Saint Martin Ier, pape et martyr
Un pape élu sans l'aval de l'empereur
Martin naquit à Todi, en Italie centrale, et servit l'Église romaine comme diacre et légat pontifical avant son élection comme pape en juillet 649. Il fut consacré sans attendre la confirmation impériale d'usage venue de Constantinople — une rupture de protocole qui signalait déjà la tension montante entre Rome et la cour impériale, et que l'empereur n'allait pas oublier.
Artaud de Montor, portrait illustré du pape Martin Ier, 1842 — domaine public
Le différend au cœur du pontificat de Martin n'était pas une question mineure d'administration ecclésiastique. Il portait sur la manière même de comprendre la personne du Christ. Un siècle plus tôt, le concile de Chalcédoine (451) avait défini le Christ comme une seule personne en deux natures, pleinement divine et pleinement humaine. Certains chrétiens d'Orient, appelés monophysites, rejetaient cet enseignement, affirmant que le Christ n'avait qu'une seule nature, divine. Au VIIe siècle, la cour impériale de Constantinople promouvait une position de compromis appelée monothélisme — l'idée selon laquelle, quelles que soient les deux natures du Christ, il ne possédait qu'une seule volonté — espérant que ce terrain d'entente pourrait réunifier les populations chrétiennes divisées de l'empire, à un moment où le territoire byzantin subissait une pression militaire sévère du fait des conquêtes arabes fulgurantes.
Le concile du Latran et le Typos
L'empereur Constant II avait déjà promulgué en 648 un décret appelé le Typos, qui n'entérinait pas formellement le monothélisme mais interdisait toute discussion publique sur le nombre de volontés dans le Christ — une tentative d'étouffer la controverse en réduisant les deux camps au silence. Martin y vit une esquive dangereuse qui laissait subsister, sans contestation, une position théologiquement erronée.
Peu après son élection, Martin convoqua un concile à la basilique du Latran, à Rome, en octobre 649, réunissant bien plus d'une centaine d'évêques, pour la plupart italiens mais avec des délégués et des moines réfugiés venus d'Orient, parmi lesquels saint Maxime le Confesseur, dont les propres arguments théologiques nourrirent une grande partie du raisonnement conciliaire. Le concile du Latran condamna formellement le monothélisme comme hérésie et, implicitement, condamna le Typos pour l'avoir toléré. Martin fit ensuite circuler largement les décrets du concile par lettre, rendant sa position publique de manière incontestable — précisément l'issue que l'édit impérial avait été conçu pour empêcher.
Arrestation, procès et un voyage éprouvant
Constant II considéra la défiance de Martin comme un défi politique à l'autorité impériale et, en juin 653, envoya à Rome son officier Théodore Calliopas avec des soldats pour arrêter le pape. Les récits de ceux qui étaient proches de Martin le décrivent appréhendé alors qu'il était gravement malade, saisi, dit-on, jusque dans l'espace de l'autel de la basilique du Latran, et hâtivement conduit hors de la ville avant que les foules romaines qui lui étaient favorables ne puissent intervenir.
Il fut d'abord expédié à Naxos, dans la mer Égée, où il fut détenu environ un an, puis transféré à Constantinople, où il arriva en septembre 654 après un voyage d'une extrême dureté — des lettres attribuées à Martin décrivent la quasi-famine et la saleté à bord du navire. À Constantinople, il fut emprisonné pendant des mois, privé de nourriture suffisante et de soins malgré sa santé déclinante, puis soumis à un procès public devant le Sénat, centré presque entièrement sur une prétendue déloyauté politique envers l'empereur plutôt que sur les questions théologiques qui les avaient réellement opposés. Il fut formellement dépouillé de son rang sacerdotal, promené enchaîné à travers la ville, et condamné à l'exil plutôt qu'à l'exécution — une sentence que certains historiens lisent comme une concession à sa popularité persistante à Rome et à l'intervention en sa faveur du patriarche alors en fonction.
Mort en exil à Cherson
Martin fut exilé à Cherson, un avant-poste isolé de la péninsule de Crimée, à l'extrémité nord de la mer Noire, où il arriva au printemps 655. Des lettres qui lui sont attribuées, datant de cette période, décrivent un dénuement sévère — une pénurie de nourriture et de biens de première nécessité dans la région, aggravée par une famine locale, et un sentiment d'abandon de la part des autorités ecclésiastiques de Rome, lentes à lui envoyer de l'aide ou même à reconnaître sa légitimité persistante comme pape sous la pression du gouvernement impérial. Il y mourut le 16 septembre 655, épuisé par le cumul de l'emprisonnement, du voyage et des rudes conditions de l'exil, plutôt que par un acte de violence direct — ce qui explique qu'il soit vénéré comme martyr pour la foi qu'il refusa d'abandonner, bien qu'aucun geste de violence unique ne l'ait tué sur le coup.
Une controverse que l'Église finit par trancher
La question théologique que Martin mourut en défendant ne fut pleinement réglée qu'en 681, lorsque le troisième concile de Constantinople se réunit dans des circonstances politiques plus favorables et condamna formellement le monothélisme, affirmant que le Christ possède à la fois une volonté divine et une volonté humaine, en cohérence avec ses deux natures — confirmant, une génération plus tard, la position que le concile du Latran, sous Martin, avait déjà atteinte. La décision de ce concile ultérieur est considérée comme un enseignement contraignant de l'Église, ce qui distingue la doctrine désormais établie de la controverse politique qui avait rendu si coûteuse la défense que Martin en avait faite.
Martin est aujourd'hui rappelé comme le dernier des premiers pontifes romains honorés du titre de martyr, clôturant une lignée de papes martyrs remontant aux persécutions des premiers siècles de l'Église, et son histoire est souvent associée à celle de saint Maxime le Confesseur, le moine-théologien dont les arguments façonnèrent le concile du Latran et qui subit, quelques années à peine plus tard, sa propre arrestation, son propre procès et sa propre mutilation pour la même position théologique. Sa fête, célébrée chaque 13 avril, honore un pape qui paya de sa vie le fait d'avoir jugé une question sur la personne du Christ trop importante pour être laissée en suspens — même face à l'ordre exprès de l'homme le plus puissant du monde chrétien.






