Le monastère Sainte-Catherine : le plus ancien monastère encore en usage
Une forteresse bâtie autour d'un buisson
Roulez pendant des heures à travers les montagnes de granit nu du sud de la péninsule du Sinaï, et finalement une enceinte fortifiée apparaît, nichée dans une vallée à près de 1 500 mètres d'altitude, minuscule face au sommet qui s'élève derrière elle. C'est le monastère Sainte-Catherine, et son emplacement n'a jamais été choisi pour sa commodité. Il se trouve exactement là où la tradition locale, remontant au moins au IVe siècle, situe l'une des rencontres les plus lourdes de conséquences de l'Ancien Testament : le moment où Moïse, gardant des brebis, vit un buisson brûler sans se consumer, et entendit une voix lui dire de retirer ses sandales car il se tenait sur une terre sainte (Exode 3:2-5).
Photographie d'Abraham, monastère Sainte-Catherine, mont Sinaï, 2008 — CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.
Le monastère tel qu'il se dresse aujourd'hui fut bâti sur ordre de l'empereur byzantin Justinien Ier entre environ 548 et 565 après J.-C., englobant une chapelle plus ancienne et plus modeste que l'impératrice Hélène — mère de Constantin, déjà responsable de l'identification et du marquage de plusieurs sites bibliques en Terre sainte — aurait fait construire près du buisson vers 330 après J.-C. Les bâtisseurs de Justinien ne se contentèrent pas d'ajouter une chapelle ; ils entourèrent tout le site d'immenses murailles de granit, certaines de plus de neuf mètres de haut, transformant un sanctuaire de pèlerinage en une forteresse capable de résister à un siège dans l'une des étendues désertiques les plus isolées du monde antique.
Quinze siècles sans interruption
Ce qui distingue Sainte-Catherine de presque tous les autres monastères anciens n'est pas seulement son âge — il existe des bâtiments chrétiens plus anciens — mais le fait qu'il n'a jamais été abandonné. Des moines y ont vécu et prié en succession ininterrompue depuis le VIe siècle, à travers l'invasion perse de l'Égypte au VIIe siècle, la conquête arabe qui suivit peu après, les croisades, la domination ottomane, et la campagne d'Égypte de Napoléon en 1798. Peu de communautés monastiques anciennes, n'importe où dans le monde chrétien, peuvent revendiquer une telle continuité.
Une grande partie de cette survie doit moins à la solidité des murs qu'à la diplomatie. Selon une tradition documentée au monastère lui-même, le prophète Mahomet aurait délivré un document garantissant la protection du monastère et l'exemptant d'impôts, une charte que les dirigeants islamiques ultérieurs continuèrent largement d'honorer à travers des siècles de pouvoir politique changeant. Napoléon aussi ordonna à ses troupes de protéger le site durant l'occupation française de l'Égypte, et fit réparer les murailles de la forteresse à ses propres frais.
Pourquoi le site porte le nom d'une martyre du IVe siècle
Le monastère ne fut pas nommé à l'origine en l'honneur de sainte Catherine d'Alexandrie. Pendant ses premiers siècles, il fut connu simplement comme le monastère de la Transfiguration, ou le monastère du Buisson ardent, reflétant les deux événements bibliques associés au site — Moïse au buisson, et, selon une tradition ultérieure, l'identification de la montagne au site de la Transfiguration du Christ également.
La dédicace à sainte Catherine se développa plus tard, liée à une légende selon laquelle des anges transportèrent son corps, après son martyre à Alexandrie au début du IVe siècle, au sommet de la montagne désormais appelée mont Catherine, le plus haut sommet d'Égypte, situé près du monastère. Des moines découvrirent, rapporte-t-on, des reliques là-bas plusieurs siècles après et les descendirent au monastère, et à partir de ce moment le site prit de plus en plus son nom. Sainte Catherine elle-même est honorée dans la tradition chrétienne comme une jeune femme brillante et éloquente qui débattit avec des philosophes païens pour défendre sa foi avant son exécution — une légende consignée dans l'hagiographie ultérieure plutôt que dans une documentation historique contemporaine, et que l'Église présente comme une tradition pieuse plutôt qu'un fait historique établi dans ses détails précis.
Une bibliothèque vivante d'art et de textes chrétiens
Sainte-Catherine abrite l'une des collections de manuscrits les plus importantes du monde chrétien, la deuxième par la taille après la Bibliothèque vaticane parmi les institutions ayant préservé leurs collections continuellement sur place. Parmi ses possessions figurait, jusqu'au XIXe siècle, le Codex Sinaiticus, l'un des plus anciens manuscrits complets subsistants de la Bible chrétienne, datant du IVe siècle — une grande partie en fut retirée du monastère dans les années 1800 dans des circonstances encore contestées par le monastère lui-même, et des fragments sont désormais conservés par la British Library et d'autres institutions, une question que le monastère continue de contester.
Tout aussi remarquable est la collection d'icônes du monastère. Parce que le site ne fut jamais envahi durant l'iconoclasme byzantin des VIIIe et IXe siècles — une période durant laquelle un grand nombre d'images religieuses à travers le monde byzantin furent délibérément détruites par décret impérial — Sainte-Catherine a préservé des icônes remontant jusqu'au VIe siècle qui ne subsistent tout simplement nulle part ailleurs, offrant aux spécialistes comme aux pèlerins une fenêtre rare et ininterrompue sur les toutes premières traditions visuelles de l'art chrétien.
Une montagne encore gravie par les pèlerins
Les pèlerins et randonneurs gravissent encore aujourd'hui le mont Sinaï, la plupart commençant avant l'aube pour atteindre le sommet au lever du soleil, suivant un sentier que moines et guides bédouins parcourent depuis des siècles. L'ascension s'achève à une petite chapelle près du sommet, bâtie sur le site traditionnel où Moïse aurait reçu les dix commandements — une structure convenablement modeste, faisant écho au monastère en contrebas, où la grandeur n'a jamais été le propos. Ce qui attire des visiteurs ici depuis un millénaire et demi n'est pas la splendeur architecturale mais la continuité elle-même : une seule communauté de moines, dans l'un des paysages les plus rébarbatifs de la terre, veillant sur un buisson, une montagne, et une histoire qui commence par une voix venue du milieu du feu.





