La Passion du Christ — Parcours complet

Ôtez les vitraux et le silence du Vendredi saint, et la Passion devient une succession de faits très précis, survenus dans un ordre très précis, sur environ vingt-quatre heures dans la Jérusalem du Ier siècle. Un repas. Un jardin. Un procès qui bafoue ses propres règles. Une route à travers la ville et une colline hors de ses murs. Suivre cet ordre compte — c'est ce qui distingue le souvenir d'une émotion de la compréhension d'un événement.

Pourquoi la séquence compte

Les chrétiens ont raconté la Passion tant de fois, sous tant de formes artistiques, qu'il est facile de la vivre comme une atmosphère plutôt que comme une chronologie — chagrin, trahison, souffrance, triomphe, dans l'ordre qu'un tableau ou un chant donné suggère au hasard. Mais les évangélistes ont pris grand soin de la séquence. Chaque étape de la Passion prépare la suivante : le repas explique la trahison, la prière au jardin explique le calme au procès, le procès explique la route, et la route explique pourquoi le tombeau vide a frappé avec une telle force ceux qui venaient tout juste de voir un corps emporté. Parcourir les événements dans l'ordre restitue cette logique.

Une peinture du Greco montrant Jésus-Christ agenouillé en prière au jardin de Gethsémani, avec des apôtres endormis et un ange à proximité

Le Greco, L'Agonie au jardin, vers 1610, Museo de Bellas Artes de Bilbao — domaine public.

La Cène : un repas devenu sacrement

La séquence s'ouvre le soir du Jeudi saint, lorsque Jésus rassemble ses douze apôtres pour un repas pascal dans une salle haute à Jérusalem. La Cène — Institution de l'Eucharistie raconte en détail ce qui s'y passa : Jésus prit du pain et du vin et, selon Luc, dit aux apôtres « Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites cela en mémoire de moi » (Luc 22,19, Bible de Jérusalem), des paroles que l'Eglise catholique tient pour l'institution du sacrement de l'Eucharistie. Avant le repas lui-même, selon l'Evangile de Jean, Jésus s'agenouilla et lava les pieds de chaque apôtre, un geste de service que le Lavement des pieds retrace en entier. C'est lors de ce même repas que Jésus annonça que l'un des Douze le trahirait — une prédiction qui s'accomplirait en quelques heures par Judas Iscariote, dont l'accord avec les grands prêtres avait déjà été conclu avant même le repas.

Gethsémani : l'agonie avant l'arrestation

Depuis la salle haute, Jésus conduisit ses apôtres restants au-delà du torrent du Cédron, vers une oliveraie appelée Gethsémani. L'Agonie au jardin décrit la prière qui suivit — Jésus demandant au Père, si c'était possible, « éloigne de moi cette coupe », ajoutant aussitôt : « cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse » (Luc 22,42, Bible de Jérusalem). Luc rapporte l'intensité de ce moment sans détour : « sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre » (Luc 22,44, Bible de Jérusalem), tandis que par trois fois, il revient trouver Pierre, Jacques et Jean endormis, incapables de veiller avec lui ne serait-ce qu'une heure.

C'est dans ce même jardin que Judas conduisit une troupe armée envoyée par les grands prêtres, désignant Jésus par un baiser — la trahison mise en marche à la table du repas s'accomplissant désormais dans l'obscurité, parmi les oliviers. Jésus fut arrêté sur-le-champ et emmené, tandis que ses proches disciples se dispersaient dans la nuit.

Procès et reniement

S'ensuivit une nuit d'auditions qui rompait, par sa rapidité et son irrégularité, avec la procédure judiciaire juive ordinaire : une audience devant le grand prêtre Caïphe et le Sanhédrin, suivie à l'aube d'une séance formelle renvoyant l'affaire au gouverneur romain, Ponce Pilate, puisque la peine de mort exigeait l'autorisation romaine. Pilate, selon les quatre Evangiles, ne trouva aucun fondement légal à une exécution mais finit par céder à la pression de la foule, relâchant à la place le prisonnier Barabbas et livrant Jésus pour qu'il soit flagellé et crucifié.

C'est au cours de ces mêmes heures, dans la cour du grand prêtre, que Pierre — qui avait juré quelques heures plus tôt, à la table de la Cène, qu'il n'abandonnerait jamais Jésus — le renia trois fois, jusqu'à nier le connaître, exactement comme Jésus l'avait prédit avant la fin de la nuit. C'est l'un des moments les plus humains de tout le récit : non pas la trahison d'un traître, mais la défaillance d'un ami effrayé — un épisode essentiel pour comprendre la transformation ultérieure de Pierre en chef de l'Eglise naissante.

