Saint Henri : Henri II, empereur du Saint-Empire romain germanique
Le fils d'un duc devenu empereur presque par hasard
Henri naît en 973, fils d'Henri II, duc de Bavière, et reçoit pendant plusieurs années une éducation sous la tutelle de l'évêque de Hildesheim puis à l'école cathédrale de Ratisbonne — une formation cléricale étonnamment poussée pour un jeune noble qui n'était, à l'époque, en première ligne de succession pour aucun trône majeur. À la mort de son père en 995, Henri hérite du duché de Bavière, et ce n'est qu'en 1002, à la mort soudaine et sans héritier de son cousin, l'empereur Otton III, qu'Henri fait valoir sa propre prétention à lui succéder comme roi de Germanie — une prétention contestée par des ducs rivaux et obtenue seulement par un mélange de négociation, de pression militaire et de tissage d'alliances au sein d'une noblesse germanique alors profondément divisée.
Sacramentaire d'Henri II, Munich BSB Clm 4456, vers 1002-1014 — Bibliothèque d'État de Bavière, domaine public.
Il est couronné roi de Germanie en 1002 et, douze ans plus tard, en 1014, couronné empereur du Saint-Empire romain germanique par le pape Benoît VIII à Rome — un titre qui le plaçait, en théorie du moins, à la tête temporelle de la chrétienté occidentale, protecteur de l'Église et successeur d'une lignée d'empereurs remontant à Charlemagne, deux siècles plus tôt.
Un règne bâti sur la réforme, pas seulement sur la conquête
Les vingt-deux années du règne d'Henri comme roi puis empereur ne furent pas sans guerre — il mena des campagnes répétées pour tenir ses frontières orientales et italiennes, et pour mater des nobles rebelles qui résistaient à l'autorité qu'il cherchait à consolider. Mais ce qui distingue son règne dans l'histoire de l'Église, ce ne sont pas ses batailles, mais son engagement systématique et durable dans la réforme et le renforcement de l'Église institutionnelle sur ses territoires, à une époque où de nombreux évêchés et monastères du Saint-Empire s'étaient laissé aller au relâchement, à la corruption, ou étaient dominés par des familles nobles locales qui traitaient les charges ecclésiastiques comme un bien de famille.
Henri travailla en étroite collaboration avec des monastères tournés vers la réforme, en particulier Cluny en Bourgogne, dont le modèle de vie monastique disciplinée et gouvernée de manière centralisée se répandait alors à travers l'Europe, et il usa de son autorité impériale pour nommer des évêques compétents et réformateurs plutôt que de se contenter de récompenser des alliés politiques par des charges ecclésiastiques — bien que, comme la plupart des souverains de son époque, il ne fût pas totalement exempt de cet enchevêtrement entre pouvoir royal et pouvoir ecclésiastique que les mouvements réformateurs ultérieurs, en particulier la réforme grégorienne plus tard au XIe siècle, chercheraient à démêler bien plus profondément.
Fonder un diocèse à partir de rien
L'accomplissement institutionnel le plus durable d'Henri fut la fondation du diocèse de Bamberg en 1007, bâti autour d'une petite ville de Franconie qu'Henri transforma, par son propre investissement direct et soutenu, en un grand centre de vie religieuse, de savoir et d'art. Il dota généreusement la cathédrale de Bamberg et les monastères qui lui étaient associés à même les terres de sa propre famille — un sacrifice personnel réellement considérable, car Bamberg faisait partie de l'héritage privé de sa famille et non des domaines de la couronne, ce qui signifie qu'Henri céda en pratique une part de son propre patrimoine pour établir durablement le nouveau diocèse. Il concevait Bamberg comme une base missionnaire et pastorale pour l'évangélisation des peuples slaves aux frontières orientales de l'empire, ainsi que comme un centre de vie religieuse réformée au sein même de l'Allemagne, et la cathédrale qu'il y fonda demeure aujourd'hui l'une des grandes églises romanes et gothiques primitives d'Allemagne, où reposent Henri et son épouse Cunégonde.
Un mariage resté dans les mémoires comme une consécration partagée
Henri épousa Cunégonde de Luxembourg, elle-même canonisée par la suite, et le couple n'eut pas d'enfants — un fait que la tradition médiévale ultérieure expliqua en affirmant que les deux époux avaient mutuellement choisi de vivre leur mariage dans une continence perpétuelle, consacrant entièrement leur union à Dieu plutôt qu'à donner naissance à un héritier. Cette tradition, très présente dans l'hagiographie médiévale tardive, ne peut être vérifiée avec une pleine certitude historique ; certains historiens modernes notent que la tradition d'un « mariage spirituel » pleinement chaste s'est développée et a été davantage soulignée dans des récits rédigés après la mort d'Henri et de Cunégonde, et que d'autres explications à l'absence d'enfants du couple, notamment des raisons de santé, sont tout aussi plausibles au regard des sources conservées. Ce que l'on peut affirmer avec plus d'assurance, c'est qu'Henri et Cunégonde furent tous deux constamment décrits, par leurs contemporains comme par les chroniqueurs postérieurs, comme dotés d'une piété personnelle exceptionnelle, qui a façonné la manière dont l'Église s'est souvenue de leur mariage et de leur règne conjoint.
L'absence d'héritier eut d'importantes conséquences politiques — la mort d'Henri en 1024 mit fin à la dynastie ottonienne qui avait régné sur le Saint-Empire pendant près d'un siècle, transmettant le trône à une nouvelle lignée, la dynastie salienne, sous Conrad II. Dans le cadre de l'enseignement de l'Église, le mariage est compris comme une vocation et « une intime communauté de vie et d'amour conjugal » ordonnée au bien des époux et, ordinairement, à la venue d'enfants (CEC 1601, 1652) — mais l'Église honore aussi de longue date un appel distinct à la chasteté vécue même au sein du mariage, à l'imitation d'une consécration totale à Dieu, et c'est cette seconde voie, plus rare, que la tradition ultérieure a associée à la vie commune d'Henri et de Cunégonde.
Canonisé plus d'un siècle après sa mort
Henri meurt le 13 juillet 1024, sans héritier, et fut inhumé dans la cathédrale de Bamberg, aux côtés de son épouse qui serait elle aussi canonisée, des décennies plus tard, sous le nom de sainte Cunégonde. Ce n'est qu'en 1146 — plus de cent ans après sa mort — que le pape Eugène III canonisa formellement Henri, invoquant l'ensemble de son règne : son soutien à la réforme monastique et cléricale, la fondation et la dotation de Bamberg, sa piété personnelle et la dévotion durable de l'Église allemande à sa mémoire au cours du siècle écoulé entre-temps. Il demeure l'un des très rares empereurs régnants du Saint-Empire jamais canonisés, honoré aujourd'hui, à sa fête du 13 juillet, moins pour la couronne qu'il porta que pour la manière délibérée dont il l'utilisa au service de l'Église qu'il gouvernait à ses côtés — un thème qui trouve un écho dans l'histoire d'autres saints souverains du Moyen Âge, comme sainte Élisabeth de Portugal, qui usa elle aussi de l'autorité royale au service de la réforme et de la charité plutôt que de la seule conquête.






