Saint Gérard Majella, patron des femmes enceintes
Le fils d'un tailleur qui n'a cessé d'essayer
Gérard Majella naquit en 1726 à Muro Lucano, une petite ville du sud de l'Italie, fils d'un tailleur. Son père mourut alors que Gérard avait douze ans, mettant brutalement fin à toute scolarité formelle et le poussant vers un apprentissage de tailleur pour aider à faire vivre sa famille — un métier auquel il reviendrait toute sa vie, même en tant que frère religieux, cousant et effectuant des travaux manuels pour les communautés qu'il servait.
Statue de saint Gérard Majella, église Santa Brigida, Naples, antérieure à 1905. Domaine public (Wikimedia Commons).
Son chemin vers la vie religieuse ne fut pas facile. Il tenta d'entrer chez les franciscains capucins étant jeune homme et fut refusé, en raison, rapporte-t-on, d'une santé fragile. Il continua à travailler comme tailleur et, selon plusieurs récits, mena une vie privée intensément pieuse même en dehors de toute communauté religieuse formelle — jeûnes prolongés, longues heures de prière, et l'habitude de donner presque tout ce qu'il possédait aux pauvres, au point que sa propre famille s'inquiétait pour lui.
Vie de frère laïc rédemptoriste
En 1749, Gérard réussit enfin à entrer dans la Congrégation du Très Saint Rédempteur — les Rédemptoristes, un ordre religieux fondé quelques décennies plus tôt par saint Alphonse de Liguori, centré sur les missions de prédication auprès des pauvres des campagnes. Il y entra non comme prêtre mais comme frère laïc, assumant des tâches manuelles et de soutien: couture, jardinage, gestion des besoins pratiques de la communauté, un travail qu'il abordait avec la même intensité qui avait marqué ses dévotions privées avant son entrée.
Les récits de sa courte vie de Rédemptoriste — il mourut à seulement 29 ans — décrivent un large éventail de phénomènes extraordinaires qui lui furent attribués: des cas rapportés de bilocation (être vu en deux endroits à la fois), une apparente connaissance surnaturelle de choses cachées, et de nombreuses guérisons attribuées à ses prières. Ces récits proviennent surtout de témoignages recueillis pendant et après sa vie plutôt que de sources contemporaines indépendamment vérifiées, et la tradition catholique les tient pour une tradition pieuse qui a soutenu sa canonisation, non pour un dogme défini.
L'accusation à laquelle il refusa de répondre
L'épisode le plus frappant de la vie de Gérard, et le plus souvent raconté, concerne une grave accusation mensongère. Une femme nommée Neria Caggiano déclara à ses supérieurs religieux que Gérard s'était mal comporté avec une jeune femme dans une ville où il avait récemment séjourné. Plutôt que de nier l'accusation ou de fournir une explication, Gérard ne dit rien du tout pour sa défense.
La tradition veut que son silence ait été délibéré — qu'il protégeait la confidence ou la réputation d'une autre personne, et qu'il considérait trahir cette confiance, même pour blanchir son propre nom, comme pire que d'endurer une disgrâce injuste. Quelle qu'en soit la raison, ses supérieurs, prenant l'accusation au sérieux, le suspendirent pendant des mois de la communion et de son ministère, une peine sévère et humiliante au sein de la vie religieuse communautaire. Gérard l'accepta sans protestation ni amertume.
Finalement, selon la tradition, la conscience de Caggiano céda et elle avoua à saint Alphonse de Liguori lui-même qu'elle avait inventé cette histoire. Gérard fut pleinement réhabilité, et les récits le décrivent sans aucune rancune envers la femme qui avait failli détruire sa position dans l'ordre — traitant tout l'épisode, une fois résolu, comme s'il n'avait jamais eu lieu.
Patron des femmes enceintes
L'association de Gérard avec l'accouchement et les femmes enceintes vient d'une histoire que rapporte la tradition, à propos d'une visite qu'il fit à une famille d'Oliveto Citra. En quittant leur maison, il laissa accidentellement tomber un mouchoir; lorsqu'un membre de la famille tenta de le lui rendre, Gérard lui aurait dit de le garder, ajoutant qu'il pourrait un jour en avoir besoin. Des années plus tard, l'une des filles de cette maisonnée, confrontée à un accouchement difficile et mettant sa vie en danger, aurait eu la vision de Gérard lui indiquant d'utiliser ce mouchoir — et la mère comme l'enfant survécurent. Que l'on prenne ce récit au pied de la lettre ou qu'on le comprenne comme une légende dévotionnelle bâtie autour d'un événement réel et marquant, cette histoire est à l'origine de sa popularité durable comme saint patron invoqué par les femmes enceintes et les mères espérant un accouchement sans danger.
Mort et canonisation
Gérard mourut de tuberculose en 1755 à Materdomini, en Italie, à seulement 29 ans. Il fut béatifié en 1893 et canonisé la même année, en 1904, par le pape Pie X. Sa fête est célébrée le 16 octobre, et aujourd'hui encore, les femmes enceintes du monde catholique continuent d'invoquer son intercession — une dévotion enracinée moins dans une doctrine officielle de l'Église que dans des générations de confiance discrète et personnelle, transmise au sein de familles qui se sont tournées vers lui à l'un des moments les plus vulnérables de la vie.






