer, et en 875 ils prirent le cercueil de Cuthbert et partirent, le portant avec eux à travers le nord de l'Angleterre pendant bien plus d'un siècle à la recherche d'un lieu assez sûr pour enfin s'y établir.
S'établir sur une colline défendable
Selon le récit traditionnel de cette longue errance — consigné des générations plus tard et portant les enjolivements particuliers que l'hagiographie médiévale ajoutait souvent à de tels récits — les moines furent finalement guidés vers une péninsule boisée et facilement défendable formée par un méandre de la rivière Wear, où une vision ou un signe indiqua que le corps de Cuthbert devait enfin y reposer. Quelles qu'en soient les circonstances précises, la communauté s'établit à Durham en 995, bâtissant une église modeste pour abriter les reliques sur un site dont les défenses naturelles — des berges abruptes sur trois côtés, encerclées par la rivière — en faisaient un choix évident après un siècle passé à fuir des lieux exposés et vulnérables.
Cette église saxonne d'origine ne subsista pas comme la cathédrale que nous connaissons aujourd'hui. Après la conquête normande de 1066, le nouvel établissement ecclésiastique normand en Angleterre entreprit une ambitieuse campagne de reconstruction dans nombre des sites religieux les plus importants du pays, et Durham ne fit pas exception. La construction de l'immense cathédrale de pierre qui se dresse aujourd'hui débuta en 1093, sous la direction de l'évêque Guillaume de Saint-Calais, et le corps principal du bâtiment fut substantiellement achevé en à peine quarante ans, dès 1133 — un rythme remarquablement rapide pour une structure de cette ampleur selon les standards médiévaux.
Un jalon architectural à part entière
L'importance de Durham dépasse largement son rôle de sanctuaire de Cuthbert. Les historiens de l'architecture la considèrent comme l'un des exemples les plus accomplis et les plus complets d'architecture romane normande subsistant en Europe, distinguée en particulier par son usage précoce et étendu de la voûte sur croisée d'ogives sur l'ensemble du plafond de la nef — une technique structurelle répartissant le poids plus efficacement que les plafonds plats ou en berceau antérieurs, permettant des fenêtres plus grandes et un espace intérieur plus ouvert, et qui deviendrait un trait déterminant de l'architecture gothique qui suivrait à travers le continent au cours des siècles suivants.
La cathédrale devint aussi le lieu de repos final d'une autre figure majeure du christianisme anglais primitif : le Vénérable Bède, le moine northumbrien du VIIIe siècle dont l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais, achevée vers 731, demeure la source historique la plus importante subsistant pour les premiers siècles du christianisme anglais, y compris une grande partie de ce que l'on sait de Cuthbert lui-même. Les restes de Bède furent apportés à Durham au XIe siècle et reposent désormais dans la chapelle de la Galilée de la cathédrale, conférant à Durham la distinction d'abriter sous un même toit deux des figures les plus significatives de l'histoire religieuse anglo-saxonne.
Survivre intacte à la Réforme
Comme presque tous les grands sanctuaires monastiques anglais, Durham souffrit de la dissolution des monastères par Henri VIII dans les années 1530. Des commissaires dépouillèrent le sanctuaire de Cuthbert de sa décoration élaborée d'or et de pierreries en 1539, et le monument visible qui avait attiré des pèlerins pendant plus de cinq siècles fut détruit. Mais — dans un détail qui distingue Durham de nombreux sites comparables — le tombeau lui-même, et le corps qu'il contenait, furent laissés intouchés sous le sol de la cathédrale plutôt que dispersés ou retirés.
Quand des antiquaires ouvrirent la tombe en 1827, motivés en grande partie par la curiosité savante plutôt que religieuse, ils trouvèrent, rapporte-t-on, les restes squelettiques de Cuthbert encore enveloppés de fragments de vêtements liturgiques, ainsi qu'un autel portatif et d'autres objets associés à son ensevelissement original — preuve, quoi qu'on pense des affirmations antérieures d'incorruptibilité, que l'identification de la tombe elle-même était probablement restée exacte à travers plus de mille ans de bouleversements. Les restes de Cuthbert y reposent encore aujourd'hui, sous une dalle sobrement marquée derrière le maître-autel, dans la cathédrale que sa communauté bâtit spécifiquement pour lui donner enfin un foyer permanent.
Un repère qui domine encore la ligne d'horizon
La cathédrale de Durham demeure l'un des bâtiments les plus visuellement imposants d'Angleterre, ses deux tours occidentales jumelles et son immense tour centrale dominant encore la silhouette de la ville depuis la rivière en contrebas presque exactement comme elles le faisaient à l'achèvement de la construction, il y a neuf siècles. Pour un saint dont le corps passa plus d'un siècle sans jamais rester longtemps au même endroit, c'est un monument à la permanence bien méritée — bâti non pour la grandeur en elle-même, mais parce qu'une communauté de moines trouva enfin un lieu qu'elle jugea digne, et assez sûr, pour l'y laisser reposer.





