Saint Martin Ier, pape et martyr

Aucun pape après lui ne mourra en martyr pendant treize siècles. En 653, des soldats impériaux arrachèrent Martin Ier à l'autel même d'une église romaine, le traînèrent à moitié mort à travers la Méditerranée dans la cale sordide d'un navire, et lui firent subir un procès public conçu moins pour établir sa culpabilité que pour humilier un homme que l'empereur considérait comme une menace politique. Son crime : refuser de se taire face à un compromis théologique qu'il jugeait niant la pleine humanité du Christ.

Un pape élu sans l'aval de l'empereur

Martin naquit à Todi, en Italie centrale, et servit l'Église romaine comme diacre et légat pontifical avant son élection comme pape en juillet 649. Il fut consacré sans attendre la confirmation impériale d'usage venue de Constantinople — une rupture de protocole qui signalait déjà la tension montante entre Rome et la cour impériale, et que l'empereur n'allait pas oublier.

Portrait gravé du XIXe siècle du pape saint Martin Ier portant la mitre papale, avec les clés et la tiare pontificales à ses côtés

Artaud de Montor, portrait illustré du pape Martin Ier, 1842 — domaine public

Le différend au cœur du pontificat de Martin n'était pas une question mineure d'administration ecclésiastique. Il portait sur la manière même de comprendre la personne du Christ. Un siècle plus tôt, le concile de Chalcédoine (451) avait défini le Christ comme une seule personne en deux natures, pleinement divine et pleinement humaine. Certains chrétiens d'Orient, appelés monophysites, rejetaient cet enseignement, affirmant que le Christ n'avait qu'une seule nature, divine. Au VIIe siècle, la cour impériale de Constantinople promouvait une position de compromis appelée monothélisme — l'idée selon laquelle, quelles que soient les deux natures du Christ, il ne possédait qu'une seule volonté — espérant que ce terrain d'entente pourrait réunifier les populations chrétiennes divisées de l'empire, à un moment où le territoire byzantin subissait une pression militaire sévère du fait des conquêtes arabes fulgurantes.

Le concile du Latran et le Typos

L'empereur Constant II avait déjà promulgué en 648 un décret appelé le Typos, qui n'entérinait pas formellement le monothélisme mais interdisait toute discussion publique sur le nombre de volontés dans le Christ — une tentative d'étouffer la controverse en réduisant les deux camps au silence. Martin y vit une esquive dangereuse qui laissait subsister, sans contestation, une position théologiquement erronée.

Peu après son élection, Martin convoqua un concile à la basilique du Latran, à Rome, en octobre 649, réunissant bien plus d'une centaine d'évêques, pour la plupart italiens mais avec des délégués et des moines réfugiés venus d'Orient, parmi lesquels saint Maxime le Confesseur, dont les propres arguments théologiques nourrirent une grande partie du raisonnement conciliaire. Le concile du Latran condamna formellement le monothélisme comme hérésie et, implicitement, condamna le Typos pour l'avoir toléré. Martin fit ensuite circuler largement les décrets du concile par lettre, rendant sa position publique de manière incontestable — précisément l'issue que l'édit impérial avait été conçu pour empêcher.

Arrestation, procès et un voyage éprouvant

Constant II considéra la défiance de Martin comme un défi politique à l'autorité impériale et, en juin 653, envoya à Rome son officier Théodore Calliopas avec des soldats pour arrêter le pape. Les récits de ceux qui étaient proches de Martin le décrivent appréhendé alors qu'il était gravement malade, saisi, dit-on, jusque dans l'espace de l'autel de la basilique du Latran, et hâtivement conduit hors de la ville avant que les foules romaines qui lui étaient favorables ne puissent intervenir.

Il fut d'abord expédié à Naxos, dans la mer Égée, où il fut détenu environ un an, puis transféré à Constantinople, où il arriva en septembre 654 après un voyage d'une extrême dureté — des lettres attribuées à Martin décrivent la quasi-famine et la saleté à bord du navire. À Constantinople, il fut emprisonné pendant des mois, privé de nourriture suffisante et de soins malgré sa santé déclinante, puis soumis à un procès public devant le Sénat, centré presque entièrement sur une prétendue déloyauté politique envers l'empereur plutôt que sur les questions théologiques qui les avaient réellement opposés. Il fut formellement dépouillé de son rang sacerdotal, promené enchaîné à travers la ville, et condamné à l'exil plutôt qu'à l'exécution — une sentence que certains historiens lisent comme une concession à sa popularité persistante à Rome et à l'intervention en sa faveur du patriarche alors en fonction.

