L'Échelle de Jacob

Un fugitif, non un pèlerin
Au moment où Jacob se couche pour dormir en Genèse 28, il est en fuite, et non en quête. Il vient de dérober, avec l'aide de sa mère, la bénédiction de son frère aîné Ésaü par la tromperie, et la colère d'Ésaü lui rend dangereux de rester. La Genèse ne laisse entendre à aucun moment que Jacob serait parti à la recherche de Dieu en cet instant — il s'arrête pour la nuit simplement parce que le soleil s'est couché, prenant une pierre pour s'en servir d'oreiller en pleine campagne. Ce qui arrive ensuite arrive à un homme au milieu des conséquences de ses propres choix, non au milieu d'une quête spirituelle.
Bartolomé Esteban Murillo, « Le songe de Jacob », vers 1660–1665 — domaine public.
La fuite de Jacob se préparait depuis des années. La Genèse le décrit comme le cadet des jumeaux d'Isaac et Rebecca, né en tenant le talon de son frère Ésaü — un détail que le texte relie directement à son nom, traditionnellement rattaché au mot hébreu signifiant « talon » ou « celui qui supplante ». Il avait déjà acheté à Ésaü son droit d'aînesse une première fois, contre un plat de lentilles, avant que la tromperie concernant la bénédiction de leur père mourant ne pousse la rivalité au-delà de tout retour possible. Rebecca, craignant pour la vie de Jacob une fois la fureur d'Ésaü manifeste, l'envoya loin, chez sa propre famille à Harân, à des centaines de kilomètres au nord-est — un voyage que Jacob entreprend non comme une aventure mais comme un exil, avec pour tout bien les vêtements qu'il porte et, comme il s'avère, une pierre en guise d'oreiller.
Une échelle entre deux mondes
Ce que Jacob voit ne ressemble à aucune autre vision de la Genèse : « voilà qu'une échelle était dressée sur la terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges de Dieu y montaient et descendaient ! » (Genèse 28,12, Bible de Jérusalem). Le détail qui mérite d'être remarqué est le sens de la circulation — les anges montent et descendent déjà avant même que Jacob n'apparaisse dans la scène, comme si ce mouvement constant entre le ciel et la terre s'était produit tout le long, invisible, juste au-dessus d'un lopin de terre ordinaire où il s'est trouvé dormir.
L'échelle n'est pas la seule chose que Jacob perçoit dans cette vision. Se tenant au-dessus d'elle, Dieu lui parle directement pour la première fois du récit, se présentant comme « le Dieu d'Abraham ton ancêtre et le Dieu d'Isaac » (Genèse 28,13, Bible de Jérusalem) et répétant, presque mot pour mot, la même promesse immense faite plus tôt au grand-père de Jacob, Abraham, et à son père Isaac — que sa descendance serait aussi nombreuse que la poussière de la terre, qu'elle se répandrait dans toutes les directions, et que « tous les clans de la terre se béniront par toi et par ta descendance » (Genèse 28,14, Bible de Jérusalem). Dieu ajoute ensuite quelque chose de plus immédiat et personnel, une promesse adressée directement à l'homme apeuré et sans abri qui se tient devant lui : « Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras et te ramènerai en ce pays, car je ne t'abandonnerai pas tant que je n'aie accompli ce que je t'ai promis » (Genèse 28,15, Bible de Jérusalem). La promesse héritée, donnée des générations plus tôt à Abraham, devient, en cet instant, une promesse faite spécifiquement à Jacob lui-même, délivrée à ce qui pourrait bien être le point le plus bas de sa vie jusqu'alors.
Réaliser, trop tard, où il se trouvait
La réaction de Jacob à son réveil n'est pas le triomphe mais la crainte : « En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas !... Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est rien de moins qu'une maison de Dieu et la porte du ciel ! » (Genèse 28,16-17, Bible de Jérusalem). La phrase qui a le plus longtemps résonné est l'aveu niché à l'intérieur même de l'émerveillement — « et je ne le savais pas ». Jacob n'avait pas choisi ce lieu pour sa sainteté. Il se trouve plutôt confronté à la possibilité qu'un sol ordinaire puisse s'avérer sacré, qu'on le remarque ou non sur le moment.
La réaction de Jacob à cette vision est concrète autant qu'émotionnelle. Il prend la pierre qui lui avait servi d'oreiller, la dresse comme une stèle et verse de l'huile dessus — un geste de consécration, marquant le lieu comme terre sainte — et renomme l'endroit Béthel, « maison de Dieu » en hébreu, remplaçant quel que soit le nom qu'il portait auparavant. Il fait ensuite un vœu, promettant que si Dieu le garde en sécurité et le ramène chez lui, « Yahvé sera mon Dieu » et qu'il donnera un dixième de tout ce qu'il recevra (Genèse 28,20-22, Bible de Jérusalem) — une forme précoce de la pratique de la dîme qui serait plus tard formalisée dans la loi religieuse israélite. Il vaut la peine de noter que le vœu de Jacob ressemble moins à une foi inconditionnelle qu'au marchandage de quelqu'un encore effrayé et incertain ; l'Écriture n'atténue pas les aspérités de son caractère, même au moment de sa toute première rencontre directe avec Dieu.
Une image reprise par le Nouveau Testament
L'échelle réapparaît, brièvement mais avec force, des siècles plus tard dans l'Évangile de Jean, lorsque Jésus dit à son nouveau disciple Nathanaël : « vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme » (Jean 1,51, Bible de Jérusalem) — un langage tiré directement de la vision de Jacob à Béthel. Les lecteurs chrétiens ont longtemps compris ce passage comme Jésus s'identifiant lui-même à l'échelle : le point de contact entre le ciel et la terre que Jacob n'avait entrevu qu'en songe devient, dans cette lecture, une réalité permanente dans le Christ. C'est un exemple frappant de la manière dont une seule image de l'Ancien Testament — celle d'un fugitif à demi endormi dans un champ désert, une pierre pour oreiller — put être reprise et réemployée des siècles plus tard pour dire quelque chose de nouveau sur l'identité de Jésus, sans rien retrancher de ce qu'elle avait originellement signifié pour Jacob lui-même, l'homme qui lutterait plus tard avec Dieu au bord du Jabbok et recevrait le nom nouveau d'Israël.
Pourquoi cette image a perduré
L'art chrétien est revenu, encore et encore, à la même composition : une figure endormie en bas, une échelle lumineuse s'élevant au-dessus, grouillante d'anges en mouvement, le ciel visiblement relié à l'endroit exact où un homme épuisé et coupable s'est trouvé s'arrêter pour la nuit. Elle reste l'une des images les plus claires des Écritures sur la grâce arrivant sans être méritée ni annoncée — non pas dans un temple, non pas pendant une prière, mais en plein milieu de la fuite d'un homme devant ses propres erreurs.
Trivia
Pourquoi Jacob était-il seul dans le désert lorsqu'il a fait ce rêve ?
Qu'a exactement vu Jacob dans son rêve ?
Qu'a fait Jacob à son réveil ?
Que signifie le nom Jacob, et cette histoire le change-t-elle ?