La route vers le Golgotha

Battu et raillé par les soldats romains, qui le revêtirent d'un manteau pourpre et lui enfoncèrent une couronne d'épines sur la tête, Jésus fut contraint de porter la poutre transversale de sa propre exécution à travers les rues de Jérusalem jusqu'au Golgotha, le « lieu du crâne », hors des murs de la ville. Le Portement de croix retrace cette dernière marche, y compris le moment que rapportent les Evangiles synoptiques où les soldats réquisitionnent un passant, Simon de Cyrène, pour porter la croix à ses côtés — un détail que la tradition a longtemps lu comme une image de la souffrance partagée, le fardeau de la croix pris en charge par quelqu'un d'autre.

Au Golgotha, Jésus fut crucifié entre deux criminels condamnés, et les Evangiles rapportent ses dernières paroles depuis la croix, les ténèbres qui couvrirent la terre, et le déchirement du voile du Temple au moment de sa mort. Joseph d'Arimathie obtint alors la permission d'ensevelir le corps dans un tombeau neuf taillé dans le roc à proximité, fermé par une grande pierre, avant que le sabbat ne commence au coucher du soleil.

Le tombeau vide et le chemin d'Emmaüs

Le tournant du récit survient le troisième jour, lorsque les femmes venues au tombeau pour embaumer le corps le trouvent vide. Le Christ ressuscité raconte les apparitions du Ressuscité qui suivent — Jésus apparaissant d'abord à Marie-Madeleine, puis aux apôtres réunis derrière des portes verrouillées, leur montrant ses mains et son côté blessés comme preuve qu'il s'agissait bien de lui et non d'un fantôme.

Parmi les plus anciennes et les plus vivantes de ces apparitions figure celle que raconte Le Chemin d'Emmaüs, où deux disciples s'éloignant de Jérusalem vers le village d'Emmaüs sont rejoints par un inconnu qui leur explique les Ecritures sans qu'ils le reconnaissent — jusqu'à ce que, attablés pour un repas, « leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent » à la fraction du pain (Luc 24,31, Bible de Jérusalem), au moment même où il disparut de devant eux. C'est une scène que l'Eglise a longtemps lue comme un modèle de la manière dont le Christ continue de se laisser reconnaître, dans l'Ecriture comme dans le sacrement, et elle referme le récit de la Passion sur la même note qu'à son ouverture, à la Cène : un repas, partagé, qui révèle plus qu'il ne le laisse d'abord paraître.

Le Catéchisme résume ainsi tout cet arc : « Le mystère pascal a deux aspects : par sa mort, le Christ nous libère du péché ; par sa résurrection, il nous ouvre l'accès à une vie nouvelle » (CEC 654). Lue du début à la fin — repas, jardin, procès, route, tombeau — la Passion n'est pas simplement une histoire de souffrance qui s'achève dans le soulagement. C'est une seule et même séquence continue où chaque étape rend la suivante intelligible.

Trivia

Quel est l'ordre exact des événements de la Passion du Christ ?
L'ordre traditionnel est le suivant : la Cène, l'agonie au jardin de Gethsémani, la trahison de Judas et l'arrestation de Jésus, les procès devant les autorités juives puis devant Pilate, le reniement de Pierre, le portement de croix, la crucifixion, la mise au tombeau, et la Résurrection — le chemin d'Emmaüs figurant parmi les toutes premières apparitions du Ressuscité qui suivent.
Combien de temps ont duré les événements de la Passion ?
Les événements essentiels, depuis la Cène le jeudi soir jusqu'à la crucifixion le vendredi après-midi, se déroulent sur environ dix-huit à vingt heures, selon la chronologie que suggèrent les quatre Evangiles, même si ceux-ci ne donnent pas tous des indications horaires identiques.
Qu'a institué Jésus lors de la Cène ?
Selon les Evangiles synoptiques, Jésus prit du pain et du vin et les identifia à son corps et à son sang, demandant aux apôtres de « faire cela en mémoire de [lui] » (Luc 22,19, Bible de Jérusalem) — l'institution de ce que l'Eglise catholique appelle l'Eucharistie.
Pourquoi Jésus a-t-il prié avec tant d'intensité au jardin de Gethsémani ?
Luc le décrit dans une telle angoisse que « sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre » (Luc 22,44, Bible de Jérusalem), un moment traditionnellement compris comme celui où Jésus affronte pleinement, dans sa nature humaine, la souffrance qu'il est sur le point d'endurer, tout en priant : « que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse » (Luc 22,42, Bible de Jérusalem).
Que s'est-il passé entre l'arrestation de Jésus et la crucifixion ?
Jésus subit une audience religieuse juive devant le grand prêtre et le Sanhédrin, puis un procès civil romain devant Ponce Pilate, fut flagellé et raillé par les soldats romains, et fut contraint de porter sa propre croix à travers Jérusalem jusqu'au lieu d'exécution du Golgotha, le tout en une seule nuit et la matinée suivante.
✦   Link copied

Find us

Explore the full collection and bring sacred art into your home.