Sainte Marie-Madeleine de' Pazzi, vierge
Une héritière florentine choisit le cloître
Caterina de' Pazzi naquit à Florence en 1566, dans une famille dont le seul nom signalait richesse et poids politique dans l'Italie de la Renaissance — les Pazzi étaient l'une des grandes maisons nobles de la ville, assez influente pour qu'une conjuration ratée portant leur nom ait ébranlé la politique florentine moins d'un siècle plus tôt. Une fille de cette famille pouvait espérer un mariage avantageux et une vie confortable et en vue. Caterina ne voulait ni l'un ni l'autre. Dès son plus jeune âge, elle manifesta une intensité de dévotion religieuse qui alarmait et déconcertait ses proches, et dès son adolescence, elle avait clairement fait savoir qu'elle comptait entrer en religion, quoi qu'ait normalement prévu pour elle la position sociale de sa famille.
Alessandro Rosi (1627-1697), Extase de sainte Marie-Madeleine de' Pazzi — domaine public
En 1583, à dix-sept ans, elle entra au couvent carmélite de Santa Maria degli Angeli à Florence, choisissant cette communauté en partie parce que sa règle relativement souple permettait une réception fréquente de l'eucharistie, chose qu'elle jugeait essentielle à la vie qu'elle voulait mener. Elle prit le nom religieux de Maria Maddalena — Marie- Madeleine — et fit profession solennelle l'année suivante, après une grave maladie qui, à un moment, sembla même compromettre la possibilité qu'elle prononce un jour ses vœux définitifs.
Des visions qui remplirent des volumes
Peu après sa profession, Marie-Madeleine commença à connaître d'intenses états mystiques que sa communauté appela ses extases — des périodes, parfois longues de plusieurs heures, durant lesquelles elle semblait entrer dans un état de ravissement, parlant à voix haute de l'amour divin, des souffrances du Christ et de l'œuvre de la Sainte Trinité, dans un langage que ses sœurs trouvaient d'une vivacité et d'une sophistication théologique étonnantes pour une jeune religieuse sans formation théologique formelle. Ces expériences s'intensifiaient autour des grandes fêtes du calendrier liturgique, en particulier Pâques et la Pentecôte, moments où la vie spirituelle du couvent était déjà à son plus haut degré d'intensité.
L'épisode le plus remarquable s'étendit sur environ quarante nuits consécutives, durant lesquelles ses supérieures firent en sorte que des sœurs-scribes se relaient à son chevet pour transcrire ce qu'elle disait dans ces états de ravissement. Le matériau ainsi produit fut assez abondant pour remplir plusieurs volumes, publiés et étudiés plus tard sous des titres comme I Quaranta Giorni (« Les Quarante Jours ») et les recueils de ses Colloqui (« Dialogues ») — des textes qui demeurent parmi les écrits mystiques les plus richement documentés à nous être parvenus de la période de la Contre-Réforme, cette époque suivant le concile de Trente où l'Église catholique mit un accent renouvelé sur la réforme spirituelle intérieure. Il importe de distinguer, comme l'Église elle-même l'a toujours fait pour ce type de phénomène mystique, la substance de l'enseignement de Marie-Madeleine sur l'amour divin des expériences visionnaires précises qui l'accompagnaient — l'Église a approuvé et valorisé la première comme une contribution authentique à la littérature spirituelle catholique, tout en traitant les phénomènes extraordinaires eux-mêmes, comme toute expérience mystique privée, comme quelque chose que les fidèles sont libres d'accueillir avec un respect approprié, sans obligation d'y croire.
Cinq années dans l'obscurité
Ce qui fait de la vie spirituelle de Marie-Madeleine bien plus qu'un simple relevé de consolations, c'est la période d'épreuve qui suivit ses premières extases. À partir d'environ 1585, elle traversa près de cinq années de ce qu'elle-même et les auteurs qui ont écrit sur sa vie décrivent comme une aridité spirituelle profonde — un état où le sentiment de la présence de Dieu qui avait marqué ses expériences précédentes semblait disparaître presque entièrement, remplacé par l'obscurité intérieure, la tentation et un sentiment persistant d'abandon. La tradition qui entoure sa vie soutient qu'elle vécut cette épreuve comme un véritable désert spirituel, comparable dans sa nature, sinon dans sa forme exacte, à la « nuit obscure » décrite par saint Jean de la Croix, un mystique carmélite quasi contemporain écrivant en Espagne durant à peu près les mêmes décennies.
Cette longue épreuve compte pour comprendre la sainteté de Marie-Madeleine précisément parce qu'elle complique toute image trop simple d'une religieuse qui aurait simplement flotté d'une vision extatique à l'autre. La tradition spirituelle carmélite — que reflètent aussi les écrits de sainte Thérèse d'Avila, la grande réformatrice de l'ordre — a toujours soutenu que la croissance mystique authentique passe généralement par ce genre même d'obscurité purificatrice, et la vie de Marie-Madeleine devint, pour les générations suivantes de carmélites, un cas documenté exemplaire de ce schéma.
Gouvernement, mort et reconnaissance
Marie-Madeleine ne passa pas ses décennies au couvent uniquement comme une mystique tenue à l'écart de la vie communautaire ordinaire. Elle occupa de véritables responsabilités concrètes, servant tour à tour comme maîtresse des novices, chargée de former les jeunes femmes entrant dans l'ordre, et comme sous-prieure, partageant le gouvernement quotidien du couvent. Les sœurs qui vécurent à ses côtés durant ces années la décrivaient comme exigeante mais profondément attentionnée dans la formation des jeunes religieuses, quelqu'un qui prenait le travail ordinaire et sans éclat de la gestion d'une communauté religieuse aussi au sérieux que sa vie spirituelle intérieure.
Elle mourut à Florence le 25 mai 1607, à quarante et un ans, après une longue maladie finale que sa communauté comprit, conformément au schéma de toute sa vie religieuse, comme une épreuve de plus à endurer plutôt qu'à combattre. La renommée de sa sainteté se répandit assez vite pour que le procès en vue de sa canonisation débute dans les années suivant sa mort ; le pape Clément IX la canonisa formellement en 1669, un peu plus de six décennies après sa mort. Sa fête est célébrée le 25 mai, anniversaire de sa mort, et elle demeure l'une des mystiques les plus abondamment documentées du carmel des débuts de l'époque moderne — dont on se souvient moins pour le spectaculaire que pour une vie spirituelle qui, aux yeux de toute sa communauté, passa de la consolation extatique à des années de véritable obscurité, pour revenir à une sainteté paisible et disciplinée.






