Saints Marcellin et Pierre, martyrs

Leurs noms ont été prononcés à voix haute à la messe depuis plus d'un millénaire et demi, glissés dans l'antique liste des martyrs récitée au Canon romain, juste à côté d'apôtres dont les histoires remplissent des livres entiers du Nouveau Testament. Pourtant, presque tout ce que l'on sait de Marcellin et Pierre eux-mêmes tient en une poignée de détails : un exorciste et un prêtre, tués ensemble à Rome durant l'une des dernières et des plus dures vagues de persécution que traversa l'Église primitive, enterrés en secret par le bourreau même chargé de les réduire au silence.

Un exorciste, un prêtre, et la dernière grande persécution

Presque rien ne subsiste des débuts de la vie de Marcellin et Pierre, en dehors de leurs fonctions au sein de l'Église romaine. Marcellin était prêtre, et Pierre occupait la charge d'exorciste — l'un des « ordres mineurs » de l'Église primitive, ministère formellement reconnu, consacré à la prière sur les catéchumènes se préparant au baptême et, si besoin, sur ceux réputés affligés par des esprits mauvais. Les deux hommes furent arrêtés et exécutés à Rome durant la persécution lancée par l'empereur Dioclétien à partir de 303, largement considérée par les historiens comme la plus sévère et la plus systématique des persécutions subies par les chrétiens sous domination romaine, et la dernière avant que l'édit de Milan de Constantin, en 313, ne fasse entrer le culte chrétien au grand jour avec la tolérance légale.

Fresque de catacombe paléochrétienne montrant une scène de baptême encadrée d'une bordure peinte octogonale, dans les catacombes de Saints-Marcellin-et-Pierre à Rome.

Fresque représentant un baptême, catacombes de Saints-Marcellin-et-Pierre, Rome, IIIe–IVe siècle apr. J.-C. — domaine public.

Le récit le plus détaillé de leur mort qui nous soit parvenu ne provient pas d'un procès-verbal officiel — aucun n'a survécu —, mais du pape Damase Ier, évêque de Rome de 366 à 384, qui portait un intérêt personnel particulier à honorer les premiers martyrs de la ville. Damase rapporte que, enfant, il avait entendu le récit de l'exécution de Marcellin et Pierre directement de la bouche du bourreau qui l'avait menée, un détail qui, s'il est exact, place Damase remarquablement proche d'un témoin oculaire vivant de l'un des derniers martyres romains d'avant Constantin. Selon ce récit, les deux hommes furent décapités dans une zone boisée en dehors de la ville, connue sous le nom de « Forêt Noire » (Silva Nigra), ou, selon certaines versions, en un lieu le long de la Via Labicana — le bourreau ayant, dit-on, choisi ce site d'exécution isolé et boisé précisément pour que les chrétiens ne puissent localiser les corps et leur donner une sépulture honorable.

Une tombe révélée plus tard par le bourreau lui-même

Le récit, tel que le préserve la tradition chrétienne ultérieure — à distinguer de tout document légal contemporain, qui n'a pas survécu —, connaît ensuite un tournant singulier. Le même bourreau qui avait exécuté la sentence aurait été si profondément touché par le courage et la foi manifeste des deux hommes qu'il se convertit lui-même au christianisme, et révéla plus tard à la communauté chrétienne de Rome l'emplacement de leur sépulture cachée, permettant que leurs corps soient récupérés et honorablement inhumés le long de la Via Labicana, hors de Rome. Leur tombe devint un lieu de pèlerinage chrétien et fut par la suite agrandie en un vaste complexe de catacombes, faisant partie de l'immense réseau de galeries funéraires souterraines qui entourait Rome et abritait les tombes de nombreux martyrs de la ville.

Lorsque le pape Damase identifia et restaura plus tard le site durant son pontificat, il fit graver sur la tombe un poème commémoratif, ou épigramme, dans son style de vers si caractéristique — Damase commanda des inscriptions similaires sur de nombreuses tombes de martyrs dans toute Rome, dans le cadre d'un effort plus large pour préserver et faire connaître la mémoire des premiers témoins chrétiens de la ville, à un moment, la fin du quatrième siècle, où le souvenir vivant direct des persécutions commençait à s'effacer. La tradition associe aussi Hélène, mère de Constantin, à la construction d'une basilique sur le site, dans le cadre du mécénat plus large de cette famille impériale envers les grands sanctuaires chrétiens de Rome et de Terre sainte au quatrième siècle.

