L'archibasilique Saint-Jean-de-Latran
La cathédrale que les touristes évitent
Rome compte plus d'églises au kilomètre carré que presque toute autre ville au monde, et même un visiteur attentif peut repartir sans jamais avoir mis les pieds dans la plus importante d'entre elles. La basilique Saint-Pierre attire les foules — elle se trouve dans la Cité du Vatican, bâtie sur le tombeau que la tradition attribue à saint Pierre lui-même, et elle accueille les cérémonies retransmises au monde entier. Mais le rang, dans l'Église catholique, obéit à une logique différente de la notoriété. La véritable cathédrale du pape — l'église qui abrite son siège en tant qu'évêque de Rome, la charge dont découle tout le reste de son autorité — est l'archibasilique Saint-Jean-de-Latran, distincte du Vatican, à l'autre bout de la ville.
Jakob Alt, La basilique Saint-Jean-de-Latran a Rome, 1835 - domaine public.
Ce qui fait d'une église une « cathédrale »
Cette distinction compte, car une cathédrale, au sens catholique, n'est pas simplement une église grandiose ou importante — c'est précisément l'église qui abrite la cathedra d'un évêque, son siège officiel, celui depuis lequel il enseigne et gouverne son diocèse. Chaque évêque n'en possède qu'une seule. Le pape est évêque de Rome avant d'être quoi que ce soit d'autre dans le gouvernement de l'Église, et sa cathedra se trouve à Saint-Jean-de-Latran, non à Saint-Pierre. Saint-Pierre, à l'inverse, est bâtie sur le lieu de sépulture traditionnel de l'apôtre et fait office de basilique propre du Vatican — extraordinairement importante, mais pas, techniquement, la cathédrale du pape.
Plus ancienne que Saint-Pierre, bâtie sur un domaine confisqué
La prétention de Saint-Jean-de-Latran à la préséance repose sur bien plus qu'une simple technicité — c'est aussi, selon la plupart des sources, la plus ancienne des grandes églises de Rome. Son terrain appartint autrefois aux Laterani, une riche famille romaine, avant de passer aux mains impériales et d'être offert par l'empereur Constantin au pape Miltiade au début du IVe siècle, peu après que la légalisation du christianisme eut mis fin à des siècles de persécution. Ce don permit à l'Église, pour la première fois, de bâtir à Rome une grande basilique publique plutôt que de célébrer le culte dans des demeures privées ou des catacombes — faisant de la basilique du Latran la première église chrétienne construite ouvertement dans la ville, environ une décennie avant que ne débute la construction de l'ancienne basilique Saint-Pierre.
Une inscription sur la façade de l'église proclame encore son rang en latin : Omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput — « Mère et Tête de toutes les Églises de la Ville et du Monde ». Ce titre n'est pas une flatterie décorative ; il reflète la préséance formelle du Latran sur toute autre église catholique de la terre, Saint-Pierre comprise, un statut que l'Église a maintenu sans interruption depuis la fondation de la basilique, y compris durant les siècles où les papes eux-mêmes résidaient à Avignon plutôt qu'à Rome.
Cette préséance n'est pas seulement symbolique. Chaque nouveau pape, selon une coutume ancienne, prend formellement possession de la basilique du Latran lors d'une cérémonie distincte de son installation à Saint-Pierre, précisément parce que c'est ici, et non dans la plus célèbre basilique du Vatican, qu'il est institué évêque de Rome au sens juridique le plus plein. Les papes vécurent aux côtés du Latran, dans le palais attenant, pendant environ un millénaire — durant tout le premier millénaire de l'histoire de l'Église et au-delà — ce qui signifie que, pour l'essentiel de l'histoire chrétienne, c'est là, littéralement, que résidait et gouvernait la papauté, et non sur la colline du Vatican.
Une dédicace qui s'est enrichie avec le temps
Le nom complet et officiel de la basilique aujourd'hui est la basilique du Très Saint Sauveur et des saints Jean-Baptiste et Jean l'Évangéliste au Latran. Sa dédicace la plus ancienne était au Christ Sauveur seul ; les deux saints Jean furent ajoutés à son patronage plus tard, en lien avec un baptistère bâti à côté de l'église et une communauté bénédictine ayant pris Jean-Baptiste pour patron. L'édifice a été reconstruit et restauré à de nombreuses reprises après des incendies, des séismes et la longue absence de la papauté durant la période avignonnaise, et la version actuelle doit une grande partie de son intérieur à une rénovation du XVIIe siècle par Francesco Borromini — mais son rang, contrairement à son architecture, n'a jamais changé.
Le baptistère du Latran, attenant à la basilique, mérite qu'on s'y arrête à part, car il est traditionnellement considéré comme le modèle de tous les baptistères du monde chrétien. Bâti sur un plan octogonal — huit côtés symbolisant, dans la numérologie chrétienne primitive, le « huitième jour » de la création nouvelle inaugurée par la résurrection du Christ — il a établi un schéma architectural que d'autres baptistères, en Italie et au-delà, ont consciemment imité pendant des siècles, faisant du complexe du Latran une influence qui dépasse largement le seul bâtiment de la basilique elle-même.
La Porte sainte et la tradition du Jubilé
Saint-Jean-de-Latran assume aussi un rôle qui n'attire l'attention publique qu'une fois tous les quart de siècle environ : comme Saint-Pierre et les deux autres grandes basiliques papales de Rome, elle possède sa propre Porte sainte, ouverte par le pape au début d'une Année sainte et de nouveau murée à sa clôture. Les pèlerins qui la franchissent, ainsi que les portes des trois autres basiliques papales, recherchent traditionnellement les indulgences que l'Église attache à une Année sainte. Le palais du Latran, attenant à la basilique et résidence des papes pendant environ un millénaire avant le transfert de la papauté au Vatican, ne fait qu'ajouter à l'impression que cette église plus discrète, moins visitée, porte un poids institutionnel bien supérieur à ce que sa notoriété touristique laisserait supposer.
Pour quiconque s'intéresse à l'histoire de saint Michel Archange ou aux autres grandes églises de Rome, Saint-Jean-de-Latran mérite le détour : c'est l'édifice où, en un sens institutionnel bien réel, commence encore toute la structure de l'Église catholique.





