La Traversée de la Mer Rouge

Pris entre une armée et la mer
La traversée ne se produit pas dans un moment de confiance. Pharaon avait déjà laissé les Israélites quitter l'Égypte après les fléaux, mais l'Exode décrit comment il changea d'avis et se lança à leur poursuite avec son armée et ses chars. Au moment où les Israélites atteignent le rivage de la mer Rouge, ils n'ont plus nulle part où aller — l'eau devant, une armée approchant derrière, et un paysage ne laissant aucune place pour se faufiler d'un côté ou de l'autre. L'Exode consigne franchement la peur du peuple, certains souhaitant même être restés esclaves en Égypte plutôt que d'affronter cela. Le miracle qui suit ne survient pas à une nation confiante. Il survient à une nation apeurée, acculée sans autres options que celles de sa propre fabrication.
Nicolas Poussin, « Le passage de la mer Rouge », 1632–1634, National Gallery of Victoria — domaine public.
Ce que le texte dit qu'il s'est passé
L'Exode décrit ce moment avec une précision physique inhabituelle : « Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. Les enfants d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux formaient comme une muraille à leur droite et à leur gauche » (Exode 14,21-22, Louis Segond). Le détail d'une nuit entière de vent, plutôt qu'une séparation instantanée, est facile à négliger — le texte décrit un acte soutenu, non un simple geste, transformant le fond marin lui-même en terrain franchissable.
La même eau, deux issues différentes
L'armée égyptienne poursuivante suit les Israélites sur ce même fond marin asséché, et lorsque la mer reprend sa place, elle se referme sur les poursuivants plutôt que sur les poursuivis. Le même acte qui délivre un camp de l'histoire met fin à la menace pour l'autre — un détail qui a fait de la traversée, depuis l'Antiquité, autant une histoire de jugement que de délivrance.
Pourquoi la traversée compte encore
Plus que tout autre événement unique de l'Ancien Testament, la traversée de la mer Rouge est devenue le souvenir fondateur d'Israël de ce que signifiait être délivré — citée par les prophètes et les psalmistes ultérieurs comme la preuve que Dieu avait agi de façon décisive en leur faveur, et centrale dans la célébration juive de la Pâque jusqu'à nos jours. L'art chrétien a souvent représenté le moment juste après la traversée plutôt que la séparation elle-même, comme le fait Nicolas Poussin ci-dessus : une foule rassemblant ses biens et les armures de ses ennemis tombés sur le rivage lointain, Moïse encore debout au bord de l'eau — le soulagement ne commençant qu'à s'installer une fois le danger déjà passé.


