Saint Hugues de Lincoln
Du Dauphiné à une chartreuse du Somerset
Hugues naquit vers 1140 à Avalon, dans la région du Dauphiné, dans ce qui est aujourd'hui le sud-est de la France, au sein d'une famille noble. Sa mère mourut alors qu'il était encore jeune, et il fut élevé en grande partie dans un monastère, entrant tôt en religion avant de rejoindre finalement les chartreux — l'un des ordres les plus exigeants du monachisme occidental, bâti autour de la prière solitaire, d'un silence quasi total, et d'un niveau d'austérité que peu d'autres ordres osaient tenter. Il s'éleva au sein de l'ordre en France avant qu'une invitation inattendue ne lui parvienne : le roi Henri II d'Angleterre, cherchant à fonder la première maison chartreuse sur le sol anglais en pénitence liée au meurtre de Thomas Becket, voulait un prieur expérimenté pour la diriger. Hugues traversa vers l'Angleterre vers 1179 pour prendre la charge de la nouvelle chartreuse de Witham, dans le Somerset.
Enlumineur inconnu, miniature de saint Hugues de Lincoln, v. 1490–1500 — domaine public.
Il se révéla un administrateur efficace autant qu'un moine rigoureux, et sa réputation se répandit assez vite pour qu'en 1186 Henri II — le même roi qu'il allait affronter à répétition — le désigne évêque de Lincoln, alors le plus vaste diocèse d'Angleterre, couvrant une bonne partie des Midlands. Hugues n'accepta qu'à contrecœur, et, fidèle à lui-même, seulement après avoir obtenu de véritables concessions : il exigea que le chapitre cathédral tienne une élection réellement libre plutôt que d'entériner simplement une nomination royale, un point de principe qu'il tenait manifestement à établir avant même d'accepter la charge.
L'évêque qui disait non aux rois
Ce qui fait que l'épiscopat de Hugues est resté dans les mémoires huit siècles plus tard n'est pas d'abord son administration, aussi remarquable fût-elle, mais sa volonté de tenir tête aux hommes les plus puissants d'Angleterre lorsqu'il les jugeait dans l'erreur, et d'y parvenir sans perdre leur respect ni, apparemment, leur affection sincère. Henri II avait pour habitude de laisser délibérément vacants des évêchés et des abbayes, puisque les revenus d'un siège vacant allaient directement au trésor royal plutôt qu'à un évêque en exercice — un abus lucratif que Hugues combattit ouvertement, alors même que ce roi venait de l'élever à l'épiscopat. Plus tard, lorsqu'un garde forestier royal empiéta sur des terres appartenant au diocèse, Hugues l'excommunia sans hésiter ; face à la pression royale pour lever la sentence, Hugues tint bon jusqu'à ce que de véritables réparations soient faites.
Ses affrontements se poursuivirent sous les fils d'Henri. Hugues aurait refusé la demande de contributions financières de Richard Ier pour ses guerres continentales, au motif que le diocèse de Lincoln devait à la couronne un service militaire, non des fonds pour des guerres hors d'Angleterre — une position véritablement risquée face à un roi tout juste revenu de croisade, au sommet de son autorité. Il refusa aussi, plus tard dans sa vie, les exigences similaires du roi Jean. Dans chaque cas, chose remarquable, Hugues parvint à tenir sa position sans jamais rompre durablement sa relation avec la couronne ; les chroniqueurs médiévaux le décrivent comme un homme avec qui les rois se disputaient, puis, d'une manière ou d'une autre, souhaitaient encore garder à leurs côtés — on dit que Richard Ier garda Hugues auprès de lui durant une grave maladie précisément parce qu'il lui faisait confiance.
Une cathédrale, un cygne, et les malades
Le chantier de Hugues à Lincoln fut considérable : après qu'un tremblement de terre eut endommagé la cathédrale existante en 1185, il supervisa une reconstruction majeure dans le style gothique naissant, un travail qui posa les fondations de la renommée ultérieure de la cathédrale comme l'une des grandes réussites architecturales de l'Angleterre médiévale — sa tour centrale deviendrait un temps la plus haute structure du monde. Hugues ne vécut pas assez pour voir l'édifice achevé, mais le chœur et les transepts bâtis sous sa direction se dressent encore aujourd'hui.
On le connaissait aussi, de façon constante dans les sources proches de sa propre époque, pour son soin personnel des lépreux — visitant les léproseries, lavant lui-même leurs plaies, et mangeant avec les malades à une époque où la maladie inspirait assez de terreur sociale pour que la plupart évitent tout contact. C'est le genre de détail que les biographes de saints médiévaux exagèrent parfois pour l'effet, mais dans le cas de Hugues, il revient de façon assez répétée et précise, à travers des récits indépendants quasi contemporains, pour que les historiens le traitent généralement comme solide plutôt qu'embelli.
L'anecdote la plus connue et la plus légère attachée à Hugues est celle du cygne de Stow : selon des sources quasi contemporaines, un cygne sauvage de son manoir se serait attaché à lui avec une farouche exclusivité, ne tolérant personne d'autre à proximité et le veillant, dit-on, pendant son sommeil. Quelle que soit sa base réelle, le cygne devint un emblème durable de Hugues dans l'art, à la manière dont d'autres évêques médiévaux sont souvent associés à des animaux symboliques — un détail assez marquant pour avoir survécu, dans la mémoire populaire, à la plupart des aspects plus solennels de sa biographie.
Mort, et une canonisation rapide
Hugues mourut à Londres en novembre 1200, s'y étant rendu pour un conseil royal malgré sa santé déclinante. Ses funérailles à Lincoln rassemblèrent une assemblée extraordinaire, le roi Jean lui-même figurant parmi les porteurs du cercueil, preuve du respect sincère que Hugues avait gagné jusque de la couronne qu'il avait si souvent affrontée. Il fut canonisé en 1220, seulement vingt ans après sa mort — rapide selon les critères médiévaux, reflétant à quel point sa réputation de sainteté s'était répandue vite et largement. Sa fête est célébrée le 17 novembre. Parmi les évêques médiévaux anglais qui allièrent un véritable courage institutionnel à une charité personnelle et concrète, Hugues de Lincoln demeure l'un des exemples les plus clairement attestés par les sources.






