L'Échelle de Jacob

Un fugitif, non un pèlerin
Au moment où Jacob se couche pour dormir en Genèse 28, il est en fuite, et non en quête. Il vient de dérober, avec l'aide de sa mère, la bénédiction de son frère aîné Ésaü par la tromperie, et la colère d'Ésaü lui rend dangereux de rester. La Genèse ne laisse entendre à aucun moment que Jacob serait parti à la recherche de Dieu en cet instant — il s'arrête pour la nuit simplement parce que le soleil s'est couché, prenant une pierre pour s'en servir d'oreiller en pleine campagne. Ce qui arrive ensuite arrive à un homme au milieu des conséquences de ses propres choix, non au milieu d'une quête spirituelle.
Bartolomé Esteban Murillo, « Le songe de Jacob », vers 1660–1665 — domaine public.
Une échelle entre deux mondes
Ce que Jacob voit ne ressemble à aucune autre vision de la Genèse : « une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle » (Genèse 28,12, Louis Segond). Le détail qui mérite d'être remarqué est le sens de la circulation — les anges montent et descendent déjà avant même que Jacob n'apparaisse dans la scène, comme si ce mouvement constant entre le ciel et la terre s'était produit tout le long, invisible, juste au-dessus d'un lopin de terre ordinaire où il s'est trouvé dormir.
Réaliser, trop tard, où il se trouvait
La réaction de Jacob à son réveil n'est pas le triomphe mais la crainte : « Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas !... Que ce lieu est redoutable ! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux ! » (Genèse 28,16-17, Louis Segond). La phrase qui a le plus longtemps résonné est l'aveu niché à l'intérieur même de l'émerveillement — « et moi, je ne le savais pas ». Jacob n'avait pas choisi ce lieu pour sa sainteté. Il se trouve plutôt confronté à la possibilité qu'un sol ordinaire puisse s'avérer sacré, qu'on le remarque ou non sur le moment.
Pourquoi cette image a perduré
L'art chrétien est revenu, encore et encore, à la même composition : une figure endormie en bas, une échelle lumineuse s'élevant au-dessus, grouillante d'anges en mouvement, le ciel visiblement relié à l'endroit exact où un homme épuisé et coupable s'est trouvé s'arrêter pour la nuit. Elle reste l'une des images les plus claires des Écritures sur la grâce arrivant sans être méritée ni annoncée — non pas dans un temple, non pas pendant une prière, mais en plein milieu de la fuite d'un homme devant ses propres erreurs.


