Saint Peregrino Laziosi, patron des malades du cancer
Une jeunesse rebelle dans une cité divisée
Peregrino Laziosi naquit vers 1260 à Forlì, une ville de la région de Romagne, dans le nord de l'Italie, à une époque où les cités italiennes étaient violemment divisées entre les factions fidèles au pape (guelfes) et celles fidèles à l'empereur du Saint-Empire (gibelins). Forlì penchait du côté gibelin, et jeune homme, Peregrino — selon la plupart des récits une jeunesse volontaire et même violente, mêlée aux luttes de rue factionnelles de la ville — se serait trouvé, rapporte-t-on, parmi une foule affrontant un légat pontifical envoyé dans la cité, une rencontre que la tradition dit avoir tourné à l'hostilité physique.
« San Peregrino », XVIIIe siècle, peintre inconnu, Museo de Antioquia, Medellín — photo CC BY-SA 4.0.
Le tournant, comme le raconte l'hagiographie tardive — la littérature biographique traditionnelle écrite sur les saints, souvent composée des générations après leur mort —, vint par l'entremise de saint Philippe Benizi, figure majeure de l'ordre des Servites qui prêchait alors précisément à Forlì et qui aurait été frappé par le jeune homme durant l'émeute. Plutôt que de répondre en retour, Philippe aurait offert son pardon, un geste que la tradition crédite d'avoir suffisamment ébranlé Peregrino pour qu'il reconsidère entièrement l'orientation de sa vie. Quels que fussent les détails historiques précis, Peregrino abandonna son ancienne vie, chercha la communauté servite, et fut finalement reçu dans l'ordre des Serviteurs de Marie, fondé environ un siècle plus tôt par sept marchands florentins dévoués à la Vierge Marie sous son titre de Notre-Dame des Sept Douleurs.
Des décennies de service discret et exigeant
Une fois reçu chez les Servites, la biographie de Peregrino s'installe dans un schéma courant chez de nombreux frères médiévaux : des années de vie religieuse disciplinée et largement non documentée, marquées par l'austérité, la prédication et le soin des pauvres et des malades de sa région. Il fut finalement ordonné prêtre et retourna servir dans sa Forlì natale, où la tradition lui attribue une discipline personnelle extraordinairement exigeante — dont, selon des récits ultérieurs, se tenir debout plutôt que de s'asseoir chaque fois que cela n'était pas strictement nécessaire, pratique que certains hagiographes rattachent à l'affection de la jambe qui définirait plus tard son histoire, bien que ce lien causal relève de la tradition plutôt que d'une histoire médicale documentée.
Ce qui distinguait Peregrino de bien de ses frères servites, selon les récits qui circulèrent après sa mort, était un style de soin pastoral inhabituellement attentif et patient — visitant personnellement les malades, veillant les mourants, et bâtissant une réputation locale de compassion qui lui survécut pendant des siècles. Cette réputation explique en partie pourquoi, lorsque l'histoire de sa propre maladie commença à circuler, elle trouva un public déjà disposé à voir en lui quelqu'un dont la souffrance, et ce qui la suivit, importait.
La nuit précédant l'amputation
L'événement qui fit connaître le nom de Peregrino bien au-delà de Forlì est, selon toute mesure, l'histoire centrale de sa vie — et il appartient, dans ses détails les plus spectaculaires, à la tradition hagiographique plutôt qu'à un quelconque dossier médical contemporain. On le raconte ainsi : une tumeur se développa à la jambe de Peregrino, et selon la plupart des récits, elle progressa jusqu'à causer une douleur assez sévère pour qu'un médecin recommande l'amputation comme seul moyen d'empêcher la maladie de se propager et de le tuer. La chirurgie de ce genre, au XIVe siècle, se pratiquait sans autre anesthésie qu'une sédation grossière disponible à l'époque, et portait un risque substantiel de mort par perte de sang ou infection même en cas de succès — un ultime recours véritablement désespéré, non une intervention de routine.
La tradition rapporte que la nuit précédant l'opération prévue, Peregrino se traîna en prière devant un crucifix et, épuisé, tomba dans une sorte de transe ou de sommeil au cours duquel il eut la vision du Christ se penchant pour toucher la jambe malade. À son réveil, la tumeur et la maladie qu'elle représentait avaient, rapporte-t-on, entièrement disparu, ne laissant plus rien au chirurgien à opérer. C'est précisément le genre d'affirmation que l'Église traite avec prudence, en la distinguant clairement de la doctrine confirmée : elle joua un rôle dans son éventuel procès de canonisation comme partie du dossier traditionnel appuyant sa réputation de sainteté, mais il faut la comprendre comme une tradition dévotionnelle transmise par les sources servites plutôt que comme un miracle cliniquement documenté selon les critères de preuve que l'Église applique aux causes de canonisation modernes.
Un long chemin vers la canonisation
Peregrino mourut en 1345, à l'âge avancé, rapporte-t-on, d'environ 85 ans — notable en soi pour l'époque —, ayant poursuivi son ministère à Forlì pendant des décennies après la guérison que lui attribue la tradition. La dévotion à son égard grandit régulièrement au sein de l'ordre des Servites et dans toute la région de Romagne au fil des siècles suivants, mais la canonisation formelle mit longtemps à venir : le pape Benoît XIII ne le canonisa qu'en 1726, près de quatre cents ans après sa mort. Cet écart n'a rien d'inhabituel pour des saints dont la cause repose avant tout sur une dévotion locale soutenue, des guérisons rapportées et les archives internes d'un ordre religieux, plutôt que sur le type de vie publique abondamment documentée qui accélère d'autres procès de canonisation.
Pourquoi les malades du cancer se tournent vers lui aujourd'hui
Le lien spécifique entre Peregrino et le cancer, tel qu'on l'entend au sens moderne de la maladie, se développa progressivement plutôt qu'instantanément. La médecine médiévale et du début de l'époque moderne ne distinguait pas le cancer des autres tumeurs et excroissances avec la précision actuelle, et de nombreuses excroissances graves de toute nature étaient décrites dans le langage large de « cancer » disponible à l'époque. À mesure que ce langage se solidifiait en sa signification médicale moderne au fil des siècles suivants, l'histoire de Peregrino — un frère guéri d'une tumeur à la jambe à la veille d'une amputation — devint le point d'ancrage naturel d'une dévotion catholique spécifiquement dirigée vers les personnes confrontées à un diagnostic de cancer, à un traitement, et à la peur qui accompagne les deux. Hôpitaux, groupes de soutien contre le cancer et patients individuels à travers le monde l'invoquent aujourd'hui par son nom, et des sanctuaires servites qui lui sont dédiés, y compris des sanctuaires bien connus aux États-Unis, continuent d'attirer des visiteurs en quête de réconfort plutôt que d'une guérison garantie — une distinction qui reflète la manière dont l'Église cadre généralement la dévotion aux saints guérisseurs : comme une invitation à l'espérance et à la prière aux côtés du traitement médical, non comme un substitut à celui-ci.
Aux côtés de patrons de la maladie physique tels que saint Camille de Lellis, patron des malades et des infirmiers, Peregrino occupe une place particulière dans la dévotion catholique précisément parce que son histoire se concentre sur l'expérience spécifique et redoutée de l'amputation à venir et, dans la tradition qui l'entoure, sur la découverte d'une alternative à celle-ci. Cette spécificité — non un patronage général sur la maladie, mais un lien focalisé sur une souffrance particulière — explique en grande partie pourquoi son culte est resté aussi personnel et durable depuis près de sept siècles.






