Saint Édouard le Confesseur
Un exilé dans l'attente d'un trône
Édouard naquit vers 1003, fils du roi Æthelred le Malavisé et de son épouse normande Emma, à une époque où l'Angleterre subissait les assauts répétés des invasions danoises qui allaient bientôt coûter le trône à sa famille. Lorsque le roi danois Cnut conquit l'Angleterre en 1016, la famille d'Édouard s'enfuit en exil ; il passa environ vingt-cinq ans à grandir en Normandie, s'imprégnant des coutumes, de la langue et des relations normandes qui allaient le marquer pour le reste de sa vie et, finalement, préparer le terrain pour 1066. Ce fut un exil exceptionnellement long pour un roi en attente, et lorsque les circonstances le ramenèrent en Angleterre, il était déjà d'âge mûr et profondément normand d'esprit, appelé à régner sur un royaume encore largement anglo-saxon et danois par ses loyautés et sa politique.
La tapisserie de Bayeux, scène d'ouverture, EDWARD REX, XIe siècle — domaine public (photographie de Myrabella).
Édouard revint en Angleterre et fut couronné roi en 1042, après la mort des fils de Cnut, restaurant la maison de Wessex sur le trône après près de trois décennies de domination danoise. Son règne, qui dura jusqu'à sa mort en 1066, fut dominé par la tension entre ses propres sympathies normandes — il plaça des conseillers et des clercs normands à des postes d'influence — et le pouvoir des grands comtes anglo-saxons, en particulier la famille Godwin, dont il épousa la fille, Édith. Ce mariage ne produisit aucun enfant, un fait qui pèserait plus lourd que presque tout ce qu'Édouard accomplit en tant que roi, puisqu'il laissa la succession anglaise véritablement irrésolue au moment de sa mort.
Une réputation de piété, forgée surtout après sa mort
La réputation de sainteté d'Édouard repose largement sur des sources écrites après sa mort, en particulier la Vita Ædwardi Regis, une biographie commandée par sa veuve Édith, révisée au fil du temps pour souligner davantage sa sainteté à mesure que son culte se développait. La politique contemporaine fut nettement plus troublée que ne le laisse penser cette image pieuse tardive — le règne d'Édouard connut de véritables luttes de pouvoir avec la famille Godwin, y compris une période où il exila le comte Godwin et ses fils avant d'être contraint d'accepter leur retour, ce qui n'a rien du portrait d'un roi planant sereinement au-dessus des conflits terrestres. Cela ne signifie pas pour autant que sa piété fut inventée de toutes pièces ; on se souvenait constamment d'Édouard, même dans des récits plus anciens et plus sobres, comme d'un homme personnellement dévot, généreux envers l'Église, et étonnamment clément envers ses ennemis pour les critères de la politique du XIe siècle. Mais l'image plus complète d'Édouard en roi doux et détaché du monde reflète un culte qui grandit considérablement au siècle suivant sa mort, et non un consensus contemporain.
L'abbaye de Westminster, bâtie et devenue tombeau le même mois
Le projet unique qui définit le règne d'Édouard, et celui le plus directement lié à sa sainteté, fut la reconstruction de l'abbaye de Westminster, tout juste hors des murs de Londres. Il l'entreprit comme un grand édifice roman, d'une ampleur inédite en Angleterre, la destinant dès le départ à sa propre sépulture — une rupture avec l'ancienne tradition royale d'inhumation à Winchester — et y consacrant des ressources considérables durant les dernières années de son règne. La construction avança assez vite pour que la nouvelle église fût consacrée le 28 décembre 1065.
Édouard ne vécut pas assez pour en profiter. Il mourut à peine huit jours plus tard, le 5 janvier 1066, et fut enterré dans l'église qu'il venait tout juste d'achever, inaugurant la longue association de l'abbaye de Westminster avec les sépultures royales anglaises et, dès Guillaume le Conquérant cette même année, avec les couronnements anglais. L'abbaye telle qu'elle se dresse aujourd'hui a été reconstruite depuis l'époque d'Édouard, principalement dans le style gothique sous Henri III au XIIIe siècle, mais elle demeure, dans son usage continu, l'héritière directe de l'église qu'Édouard acheva juste avant sa mort.
Une mort sans héritier, et une conquête
La mort d'Édouard sans successeur déclencha l'une des crises de succession les plus lourdes de conséquences de l'histoire anglaise. Le conseil anglais, le Witan, choisit Harold Godwinson — frère d'Édith et le noble le plus puissant du royaume — comme nouveau roi, et il fut couronné presque immédiatement. Mais Guillaume, duc de Normandie, parent éloigné d'Édouard par sa mère normande, affirma qu'Édouard lui avait auparavant promis le trône, et peut-être même que Harold lui-même avait juré de soutenir cette prétention lors d'une visite antérieure en Normandie. Guillaume se servit de cette prétention pour justifier une invasion, battant et tuant Harold à la bataille de Hastings en octobre 1066 et inaugurant la domination normande sur l'Angleterre — une domination qui allait remodeler la langue, le droit et la propriété foncière anglais pendant des siècles, tout cela remontant à la question irrésolue laissée par le règne sans héritier d'Édouard.
Canonisation et une fête toujours vivante
Édouard fut canonisé en 1161 par le pape Alexandre III, largement à l'instigation du roi Henri II, qui avait ses propres raisons politiques de promouvoir un saint royal anglais lié à l'abbaye de Westminster. Ses reliques furent transférées vers un splendide nouveau reliquaire en 1163, et la date de cette translation, le 13 octobre, devint sa fête, toujours célébrée aujourd'hui. Il est honoré comme patron des mariages difficiles et, dans certaines traditions, de la monarchie anglaise elle-même — un patronage bien choisi pour un roi dont le mariage sans enfant, plus que tout autre acte de son règne, détermina le cours de l'histoire anglaise après sa mort. Parmi les saints royaux liés à l'histoire anglaise, son récit rejoint celui d'un autre roi canonisé, Édouard le Martyr, bien que plus d'un demi-siècle et des circonstances de mort très différentes séparent les deux hommes.






