Saint Léandre de Séville

Dans l'Espagne du VIe siècle, les Wisigoths au pouvoir étaient des chrétiens ariens — adeptes d'un credo que l'Église avait rejeté des siècles plus tôt à Nicée — et Léandre, évêque de Séville, passa des années à œuvrer, depuis une cour qui ne voulait rien entendre, pour ramener le royaume à l'orthodoxie catholique. Il convertit personnellement le prince héritier, vit ce même prince exécuté par son propre père arien pour avoir refusé de se rétracter, puis, chose stupéfiante, vécut assez longtemps pour voir le frère du prince mettre formellement fin à l'arianisme wisigoth, lors d'un concile que Léandre lui-même avait contribué à faire aboutir.

Une famille qui façonna l'Église espagnole

Léandre naquit vers 534 à Carthagène, dans le sud-est de l'Espagne, au sein d'une famille qui allait produire une extraordinaire lignée d'ecclésiastiques influents : son frère cadet Isidore devint évêque de Séville après lui et l'un des plus importants érudits du haut Moyen Âge latin, tandis que deux autres frère et sœur, Fulgence et Florentine, furent aussi plus tard vénérés comme saints. Léandre lui-même entra en vie monastique avant de devenir évêque de Séville vers 579, prenant la direction de l'un des sièges les plus importants de l'Espagne wisigothique à un moment religieusement difficile pour le royaume.

Une peinture à l'huile baroque d'un évêque barbu en riches habits liturgiques, tenant un livre, à l'expression grave.

Bartolomé Esteban Murillo, Saint Léandre de Séville, 1655, huile sur toile — domaine public.

L'Espagne de l'époque était gouvernée par des Wisigoths installés dans la péninsule des générations plus tôt, ayant apporté avec eux une forme arienne du christianisme — un enseignement, condamné comme hérésie au concile de Nicée en 325, selon lequel le Christ était un être créé plutôt que co-éternel et égal au Père. La classe dirigeante wisigothe demeura largement arienne, alors même que la population majoritairement hispano-romaine sous sa domination restait catholique, créant un clivage religieux et politique durable qui marqua la vie de la cour espagnole tout au long du VIe siècle. Léandre, en tant qu'évêque de l'une des principales villes du royaume, se trouva placé au cœur de ce clivage dès sa prise de fonction.

Un prince converti, et un prince exécuté

La relation personnelle la plus lourde de conséquences de Léandre durant cette période fut celle avec Herménégild, fils du roi wisigoth arien Léovigild. Herménégild se convertit au catholicisme, sous l'influence religieuse directe de Léandre semble-t-il, et cette conversion eut de réelles conséquences politiques : Herménégild se révolta plus tard contre son père, une révolte mêlant conviction religieuse et réalités plus troubles de la politique royale wisigothe, où les conflits de succession entre un roi et ses fils n'étaient pas rares. La révolte échoua, et Herménégild fut capturé et emprisonné par son propre père.

Selon le récit du pape Grégoire le Grand — qui connaissait Léandre personnellement et s'appuyait sur son témoignage — Herménégild fut tué en 585 après avoir refusé de recevoir la communion d'un évêque arien envoyé auprès de lui en prison, choisissant la mort plutôt que de compromettre la foi catholique qu'il avait adoptée. L'Église en vint à considérer cela comme un véritable martyre, et Herménégild fut plus tard vénéré comme saint à son tour, un cas rare d'une révolte royale médiévale ayant produit un martyr reconnu du côté vaincu. Il convient de noter, comme tout récit sérieux de cette période devrait le faire, que les dimensions politique et religieuse de la révolte d'Herménégild sont difficiles à démêler nettement avec les sources disponibles — mais le fait central de sa mort pour avoir refusé d'abandonner la communion catholique est bien attesté indépendamment de l'arrière-plan politique plus complexe.

Constantinople, Grégoire le Grand, et l'exil

À un moment antérieur ou contemporain de ces événements, Léandre se rendit à Constantinople dans le cadre d'une mission diplomatique liée aux relations wisigotho-byzantines, et c'est là qu'il noua une amitié durable avec Grégoire le Grand, alors représentant papal auprès de la cour byzantine avant sa propre élection comme pape. Les deux hommes restèrent en contact étroit le reste de leur vie ; Grégoire dédia plus tard son œuvre majeure, les Moralia in Job, à Léandre, à sa demande, et leur correspondance constitue l'une des fenêtres les plus précieuses qui subsistent sur la politique religieuse de l'époque. On rapporte aussi que Léandre passa un temps en exil hors d'Espagne durant les années de tension avec Léovigild, bien que les sources sur les circonstances précises soient plus minces que pour les épisodes plus marquants de l'histoire d'Herménégild.

