Thomas l'incrédule

L'apôtre absent de la pièce
Le récit que fait Jean de la résurrection contient un détail facile à ne pas remarquer : le soir où Jésus apparaît pour la première fois aux disciples réunis derrière des portes verrouillées, « Thomas, l'un des Douze, appelé Didyme, n'était pas avec eux » (Jean 20,24, Bible de Jérusalem). « Didyme » est le mot grec pour « jumeau », un surnom attaché à Thomas ailleurs dans l'Évangile de Jean, bien que l'Écriture ne dise jamais qui était son jumeau. Aucune explication n'est donnée pour son absence — il a simplement manqué le moment le plus important de la vie des apôtres, et il est revenu ensuite auprès de dix hommes qui affirmaient avoir vu le Seigneur.
Le Caravage, « L'Incredulite de saint Thomas », vers 1601-02, Galerie de tableaux de Sanssouci. Domaine public.
Une condition presque provocante
La réaction de Thomas à leur récit n'est pas un scepticisme poli. C'est une exigence précise, presque provocante : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas » (Jean 20,25, Bible de Jérusalem). Il ne demande pas un second témoin ni davantage de témoignages — il demande à toucher lui-même les plaies. C'est cette exigence qui lui vaut le surnom sous lequel l'histoire l'a retenu, bien que l'Évangile ne l'appelle nulle part « incrédule » — cette étiquette vient plus tard, apposée par les lecteurs et non par le texte lui-même.
Une semaine de silence, puis une porte qui s'ouvre quand même
Jean ne rapporte ni ce que fait ni ce que dit Thomas pendant la semaine qui suit — seulement que « huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux » quand Jésus apparaît de nouveau, exactement comme avant, à travers des portes verrouillées (Jean 20,26, Bible de Jérusalem). Ce que dit alors Jésus s'adresse directement et précisément à Thomas, avec presque les mêmes mots que Thomas avait employés devant les autres apôtres : « Porte ton doigt ici : voici mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant » (Jean 20,27, Bible de Jérusalem). Jésus ne réprimande pas la demande avant d'y répondre. Il y répond simplement, point par point.
Une déclaration, pas seulement une concession
Jean ne rapporte jamais que Thomas touche réellement les plaies — le texte passe directement de l'invitation de Jésus à la réponse de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jean 20,28, Bible de Jérusalem). C'est l'une des confessions les plus claires et les plus nettes de la divinité de Jésus prononcée par quiconque dans les Évangiles, et elle vient de l'apôtre qui, une semaine plus tôt, avait refusé de croire quiconque sur la résurrection. L'homme resté dans les mémoires pour son doute finit par prononcer l'une des affirmations de foi les plus tranchantes de l'Écriture.
Des mots destinés à des lecteurs qui n'auraient jamais la preuve de Thomas
La réponse de Jésus à Thomas dépasse la pièce où ils se trouvent : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru » (Jean 20,29, Bible de Jérusalem). Jean place cette phrase juste avant d'expliquer, dans les versets suivants, qu'il a écrit son Évangile précisément « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jean 20,31, Bible de Jérusalem) — une adresse directe à chaque lecteur qui viendrait à ce récit sans avoir, comme Thomas, la chance de toucher les plaies lui-même. La tradition catholique tient que Thomas devint ensuite missionnaire en Inde, où une ancienne communauté chrétienne — les chrétiens de saint Thomas du Kerala — fait toujours remonter sa fondation à sa prédication, bien que les détails historiques de ce voyage relèvent de la tradition plutôt que du témoignage du Nouveau Testament.
Ce que l'Évangile de Jean avait déjà dit de Thomas
Ce n'est pas le seul aperçu que l'Évangile de Jean donne du caractère de Thomas, et les moments antérieurs font apparaître son scepticisme après la résurrection moins comme un écart isolé que comme un trait de personnalité cohérent. Lorsque Jésus insiste pour retourner en Judée afin de ressusciter Lazare, malgré le danger que représentent des foules hostiles, c'est Thomas qui dit aux autres disciples : « Allons, nous aussi, mourir avec lui » (Jean 11,16, Bible de Jérusalem) — une parole abrupte, un peu fataliste, mais sincèrement loyale. Plus tard, pendant la Cène, quand Jésus dit aux disciples qu'ils connaissent le chemin de l'endroit où il va, c'est de nouveau Thomas qui objecte franchement : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas ; comment saurions-nous le chemin ? » (Jean 14,5, Bible de Jérusalem), suscitant la célèbre réponse de Jésus : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14,6, Bible de Jérusalem). Ces deux moments révèlent le même instinct qui produira plus tard son exigence de toucher les plaies : Thomas n'accepte pas les généralités rassurantes, et il le dit à voix haute plutôt que d'acquiescer en silence.
Une étiquette qui a dépassé le portrait complet
Le surnom « Thomas l'incrédule » est devenu si répandu dans le langage courant — utilisé pour désigner tout sceptique exigeant des preuves — qu'il s'est largement détaché du récit biblique lui-même, où le doute de Thomas ne dure qu'une seule scène avant de se transformer en l'une des professions de foi les plus claires des Évangiles. Les premiers auteurs chrétiens et les théologiens plus tardifs, dont le pape Grégoire le Grand, ont en réalité lu cet épisode de façon plus généreuse que ne le suggère le surnom populaire : Grégoire soutenait que l'insistance de Thomas pour une preuve physique, et la volonté du Christ d'y répondre, servirent mieux les futurs lecteurs de l'Église qu'une croyance facile et non contestée ne l'aurait fait — car elle apportait une confirmation directe et tangible de la résurrection, précisément au moment où le doute aurait pu autrement s'immiscer dans le récit évangélique. Lu ainsi, l'hésitation de Thomas n'est pas un défaut de caractère que le récit chercherait à blâmer, mais fait partie de la façon dont la résurrection en vint à être attestée de manière aussi complète et concrète.
La version sans concession du Caravage
La peinture du Caravage représentant cette scène, qui illustre cet article, est célèbre pour la mesure dans laquelle elle pousse à l'extrême la réalité physique du moment : le doigt de Thomas réellement enfoncé dans la plaie, la propre main du Christ le guidant, les autres apôtres se pressant pour observer de près. C'est une image délibérément dérangeante, et ce malaise est précisément le propos — le Caravage, travaillant au tout début du XVIIe siècle, à une époque où l'Église mettait l'accent sur un art religieux vif et physiquement immédiat, voulait que les spectateurs ressentent la même confrontation avec une preuve tangible et corporelle que Thomas lui-même avait vécue, plutôt qu'une version adoucie ou symbolique de la scène. Elle demeure l'une des représentations les plus reproduites de tout épisode évangélique, précisément parce qu'elle refuse de laisser le spectateur détourner le regard de ce que Thomas a réellement demandé, et de ce que le Christ lui a réellement donné.
Trivia
Que demanda exactement Thomas avant de croire que Jésus était ressuscité ?
Pourquoi Thomas n'était-il pas présent lors de la première apparition de Jésus ressuscité ?
Que dit Jésus à Thomas quand il apparut une semaine plus tard ?
Que dit Thomas en voyant Jésus ?
Que dit Jésus à propos de ceux qui croient sans avoir vu ?






