L'abbaye de Vézelay : où fut prêchée la deuxième croisade
Une abbaye de colline à la revendication extraordinaire
Vézelay se dresse sur une colline abrupte au cœur de la campagne vallonnée de Bourgogne, sa basilique romane visible à des kilomètres à travers les terres agricoles environnantes — un cadre saisissant pour ce qui devint, aux XIe et XIIe siècles, l'une des destinations de pèlerinage les plus déterminantes de l'Europe médiévale. L'abbaye existait depuis le IXe siècle, mais sa transformation en un centre de pèlerinage majeur remonte à une revendication précise que les moines commencèrent à promouvoir vers l'an 1050 : que l'abbaye possédait les reliques authentiques de sainte Marie-Madeleine, la disciple qui, selon les évangiles, fut la première témoin de la Résurrection.
Photographie de DKrieger, basilique Sainte-Marie-Madeleine, Vézelay, 2016 — CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.
La tradition voulait qu'un moine de Vézelay ait voyagé jusqu'au sud de la France, jusqu'à un tombeau associé à Marie-Madeleine près de l'actuel Saint-Maximin-la-Sainte- Baume, et en ait secrètement rapporté les reliques en Bourgogne pour les protéger des raids sarrasins qui menaçaient alors la côte méditerranéenne. Le pape Léon IX approuva formellement l'authenticité des reliques vers 1050, une validation papale qui donna à la revendication une crédibilité immense à travers l'Europe chrétienne et déclencha un afflux de pèlerins vers l'abbaye qui se poursuivrait pendant bien plus d'un siècle.
Devenir une porte d'entrée sur la route de Compostelle
Le prestige croissant de Vézelay comme sanctuaire de la Madeleine coïncida avec, et contribua à alimenter, son émergence comme l'un des quatre points de départ traditionnels en France pour les pèlerins empruntant le chemin de Compostelle vers le sanctuaire de saint Jacques dans le nord-ouest de l'Espagne. Les pèlerins se rassemblant à Vézelay avant de s'engager sur la longue route vers le sud-ouest apportèrent un flux constant, des revenus et du prestige à l'abbaye, et le monastère agrandit substantiellement ses bâtiments au cours des XIe et XIIe siècles pour accueillir ces nombres croissants.
La nef de la basilique, largement achevée dans les premières décennies du XIIe siècle, est aujourd'hui considérée comme l'un des exemples les plus accomplis et les plus complets d'architecture romane bourguignonne subsistant n'importe où en France — un style caractérisé par des arcs en plein cintre, une maçonnerie massive, et une décoration sculpturale abondante. Son tympan central, le grand panneau semi-circulaire sculpté au-dessus de l'entrée principale, représente une image spectaculaire du Christ envoyant les apôtres répandre l'Évangile à toutes les nations, entouré d'un éventail extraordinaire de figures sculptées représentant les divers peuples du monde connu — largement considéré par les historiens de l'art comme l'un des grands chefs-d'œuvre de la sculpture romane française.
Le sermon qui lança une croisade
Le moment le plus déterminant de l'histoire de Vézelay survint en 1146, quand Bernard de Clairvaux — l'imposant abbé et réformateur cistercien dont l'influence s'étendait à la vie politique et religieuse de toute l'Europe — vint y prêcher en faveur de ce qui deviendrait la deuxième croisade, suite à la perte du comté croisé d'Édesse aux mains des forces musulmanes l'année précédente. Le roi Louis VII de France était présent, avec une foule si nombreuse que, selon des récits contemporains, la basilique elle-même ne put les contenir, et le sermon dut être déplacé en plein air, sur une colline ouverte à côté de l'abbaye.
La prédication de Bernard ce jour-là est créditée d'avoir mobilisé un soutien substantiel pour la croisade à travers la noblesse française et au-delà, ancrant la place de Vézelay non seulement dans l'histoire religieuse mais dans l'histoire politique plus large de l'Europe médiévale. L'abbaye verrait l'histoire s'écrire de nouveau là des décennies plus tard, en 1190, quand le roi Richard Ier d'Angleterre (« Cœur de Lion ») et le roi Philippe II de France se rencontrèrent à Vézelay pour commencer formellement ensemble leur départ pour la troisième croisade.
Déclin, restauration et renaissance
La fortune de Vézelay changea radicalement au XIIIe siècle, quand la découverte — ou la prétendue découverte — de ce qui fut présenté comme les véritables reliques de Marie-Madeleine à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume en Provence en 1279 mina la crédibilité de la propre revendication de Vézelay, détournant le flux de pèlerins vers le sanctuaire rival. Le déclin de l'abbaye se poursuivit au cours des siècles suivants, aggravé par les troubles des guerres de Religion au XVIe siècle et, plus tard, par la Révolution française, durant laquelle la basilique fut saisie, partiellement endommagée, et sa communauté monastique entièrement dispersée.
Au début du XIXe siècle, le bâtiment se trouvait dans un état de délabrement sérieux, assez proche de la ruine pour que sa démolition fût sérieusement envisagée. Son sauvetage vint de l'intervention de l'écrivain Prosper Mérimée et de l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, dont la restauration étendue et, par endroits, à l'interprétation controversée entre 1840 et 1861 sauva la structure et lui rendit une grande partie de son caractère roman, même si certains de ses choix reflétaient les idées du XIXe siècle sur l'architecture médiévale autant que l'exactitude historique stricte.
De nouveau un site de pèlerinage
Aujourd'hui, Vézelay est reconnue comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO, à la fois indépendamment et dans le cadre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France plus larges, et demeure un lieu actif de pèlerinage et de culte chrétien, avec une communauté religieuse de nouveau résidente sur le site après un long vide historique. Quelle que soit la vérité historique ultime derrière ses reliques de la Madeleine, le rôle de Vézelay dans l'histoire européenne médiévale — comme destination de pèlerinage, jalon architectural, et lieu d'où fut lancée une croisade depuis une colline débordante — demeure fermement et indépendamment établi.