Le concile qui mit fin à l'arianisme wisigoth

Léovigild mourut en 586, et son fils survivant, Reccared, lui succéda — et, contrairement à son frère Herménégild, il le fit sans provoquer de guerre civile, œuvrant plutôt à l'intérieur de la structure existante du pouvoir wisigoth pour amener le même changement religieux qu'Herménégild avait poursuivi jusqu'à la mort. Reccared se convertit lui-même au catholicisme et, en 589, présida le troisième concile de Tolède, l'un des événements véritablement décisifs de l'histoire religieuse espagnole : le royaume wisigoth renonça formellement et publiquement à l'arianisme, les évêques ariens présents se convertissant aux côtés de leur roi, mettant fin à des générations de division religieuse entre la classe dirigeante et la majorité catholique.

Léandre s'adressa directement au concile, et les historiens considèrent ses décennies de travail — à travers sa relation avec Herménégild, son influence à la cour, et son engagement théologique soutenu sur la question arienne — comme l'une des raisons centrales du succès si harmonieux du concile. Il mourut vers 600, ayant vécu assez longtemps pour voir le but qu'il avait poursuivi à travers une tragédie personnelle, l'exil et des années de travail patient, enfin atteint à l'échelle nationale. Son frère Isidore, qui lui succéda comme évêque de Séville, connut une renommée d'érudit plus large encore, et l'héritage combiné de cette famille dans le façonnement de l'Église espagnole du haut Moyen Âge demeure l'une des lignées de saints apparentés les plus remarquables de l'histoire de l'Église. Sa fête est célébrée le 27 février.

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Trivia

Qui était saint Léandre de Séville ?
Léandre (v. 534–600) fut évêque de Séville dans l'Espagne wisigothique, une figure majeure de la conversion du royaume wisigoth arien à l'orthodoxie catholique, mentor et frère de saint Isidore de Séville, et un proche ami du pape Grégoire le Grand, qu'il rencontra alors qu'ils se trouvaient tous deux à Constantinople.
Qu'est-ce que l'arianisme, et pourquoi comptait-il dans l'Espagne wisigothique ?
L'arianisme était un enseignement chrétien, condamné comme hérésie au concile de Nicée en 325, selon lequel le Christ, le Fils, était un être créé, distinct du Père et lui étant subordonné, plutôt que co-éternel avec lui ; les Wisigoths qui régnaient sur l'Espagne avaient été convertis à cette forme arienne du christianisme des générations plus tôt, créant un clivage religieux durable entre la classe dirigeante arienne et la population catholique majoritaire, que Léandre œuvra des décennies durant à résorber.
Qu'advint-il du converti de Léandre, le prince Herménégild ?
Herménégild, fils du roi wisigoth arien Léovigild, se convertit au catholicisme sous l'influence directe de Léandre, dit-on, et se révolta plus tard contre son père ; après l'échec de la révolte, il fut emprisonné et, selon le récit de Grégoire le Grand, exécuté en 585 pour avoir refusé de recevoir la communion d'un évêque arien, préférant la mort au compromis de sa foi catholique nouvellement adoptée — une mort que l'Église en vint à considérer comme un martyre.
Comment l'Espagne wisigothique devint-elle officiellement catholique ?
Le frère cadet d'Herménégild, Reccared, monta sur le trône en 586 et se convertit lui-même au catholicisme ; en 589, il présida le troisième concile de Tolède, qui renonça formellement et publiquement à l'arianisme comme religion du royaume, un événement auquel Léandre s'adressa directement et qu'il avait, des années durant, par ses écrits et son influence à la cour, contribué à préparer.
Quand fête-t-on saint Léandre ?
Sa fête est célébrée le 27 février (le 28 février dans le martyrologe romain selon certains calendriers, bien que la plupart des calendriers occidentaux actuels retiennent le 27 février) ; il est honoré tout particulièrement en Espagne comme l'un des artisans de la conversion de l'Espagne wisigothique à l'orthodoxie catholique.
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