Qu'est-ce qu'un cardinal, et comment est-il choisi
Le gond du pape
Le mot « cardinal » vient du latin cardo, « gond » — un nom qui saisit bien le rôle. Les cardinaux forment le point d'articulation du gouvernement central de l'Église, le petit corps d'ecclésiastiques de haut rang sur lequel le pape s'appuie le plus étroitement pour le conseil et l'administration, collectivement connu sous le nom de Collège des cardinaux. Le rôle n'a pas d'origine scripturaire directe comme l'épiscopat ; il s'est développé progressivement au Moyen Âge à partir du clergé supérieur de Rome, évoluant vers sa forme moderne au fil de siècles de pratique et de droit ecclésiastiques.
Raphaël, Portrait d'un cardinal, v. 1510-1511, musée du Prado, Madrid — domaine public.
Comment on devient cardinal
La nomination comme cardinal relève entièrement de la discrétion personnelle du pape — il n'y a ni élection, ni processus de candidature formel, ni ensemble fixe de qualifications au-delà de l'exigence actuelle du droit canonique que le candidat soit au moins prêtre (en pratique, presque toujours déjà évêque, ou ordonné peu après). Le pape annonce les nouveaux cardinaux lors d'une cérémonie publique appelée consistoire, tenue périodiquement au cours d'un pontificat, parfois à plusieurs reprises.
Lors du consistoire, chaque nouveau cardinal reçoit une barrette rouge (un bonnet clérical carré et rigide), un anneau de cardinal, et se voit attribuer une église titulaire — une église précise de Rome symboliquement liée à lui, une coutume préservant l'idée ancienne selon laquelle les cardinaux, en tant que corps, représentent le clergé du diocèse de Rome, indépendamment du lieu du monde où le cardinal vit et sert réellement. La plupart des cardinaux aujourd'hui continuent à exercer comme archevêques de grands diocèses ou comme responsables d'offices vaticans (appelés dicastères) même après avoir été nommés cardinaux — le titre s'ajoute à leur rôle existant, il ne le remplace pas.
Le symbolisme écarlate
La soutane, l'écharpe et la barrette écarlates distinctives d'un cardinal ne sont pas simplement un marqueur de rang ; la tradition de l'Église attache un sens précis à cette couleur. Les paroles historiquement prononcées lorsqu'un nouveau cardinal reçoit sa barrette rouge évoquent une disposition à servir la foi et le Saint-Siège « jusqu'à l'effusion du sang » — faisant de la couleur un rappel visible de la disposition à souffrir, jusqu'au martyre s'il le faut, pour la défense de l'Église. Plusieurs cardinaux, au fil de l'histoire, ont d'ailleurs été martyrisés, donnant à ce symbolisme un poids concret et historique au-delà de la simple cérémonie.
Élire le pape : un rôle seulement depuis 1059
La fonction la plus visible publiquement du Collège des cardinaux aujourd'hui est peut-être l'élection d'un nouveau pape lors du conclave papal, mais ce rôle précis est plus récent que la charge de cardinal elle-même. Pendant une grande partie des premiers temps de l'Église, les papes étaient choisis par un mélange d'acclamation du clergé et des laïcs à Rome, souvent lourdement influencé par des dirigeants séculiers — un système vulnérable à l'ingérence politique et parfois au chaos. Le décret du pape Nicolas II, In Nomine Domini, publié en 1059, restreignit formellement les élections papales aux cardinaux, une réforme visant spécifiquement à réduire la pression politique extérieure sur le processus. Cette structure fondamentale — les cardinaux seuls élisant le pape — est restée en place, avec des ajustements, depuis près de mille ans.
Tous les cardinaux ne votent pas
Une réforme moderne significative vint du pape Paul VI en 1970 : les cardinaux ayant atteint 80 ans au moment où survient une vacance du siège pontifical perdent le droit de voter au conclave, bien qu'ils conservent leur titre et puissent participer aux discussions entre cardinaux précédant le conclave. Cette limite d'âge visait à empêcher le corps électeur de devenir ingérable et à équilibrer l'expérience avec un certain renouvellement générationnel parmi les cardinaux votant réellement. Le droit canonique fixe aussi un objectif informel de 120 cardinaux électeurs, un nombre qui a parfois été dépassé en pratique selon la façon dont les nominations ont été échelonnées au cours d'un pontificat.
Les trois ordres au sein du Collège
Tous les cardinaux ne détiennent pas un rang identique. Le Collège des cardinaux se divise traditionnellement en trois ordres. Les cardinaux-évêques sont les plus élevés en rang, un petit groupe qui comprend aujourd'hui les titulaires des anciens diocèses suburbicaires entourant Rome ainsi que quelques patriarches d'Églises catholiques orientales ; le doyen du Collège, qui préside ses réunions et, s'il est lui-même électeur, demande formellement au pape nouvellement élu s'il accepte, est choisi parmi eux. Les cardinaux-prêtres forment de loin l'ordre le plus nombreux, généralement des archevêques ou évêques de grands diocèses à travers le monde. Les cardinaux-diacres, historiquement issus des fonctionnaires du Vatican plutôt que d'évêques diocésains, forment l'ordre le plus restreint ; par ancienne coutume, c'est le cardinal diacre le plus ancien (le protodiacre) qui s'avance au balcon de la basilique Saint-Pierre pour annoncer Habemus Papam à l'issue d'un conclave. Cette distinction relève surtout aujourd'hui de la préséance cérémonielle — les trois ordres votent à égalité lors d'un conclave — mais elle préserve une structure qui remonte aux origines du cardinalat parmi le clergé supérieur de la Rome antique.
Les cardinaux au-delà du conclave
En dehors de la saison des conclaves, les cardinaux accomplissent l'essentiel de leur travail réel loin du cérémonial vatican. La plupart dirigent leur propre archidiocèse, assumant les mêmes responsabilités pastorales, administratives et disciplinaires que n'importe quel évêque, avec simplement le titre et les responsabilités supplémentaires du cardinalat qui s'y ajoutent. D'autres servent à temps plein à Rome comme préfets ou membres des dicastères du Vatican — les départements supervisant tout, de la doctrine au culte en passant par la vie religieuse à l'échelle mondiale — fonctionnant, en pratique, comme le cabinet du pape. Le pape convoque aussi régulièrement le Collège, ou certains de ses membres, pour le conseiller sur les décisions majeures entre deux conclaves, ce qui fait partie de ce que l'image du « gond » dans la racine latine du titre a toujours voulu saisir : les cardinaux comme le point sur lequel tourne le gouvernement central de l'Église, en temps ordinaire autant que pendant une vacance.
Un petit corps mondial au rôle public démesuré
À un instant donné, moins de 250 hommes dans le monde portent le titre de cardinal, issus de diocèses et d'offices vaticans de tous les continents peuplés — une échelle qui maintient la charge rare et, pour la plupart des catholiques, largement éloignée de la vie paroissiale quotidienne. Pourtant, les cardinaux jouissent d'un profil public démesuré précisément à cause du conclave : durant la brève période suivant la mort ou la démission d'un pape, ce petit corps par ailleurs peu visible devient tout le mécanisme visible par lequel l'Église catholique choisit son prochain dirigeant, attirant l'attention mondiale sur une charge qui, le reste du temps, opère largement hors du regard public.





