L'Appel d'Abraham

Abraham avait soixante-quinze ans, établi et installé à Charan, quand une voix lui dit d'abandonner tout cela et de marcher vers un pays qu'il n'avait jamais vu, sans rien d'autre qu'une promesse. Presque toutes les alliances qui suivent dans la Bible — avec Isaac, avec Jacob, avec Moïse, avec David — remontent à ce seul instant : un vieil homme faisant ses paquets parce qu'on le lui avait demandé.
The Call of Abraham
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Qui était Abraham avant l'appel

Avant Genèse 12, Abraham — encore appelé Abram à ce stade — n'est simplement qu'un nom de plus dans une généalogie : le fils de Térach, vivant à Charan, faisant partie d'une famille et d'une culture sans prétention particulière à la sainteté. Rien dans le texte ne le distingue comme exceptionnel. Cela fait partie du sens de ce qui suit : l'appel ne vient pas à quelqu'un qui l'aurait mérité par un acte de grandeur antérieur. Il arrive simplement.

Peinture du XVIIe siècle représentant Abraham et sa famille partant à dos d'âne pour le pays de Canaan, accompagnés de serviteurs et de bétail.

Pieter Lastman, « Le voyage d'Abraham vers Canaan », 1614 — domaine public.

Ce que Dieu a demandé, et ce que cela a coûté

L'instruction est précise, et elle s'amplifie : « Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai » (Genèse 12,1, Louis Segond). Le pays, puis la patrie, puis la famille — chaque expression élargit l'ampleur de ce qu'on demande à Abram d'abandonner, et la destination est délibérément passée sous silence. On ne lui donne aucune carte, seulement une direction et une promesse : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12,2-3, Louis Segond). La Genèse consigne sa réponse en une seule phrase dépouillée : « Abram partit, comme l'Éternel le lui avait dit... Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il sortit de Charan » (Genèse 12,4, Louis Segond). Aucune négociation, aucune hésitation consignée — seulement un homme assez âgé pour savoir exactement ce qu'il abandonnait, le faisant quand même.

Pourquoi cet unique instant soutient tout ce qui suit

Presque toutes les grandes alliances du reste de la Bible s'y réfèrent. Les promesses de Dieu à Isaac, à Jacob, à la nation d'Israël au Sinaï, et à la lignée royale de David sont toutes présentées comme des prolongements de ce qui a commencé avec Abraham en Genèse 12. L'apôtre Paul s'appuiera plus tard sur ce même épisode pour soutenir que la justice vient par la foi plutôt que par la stricte observance de la loi, puisqu'Abraham fut réputé juste pour avoir fait confiance à la promesse des décennies avant qu'aucune loi n'existe à suivre. Le judaïsme, le christianisme et l'islam désignent tous Abraham comme une figure fondatrice de la foi précisément pour cette raison — un seul acte de confiance auquel le reste de l'histoire ne cesse jamais de se référer.

Iconographie et représentation de l'histoire

L'art chrétien montre généralement cette histoire comme un voyage déjà en cours : Abraham, son épouse Sara, son neveu Lot, et leur maisonnée se déplaçant sur une route avec des troupeaux, des ânes et des biens, regardant souvent en arrière vers la terre qu'ils quittent tout en avançant. C'est une image délibérément domestique plutôt que miraculeuse — pas de buisson ardent, pas de mer fendue — car le sens de l'histoire n'a jamais été le spectacle. C'était la disposition à marcher.

Trivia

Pourquoi appelle-t-on Abraham le père de la foi ?
Parce que la Genèse 12 rapporte qu'il a quitté son pays, son peuple et la maison de son père en s'appuyant uniquement sur la promesse de Dieu, sans qu'on lui montre où il allait ni comment la promesse serait tenue. Les traditions juive, chrétienne et islamique font toutes remonter leur ascendance spirituelle à cette confiance.
Que Dieu a-t-il exactement promis à Abraham ?
Une terre, une descendance et une bénédiction : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai... et toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12,2-3). La tradition chrétienne lit depuis longtemps cette dernière phrase comme annonçant le Christ.
Quel âge avait Abraham lorsqu'il quitta Charan ?
Soixante-quinze ans (Genèse 12,4) — non pas un jeune aventurier, mais un homme qui s'était déjà bâti une vie établie avant qu'on lui demande de la quitter.
Abraham s'est-il toujours appelé Abraham ?
Non. Il s'appelait à l'origine Abram (« père élevé ») ; Dieu lui donna plus tard le nom d'Abraham (« père d'une multitude de nations »), en Genèse 17, lors du renouvellement de l'alliance.
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