Cathédrale Saint-Guy de Prague
Une relique, une rotonde, et un nom qui a survécu à l'édifice
L'histoire de la cathédrale Saint-Guy commence deux édifices avant celui qui se dresse aujourd'hui. En 925, le duc Venceslas Ier de Bohême — le même duc qui serait plus tard assassiné par son frère et vénéré comme saint Venceslas — acquit ce que l'on croyait être une relique de saint Guy, un martyr de l'Antiquité romaine tardive dont les détails historiques sont ténus mais dont le culte s'était largement répandu à travers l'Europe médiévale. Cette relique, un os de bras, fut un don du roi Henri Ier de Germanie, et Venceslas fit construire sur ce site, à l'intérieur du château de Prague, une église ronde, une rotonde, pour l'abriter.
Henry George Hine, Prague — The Cathedral, gravure publiée dans Once a Week, 17 novembre 1860 — domaine public.
Cette rotonde originelle céda la place au XIe siècle à une basilique romane plus vaste, à mesure que l'évêché de Prague gagnait en importance. Mais la dédicace à saint Guy ne changea jamais, même lorsque l'édifice entourant la relique fut reconstruit deux fois de plus. Il vaut la peine de préciser une distinction que ce nom partagé peut brouiller : la cathédrale honore le martyr Guy, mais elle est un édifice, non une personne, et son histoire — six siècles de construction, de guerres, d'incendies et de politique royale bohémienne — appartient autant aux pierres elles-mêmes qu'au saint dont elles portent le nom.
L'ambition de Charles IV et une cathédrale gothique bloquée pendant des siècles
La cathédrale telle qu'on la reconnaît aujourd'hui débuta en 1344, commandée par l'empereur Charles IV, qui venait d'obtenir l'élévation de Prague au rang d'archevêché et voulait une cathédrale à la hauteur du nouveau statut de la ville comme capitale impériale. Il fit appel à Mathieu d'Arras, un architecte français imprégné du style gothique alors dominant dans la construction des cathédrales en France, et après la mort de Mathieu, le jeune Peter Parler prit la relève et orienta le projet dans des directions plus audacieuses et novatrices — voûtes réticulées, arcs-boutants et décor d'une richesse qui influencerait l'architecture gothique d'Europe centrale pour des générations.
Les travaux avancèrent bien durant le XIVe siècle, mais les XVe et XVIe siècles furent brutaux pour le projet. Les guerres hussites des années 1420, un conflit religieux et politique qui bouleversa la Bohême, arrêtèrent la construction pendant des décennies. Un incendie catastrophique en 1541 endommagea ce qui avait été achevé et retarda encore les travaux. A la fin du XVIe siècle, la cathédrale se présentait comme un édifice impressionnant mais visiblement inachevé — un chœur et un transept gothiques terminés, greffés sur un moignon de nef, séparés de l'extrémité ouest non construite par un mur provisoire afin que les offices puissent se poursuivre dans la partie achevée. Cet arrangement de fortune se maintint, chose remarquable, jusqu'au XXe siècle. Une reprise sérieuse des travaux ne débuta qu'en 1873, portée par un mouvement du XIXe siècle visant à achever les grands monuments gothiques nationaux inachevés à travers l'Europe, et la cathédrale fut finalement consacrée comme achevée en 1929 — près de 600 ans après que Charles IV en eut posé la première pierre.
Le duc enterré dans sa propre cathédrale
Saint Venceslas, le duc dont la quête de reliques avait donné toute son importance religieuse au site, finit par y être enterré après son assassinat en 935, et son tombeau demeure l'un des points focaux de la cathédrale. La chapelle bâtie autour de lui, la chapelle Saint-Venceslas, est en elle-même un espace saisissant, ses murs inférieurs couverts de pierres semi-précieuses serties dans un plâtre doré, décorés de scènes de la vie de Venceslas. Elle fonctionne comme une chapelle au sein de la cathédrale plus vaste, mais son décor et son histoire lui confèrent le poids d'un sanctuaire à part entière — un peu comme le tombeau de saint François ancre la basilique Saint-François d'Assise en Italie, donnant à tout un édifice son centre de gravité autour d'une seule figure enterrée.
Venceslas est loin d'être la seule sépulture importante de la cathédrale. Charles IV lui-même y est inhumé, ainsi que plusieurs autres rois de Bohême et empereurs du Saint-Empire, et des générations d'archevêques de Prague. La cathédrale a fonctionné, de fait, comme la nécropole royale de la Bohême, un peu à la manière dont l'abbaye de Westminster a servi les monarques anglais — un lieu où l'autorité politique et religieuse était inhumée côte à côte, souvent tout à fait littéralement sous le même dallage.
Sept clés et une couronne qui quitte rarement l'édifice
Au-dessus de la chapelle Saint-Venceslas se trouve la chambre du trésor, où sont conservés les joyaux de la couronne de Bohême, dont la couronne de saint Venceslas elle-même, réalisée pour la première fois pour le couronnement de Charles IV en 1347 et dédiée à la mémoire de Venceslas. L'accès à cette chambre est délibérément difficile : la porte exige sept clés distinctes, détenues par sept dignitaires différents — parmi eux le président tchèque, le Premier ministre, l'archevêque de Prague et le doyen du chapitre métropolitain — un système conçu pour qu'aucune personne, aussi puissante soit-elle, ne puisse l'ouvrir seule. Les joyaux ne sont présentés au public que très rarement, et la tradition tchèque conserve, à côté de l'aspect cérémoniel, une note plus sombre : la légende veut que quiconque porte la couronne sans avoir de droit légitime au trône de Bohême meure dans l'année — une superstition encore répétée même par ceux qui n'y accordent guère de crédit par ailleurs.
Une cathédrale toujours à double fonction
La cathédrale Saint-Guy se dresse aujourd'hui au cœur du château de Prague, l'un des plus vastes complexes de château ancien au monde, et fonctionne simultanément comme cathédrale catholique active, monument national et l'un des sites les plus visités de République tchèque. Son nom complet et officiel — cathédrale métropolitaine Saints-Guy-Venceslas- et-Adalbert — rappelle que l'édifice porte trois dédicaces distinctes superposées sur onze siècles, même si la plupart des visiteurs et des habitants continuent simplement à l'appeler Saint-Guy. Entre les vitraux (dont certains furent conçus par le peintre Art nouveau Alphonse Mucha au début du XXe siècle), les tombeaux royaux et les joyaux de la couronne enfermés au-dessus de la chapelle Venceslas, la cathédrale condense une part inhabituellement large de l'histoire nationale et religieuse tchèque sur une seule empreinte gothique — une empreinte qu'il aura fallu près de six cents ans, et les ambitions d'un empereur, d'un duc assassiné et d'une petite relique d'un martyr romain, pour enfin achever.





