La Dédicace de la Basilique Sainte-Marie-Majeure
Une légende de neige au mois d'août
L'histoire qui valut à la basilique son second nom, Notre-Dame-des-Neiges, ne figure dans aucun document romain contemporain du IVe siècle, l'époque où elle se serait déroulée. Elle n'apparaît que des siècles plus tard, tissée dans la tradition propre à l'église, mais elle est restée attachée à l'édifice depuis plus d'un millénaire, racontée et redite à chaque célébration du 5 août.
Giovanni Battista Piranesi, gravure de la basilique Sainte-Marie-Majeure, XVIIIe siècle — domaine public.
Selon la légende, un couple romain fortuné et sans enfant, Jean et son épouse, souhaitait consacrer sa fortune à une œuvre pieuse en l'honneur de la Vierge Marie. Dans la nuit du 4 août, Marie leur serait apparue en songe à tous deux, leur demandant de lui bâtir une église à l'endroit où la neige tomberait le lendemain matin. Cette même nuit, le pape Libère, qui occupa le siège pontifical de 352 à 366, aurait reçu une vision identique. Le lendemain, au plus fort de l'été romain, la neige tomba et se déposa sur le sommet de l'Esquilin, l'une des sept collines de la ville, dessinant précisément le contour de l'église à bâtir. Libère aurait lui-même tracé ce contour à la houe dans la neige, marquant les limites du futur édifice.
Quelle que soit son origine réelle, cette histoire explique pourquoi l'église porte depuis longtemps le titre de Notre-Dame-des-Neiges, et pourquoi une cérémonie reconstituant le miracle, avec des pétales de fleurs blanches lâchés depuis le plafond à caissons au-dessus du maître-autel, est encore célébrée dans la basilique chaque 5 août.
De Libère à Sixte III
Les fondements historiques de la basilique sont un peu mieux documentés, quoique moins pittoresques, que la légende de la neige. Une église connue sous le nom de basilique libérienne existait bel et bien sur l'Esquilin dès le milieu du IVe siècle, associée au nom du pape Libère, même si son ampleur et son apparence exactes restent mal connues. L'édifice qui subsiste aujourd'hui dans ses grandes lignes date cependant d'un moment ultérieur et théologiquement décisif : le pontificat de Sixte III, de 432 à 440.
La basilique de Sixte III s'éleva dans les années qui suivirent immédiatement le concile d'Éphèse de 431, au cours duquel l'Église affirma solennellement que Marie devait être honorée du titre de Theotokos, Mère de Dieu, contre une opinion rivale qui aurait limité son rôle au titre plus modeste de Mère du Christ. Ce différend n'avait rien d'une simple querelle académique : il touchait directement à la manière dont l'Église comprenait l'union des natures divine et humaine dans le Christ lui-même, et Éphèse trancha nettement en faveur de Marie. La nouvelle basilique de Sixte III sur l'Esquilin, élevée presque aussitôt après et ornée de mosaïques représentant des scènes de l'Ancien Testament aux côtés d'un arc triomphal célébrant les événements de l'enfance du Christ, constitue l'une des réponses architecturales les plus précoces et les plus grandioses à l'enseignement de ce concile. C'est, en somme, une déclaration de la doctrine mariale de l'Église inscrite dans la pierre, bâtie au moment même où cette doctrine venait d'être définie.
Ce que renferme la basilique
Les mosaïques du Ve siècle de Sainte-Marie-Majeure comptent parmi les plus anciennes œuvres dévotionnelles de ce genre encore conservées dans tout le monde chrétien, antérieures aux grands cycles de mosaïques de Ravenne et demeurées largement intactes à travers de multiples rénovations. Les mosaïques de l'arc triomphal, représentant l'Annonciation, l'Adoration des mages et d'autres scènes de l'enfance, sont particulièrement prisées des historiens de l'art paléochrétien pour la manière dont elles montrent Marie en habit impérial, assise et trônant, un argument visuel de son statut élevé exprimé dans le langage de l'iconographie romaine familier à un public du Ve siècle.
Sous le maître-autel de la basilique repose un reliquaire traditionnellement dit contenir des fragments de bois de la mangeoire de Bethléem, connu sous le nom de Crèche de la Nativité. L'authenticité de cette relique, comme celle de beaucoup d'autres de cette époque, ne peut être établie avec certitude historique, et l'Église n'a jamais imposé la croyance en l'authenticité d'une relique particulière comme article de doctrine. Elle n'en a pas moins attiré des pèlerins vers la basilique depuis plus d'un millénaire, renforçant le lien ancien de l'église avec les événements de la naissance du Christ, en plus de sa dédicace mariale.
La basilique conserve également une icône byzantine de la Vierge à l'Enfant connue sous le nom de Salus Populi Romani, « Salut du peuple romain », une image d'une grande ancienneté portée en procession à travers Rome lors des épidémies, des guerres et d'autres crises publiques depuis le Moyen Âge au moins. Les papes ont perpétué cette tradition jusqu'à l'époque moderne, se rendant devant l'icône avant et après leurs voyages internationaux.
Une église de papes successifs
Contrairement à beaucoup d'églises romaines, si profondément reconstruites au fil des siècles que peu de leur fabrique d'origine subsiste, Sainte-Marie-Majeure a conservé le plan essentiel de sa basilique du Ve siècle remarquablement intact sous les ajouts postérieurs. Les papes de la Renaissance et du baroque y ajoutèrent des chapelles, un plafond à caissons doré dit avoir été recouvert d'une partie du premier or rapporté des Amériques, et une façade imposante, mais la nef antique, ses colonnes et son cycle de mosaïques d'origine restent visibles des visiteurs à peu près tels qu'un Romain du Ve siècle aurait pu les voir.
Plusieurs papes ont choisi d'être inhumés à Sainte-Marie-Majeure plutôt qu'à Saint-Pierre, reflet du statut particulier de la basilique parmi les églises mariales de Rome à travers des siècles de dévotion pontificale. La fête de sa dédicace, célébrée le 5 août dans tout le calendrier universel du rite romain, demeure l'une des rares fêtes de dédicace d'édifice observées dans toute l'Église, signe de l'importance accordée à cette basilique particulière dans la vie de l'Église catholique tout entière.





