Les quatre basiliques papales de Rome
Un rang détenu par seulement quatre églises
Rome compte des centaines d'églises, dont des dizaines sont anciennes et architecturalement remarquables, mais quatre seulement détiennent le titre formel de « basilique papale majeure » — parfois simplement appelée « basilique papale ». Ce sont la basilique Saint-Pierre au Vatican, l'archibasilique Saint-Jean-de-Latran, la basilique Sainte-Marie-Majeure et la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Ensemble, elles forment un ensemble dont les racines remontent aux premiers siècles d'un christianisme légalisé et publiquement visible à Rome, et chacune porte des privilèges qu'aucun autre édifice religieux au monde ne réunit tout à fait de la même façon.
Photo de Fallaner, « Saint Peter's Basilica Holy door 2020 P01 », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Ce rang ne tient pas d'abord à leur taille ou à leur renommée, bien que toutes quatre soient immenses et mondialement célèbres en elles-mêmes. Il remonte plutôt au lien historique et continu de chaque église avec la papauté elle-même : chacune des quatre possède, ou a historiquement possédé, son propre trône papal et son propre autel papal réservés à l'usage personnel du pape, chacune est desservie par un collège de chanoines chargé de sa vie liturgique, et — le détail que la plupart des visiteurs remarquent réellement — chacune possède sa propre Porte sainte.
Ce que « papale » signifie ici, et ce qu'elle ne signifie pas
C'est une confusion courante et compréhensible : beaucoup supposent que Saint-Pierre doit être la propre cathédrale du pape, puisque c'est l'église la plus associée à la papauté dans l'imaginaire populaire et le site de la plupart des grandes cérémonies pontificales. Cette distinction appartient en réalité à Saint-Jean-de-Latran, qui détient la cathedra du pape — son siège épiscopal, la source littérale du mot « cathédrale » — car le rôle ecclésiastique premier du pape est celui d'évêque de Rome, et la cathédrale de Rome a toujours été la basilique du Latran, non Saint-Pierre. Une inscription sur la façade du Latran la désigne, en latin, comme « mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde », une revendication de préséance sur toute autre église catholique de la terre, Saint-Pierre y compris.
Saint-Pierre doit sa proéminence écrasante à son association avec le tombeau de l'apôtre Pierre et à son rôle de lieu des messes papales, des canonisations et du conclave qui élit chaque nouveau pape — un poids pratique et symbolique qui, dans l'esprit populaire, a largement éclipsé la préséance formelle plus ancienne du Latran. Sainte-Marie-Majeure occupe sa place en tant que principale église mariale de Rome, associée à une légende fondatrice mêlant une chute de neige miraculeuse en plein été et une tradition de relique liée à la mangeoire de Bethléem. Saint-Paul-hors-les-Murs marque le tombeau traditionnel de l'apôtre Paul le long de l'ancienne route au sud de la ville, reconstruite presque entièrement après qu'un incendie catastrophique en 1823 eut détruit l'église qui se dressait, pour l'essentiel inchangée, depuis le IVe siècle.
La Porte sainte, expliquée
La caractéristique commune la plus distinctive des quatre basiliques papales est la Porte sainte — en latin, Porta Sancta. Chaque basilique possède une porte désignée, généralement sur la façade principale, qui demeure en permanence murée de briques derrière ses panneaux de bronze ou de bois durant les années ordinaires. Elle n'est ouverte que pour un Jubilé, une Année sainte que l'Eglise observe traditionnellement environ tous les vingt-cinq ans depuis que cette pratique fut formalisée au XIVe siècle, bien que les papes puissent aussi convoquer un Jubilé « extraordinaire » en dehors de ce cycle habituel, comme le fit le pape François en 2015-2016.
L'ouverture de la porte est elle-même un rite liturgique formel : le pape frappe ou heurte la porte scellée, des ouvriers percent la maçonnerie qui la ferme, et le pape est le premier à la franchir tandis que l'Année jubilaire commence formellement à Saint-Pierre, les portes des trois autres basiliques étant ouvertes dans les jours suivants par d'autres cardinaux officiants. Franchir une Porte sainte durant l'Année jubilaire est traditionnellement lié à l'obtention d'une indulgence plénière — sous les conditions que l'Eglise y attache, une remise des conséquences temporelles du péché — ce qui fait de cet acte physique de passage une pratique dévotionnelle chargée d'un poids théologique réel, et non une simple occasion de photographie pour les pèlerins. A la clôture du Jubilé, la porte est de nouveau cérémonieusement scellée, et l'on place généralement à l'intérieur du mur, avant qu'il ne soit remaçonné, une petite boîte de plomb contenant des pièces de monnaie et des documents de ce Jubilé — une pratique qui fait que chaque Porte sainte, lorsqu'elle est finalement rouverte des décennies plus tard, livre parfois une petite capsule temporelle laissée par les derniers pèlerins à l'avoir franchie.
Pourquoi le nombre est resté fixé à quatre
Historiquement, la tradition de pèlerinage romaine regroupait parfois ces quatre basiliques avec trois autres églises — la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem et le sanctuaire Notre-Dame-du-Divin-Amour — en un circuit plus long des « sept églises de pèlerinage » parcouru par les fidèles, en particulier durant les années jubilaires, suivant un itinéraire dévotionnel associé à saint Philippe Néri au XVIe siècle. Mais le rang formel de « basilique papale majeure », avec sa propre Porte sainte et son propre autel papal, est resté fixé à ces mêmes quatre églises depuis des siècles, les distinguant même d'autres basiliques romaines historiquement importantes qui portent le titre moindre — mais toujours notable — de « basilique mineure ».
Pour un pèlerin planifiant un itinéraire à Rome, les quatre basiliques papales forment un circuit naturel, praticable à pied si l'on est ambitieux, à travers la ville — depuis la bordure occidentale du Vatican jusqu'au Latran au sud-est de Rome, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les-Murs se trouvant chacune à une courte distance des autres. Chacune possède son propre caractère et sa propre histoire, qui méritent d'être connus pour eux-mêmes, mais ensemble, elles représentent quelque chose de plus grand que n'importe quel édifice pris isolément : quatre témoins physiques, toujours debout, de près de deux mille ans de présence chrétienne continue dans une même ville, chacun encore capable, environ une fois par génération, de voir sa porte scellée brisée à nouveau.