Mort en exil à Cherson

Martin fut exilé à Cherson, un avant-poste isolé de la péninsule de Crimée, à l'extrémité nord de la mer Noire, où il arriva au printemps 655. Des lettres qui lui sont attribuées, datant de cette période, décrivent un dénuement sévère — une pénurie de nourriture et de biens de première nécessité dans la région, aggravée par une famine locale, et un sentiment d'abandon de la part des autorités ecclésiastiques de Rome, lentes à lui envoyer de l'aide ou même à reconnaître sa légitimité persistante comme pape sous la pression du gouvernement impérial. Il y mourut le 16 septembre 655, épuisé par le cumul de l'emprisonnement, du voyage et des rudes conditions de l'exil, plutôt que par un acte de violence direct — ce qui explique qu'il soit vénéré comme martyr pour la foi qu'il refusa d'abandonner, bien qu'aucun geste de violence unique ne l'ait tué sur le coup.

Une controverse que l'Église finit par trancher

La question théologique que Martin mourut en défendant ne fut pleinement réglée qu'en 681, lorsque le troisième concile de Constantinople se réunit dans des circonstances politiques plus favorables et condamna formellement le monothélisme, affirmant que le Christ possède à la fois une volonté divine et une volonté humaine, en cohérence avec ses deux natures — confirmant, une génération plus tard, la position que le concile du Latran, sous Martin, avait déjà atteinte. La décision de ce concile ultérieur est considérée comme un enseignement contraignant de l'Église, ce qui distingue la doctrine désormais établie de la controverse politique qui avait rendu si coûteuse la défense que Martin en avait faite.

Martin est aujourd'hui rappelé comme le dernier des premiers pontifes romains honorés du titre de martyr, clôturant une lignée de papes martyrs remontant aux persécutions des premiers siècles de l'Église, et son histoire est souvent associée à celle de saint Maxime le Confesseur, le moine-théologien dont les arguments façonnèrent le concile du Latran et qui subit, quelques années à peine plus tard, sa propre arrestation, son propre procès et sa propre mutilation pour la même position théologique. Sa fête, célébrée chaque 13 avril, honore un pape qui paya de sa vie le fait d'avoir jugé une question sur la personne du Christ trop importante pour être laissée en suspens — même face à l'ordre exprès de l'homme le plus puissant du monde chrétien.

Trivia

Pourquoi le pape Martin Ier fut-il arrêté par l'empereur byzantin ?
Il convoqua le concile du Latran de 649, qui condamna formellement le monothélisme — la doctrine, favorisée par l'empereur Constant II pour des raisons politiques, selon laquelle le Christ n'aurait qu'une seule volonté au lieu d'une volonté divine et d'une volonté humaine. L'empereur considéra la condamnation prononcée par le concile, ainsi que le refus de Martin d'accepter un édit religieux impérial appelé le Typos, comme un acte de défiance politique.
Qu'advint-il de Martin Ier après son arrestation ?
Il fut appréhendé à Rome en 653, transporté par bateau à Constantinople après un voyage d'environ trois mois, emprisonné plus de trois mois sans nourriture suffisante, jugé publiquement et dépouillé de son rang, puis enfin exilé à Cherson, en Crimée, où il mourut en 655 des suites des mauvais traitements subis et des rudes conditions de son exil.
Martin Ier est-il le dernier pape vénéré comme martyr ?
Oui — il est traditionnellement considéré comme le dernier des premiers pontifes romains honorés du titre de martyr, une lignée de papes martyrs qui avait commencé avec les persécutions des premiers siècles de l'Église et qui s'acheva effectivement avec sa mort en 655.
Qu'est-ce que le monothélisme, et pourquoi cette question était-elle si importante ?
Le monothélisme enseignait que le Christ ne possédait qu'une seule volonté, une position de compromis destinée à réconcilier les chrétiens qui acceptaient l'enseignement du concile de Chalcédoine sur les deux natures du Christ avec ceux qui le rejetaient. L'Église finit par rejeter ce compromis au troisième concile de Constantinople, en 681, affirmant que le Christ possède à la fois une volonté divine et une volonté humaine, en cohérence avec ses deux natures, divine et humaine.
Quelle est la date de la fête de saint Martin Ier ?
Sa fête est célébrée le 13 avril dans le calendrier catholique romain ; il est également vénéré dans l'Église orthodoxe, qui garde sa mémoire le 14 avril.
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