Saint Braulio de Saragosse
Un élève devenu correspondant de toute une vie
Braulio naquit vers 585 à Saragosse, dans la vallée de l'Èbre au nord-est de l'Espagne, appartenant à la même génération d'ecclésiastiques wisigoths qui grandirent alors que le royaume achevait son passage de l'arianisme au catholicisme, changement que saint Léandre de Séville avait contribué à provoquer lors du troisième concile de Tolède en 589, peu avant la propre naissance de Braulio. Jeune homme, Braulio se rendit à Séville pour étudier sous la direction d'Isidore, déjà établi comme l'une des grandes figures intellectuelles de l'Espagne wisigothique, et la relation qui se noua entre maître et élève devint l'une des amitiés les mieux documentées de la période, conservée dans une correspondance substantielle entre les deux hommes qui se poursuivit jusqu'à la fin de la vie d'Isidore.
Enlumineur de la tradition de la Bible de Ripoll, miniature de manuscrit médiéval des saints Braulio et Isidore, domaine public.
Braulio revint à Saragosse et fut ordonné, succédant finalement à son propre frère Jean comme évêque de la ville vers 631. De cette position, il resta étroitement lié à Isidore à Séville, et les lettres échangées entre eux — le côté de Braulio subsiste plus complètement que les réponses d'Isidore — montrent une relation de véritable partenariat intellectuel plutôt qu'une simple déférence d'ancien élève. Braulio pressa Isidore à maintes reprises, au fil d'années de lettres, d'achever et de lui envoyer une copie du vaste projet encyclopédique auquel Isidore travaillait depuis une grande partie de sa carrière : les Étymologies.
Une encyclopédie inachevée et le travail pour l'achever
Les Étymologies constituaient une entreprise extraordinairement ambitieuse pour l'époque — vingt livres tentant d'organiser et de résumer pratiquement l'ensemble du savoir disponible, de la grammaire et de la rhétorique à la médecine, au droit, à la zoologie, à la géographie et à la technologie, structurée autour des origines étymologiques des mots comme moyen d'expliquer les choses qu'ils désignaient. L'œuvre puisait dans un éventail considérable de sources classiques et chrétiennes antérieures, dont beaucoup ne nous sont pas parvenues indépendamment, ce qui explique en partie pourquoi les Étymologies devinrent si précieuses pour les lecteurs médiévaux : elles préservaient, sous forme condensée, un savoir qui aurait autrement disparu avec les œuvres originales qu'elles résumaient.
Isidore mourut en 636 sans avoir achevé ni organisé l'œuvre à sa propre satisfaction — selon le témoignage même de Braulio, Isidore avait hésité à la publier dans son état incomplet malgré des années d'insistance de son ami. Après la mort d'Isidore, Braulio se chargea de mettre le manuscrit en ordre final et publiable, divisant correctement la matière en ses vingt livres et organisant sa diffusion. Sans ce travail éditorial, les historiens s'accordent généralement à dire que les Étymologies seraient sans doute restées un ensemble de notes éparses et inachevées plutôt que l'ouvrage de référence cohérent qui devint l'un des livres les plus copiés de tout le Moyen Âge, cité et extrait par des érudits à travers l'Europe pendant le millénaire suivant.
Braulio écrivit aussi, peu après la mort d'Isidore, un court répertoire biographique de ses œuvres, connu sous le nom de Renotatio, qui demeure aujourd'hui l'une des principales sources utilisées par les chercheurs modernes pour établir quelles œuvres sont authentiquement d'Isidore — un service érudit tout aussi précieux, à sa manière, que le travail éditorial sur les Étymologies elles-mêmes.
Un réseau d'érudition wisigothique
La correspondance de Braulio s'étendait bien au-delà d'Isidore seul, et prise dans son ensemble, elle offre aux historiens une fenêtre véritablement précieuse sur la façon dont un réseau restreint et étroitement lié d'ecclésiastiques wisigoths échangeait textes, questions et encouragements sur des distances considérables, à une époque où la production et la copie de livres étaient des entreprises lentes et coûteuses. Des manuscrits circulaient entre Saragosse et Séville, puis entre Saragosse et d'autres sièges épiscopaux, portés par des messagers sur des routes qui pouvaient prendre des semaines, Braulio demandant ou prêtant fréquemment des textes précis, corrigeant des copies et discutant de points de doctrine et d'interprétation avec des correspondants qui prenaient l'échange tout aussi au sérieux que lui. Ce type d'échange lettré et soutenu entre ecclésiastiques de différentes villes espagnoles explique en partie comment la culture intellectuelle wisigothique put rester aussi cohérente et cumulative qu'elle le fut, même sans rien qui ressemble à un système universitaire centralisé.
Un évêque au centre de l'Église et de l'État wisigoths
La propre carrière de Braulio s'étendit bien au-delà de son lien avec Isidore. Évêque de Saragosse pendant près de deux décennies, il fut actif dans les conciles nationaux de l'Église qui continuaient à façonner la vie religieuse et juridique wisigothique tout au long du VIIe siècle, et il entretint des liens étroits avec la cour royale, servant selon les récits de conseiller au roi Chindaswinthe sur des questions incluant à la fois les affaires ecclésiastiques et les questions de succession royale — un niveau d'influence politique qui n'avait rien d'inhabituel pour les grands évêques wisigoths de l'époque, mais bien documenté dans le cas précis de Braulio grâce à ses lettres conservées. Il écrivit aussi une Vie de saint Émilien, l'ermite espagnol connu sous le nom de San Millán de la Cogolla, fondée en partie sur des témoignages oculaires que Braulio avait lui-même recueillis, autre exemple de son intérêt constant pour la préservation d'un savoir exact sur les personnes qui aurait pu autrement se perdre.
Braulio mourut en 651, après avoir passé deux décennies comme évêque de Saragosse et, ce faisant, assuré la survie et la diffusion de l'une des grandes réalisations intellectuelles du haut Moyen Âge latin. Sa fête est célébrée le 26 mars. Parmi le réseau d'évêques wisigoths qui maintinrent vivantes l'érudition et la gouvernance de l'Église durant une période véritablement difficile de l'histoire espagnole, la contribution propre et durable de Braulio fut de s'assurer que le chef-d'œuvre de son maître parvienne aux lecteurs qui allaient, pendant le millénaire suivant, y puiser leur savoir.