Une place dans la plus ancienne prière conservée de l'Église

Le signe le plus clair de l'importance qu'a prise le culte de Marcellin et Pierre dans la Rome antique est leur présence continue, jusqu'à aujourd'hui, dans le Canon romain — la prière eucharistique connue liturgiquement sous le nom de prière eucharistique I, l'un des textes les plus anciens en usage continu dans le culte chrétien. Le Canon comprend une liste de martyrs romains primitifs invoqués nommément après la consécration, et Marcellin et Pierre y figurent aux côtés de saints Côme et Damien et d'autres martyrs romains primitifs — une liste qui reflète les cultes de martyrs les plus solidement établis à Rome au moment où le Canon prit sa forme durable, généralement datée par les liturgistes entre le quatrième et le sixième siècle. Être nommés dans cette liste plaçait Marcellin et Pierre, aux yeux de l'Église romaine, dans une compagnie remarquablement proche de celle des apôtres et des tout premiers témoins de la foi.

Des reliques emportées vers le nord par la cour de Charlemagne

L'histoire de Marcellin et Pierre connut un rebondissement inattendu au neuvième siècle, bien loin de Rome. En 827, Éginhard — érudit, courtisan et biographe de l'empereur Charlemagne, aujourd'hui surtout connu pour sa biographie Vita Karoli Magni — fit obtenir secrètement, par des moines agissant en son nom, les reliques de Marcellin et Pierre depuis leur catacombe près de Rome, pour les transporter en territoire franc, avant de les installer finalement dans un monastère qu'Éginhard avait fondé à Seligenstadt, près de Francfort, dans l'Allemagne actuelle. Éginhard lui-même rédigea plus tard un récit du voyage des reliques et des miracles qui leur furent, dit-on, associés en chemin — un texte qui offre aux historiens modernes une fenêtre rare et détaillée sur la pratique carolingienne du neuvième siècle consistant à « transférer » — terme désignant le déplacement formel, parfois secret, des restes vénérés d'un saint — depuis l'Italie vers le monde chrétien franc en pleine expansion.

Retenus sans récit, honorés tout de même

Ce qui distingue Marcellin et Pierre parmi les premiers martyrs romains, c'est le peu de détails narratifs qui subsistent sur eux personnellement, comparé à la solidité de leur culte — un schéma qui se retrouve chez plusieurs des tout premiers saints martyrs de Rome, dont saints Nérée et Achille, dont les histoires furent de même reconstituées des siècles plus tard, essentiellement à partir d'inscriptions tombales et de la mémoire locale transmise, plutôt qu'à partir d'une biographie contemporaine complète. Leur fête, célébrée le 2 juin, et leur place durable au sein des mots du Canon romain, rappellent que la mémoire de l'Église pour ses tout premiers martyrs survit souvent moins par le détail écrit que par une pratique liturgique ininterrompue — la même prière, prononcée au même moment de la messe, portant deux noms romains à travers plus de mille ans.

Trivia

Qui étaient saints Marcellin et Pierre ?
Marcellin était un prêtre romain et Pierre un exorciste — un office clérical mineur de l'Église primitive consacré à la prière sur les possédés et les catéchumènes — martyrisés ensemble à Rome, très probablement vers 304, durant la persécution lancée sous l'empereur Dioclétien.
Pourquoi Marcellin et Pierre sont-ils nommés dans le Canon romain de la messe ?
Ils comptent parmi un petit groupe de martyrs romains primitifs cités nommément dans la prière eucharistique I (le Canon romain), tradition qui reflète l'importance déjà considérable de leur culte à Rome au moment où cette antique prière a pris sa forme durable, probablement dès le quatrième ou le cinquième siècle.
Quel lien Charlemagne entretenait-il avec saints Marcellin et Pierre ?
En 827, des moines agissant sous la direction d'Éginhard, biographe et courtisan de la cour de l'empereur Charlemagne, firent secrètement retirer les reliques de Marcellin et Pierre de leur catacombe près de Rome pour les transporter en territoire franc, dans le cadre d'une vague plus large de translations de reliques vers l'empire carolingien.
Quelle est la source du récit de leur exécution et de leur sépulture ?
Le principal récit conservé fut rédigé par le pape Damase Ier, qui, enfant, aurait entendu l'histoire directement de la bouche du bourreau qui l'avait exécutée, et qui commémora plus tard les martyrs par un poème gravé sur leur tombe après en avoir lui-même retrouvé l'emplacement.
Quelle est la fête de saints Marcellin et Pierre ?
Leur fête est célébrée le 2 juin, date traditionnellement associée à leur martyre à Rome.
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