Saint Camille de Lellis, prêtre
Une vie de soldat, et une ruineuse habitude du jeu
Camille de Lellis naît en 1550 à Bucchianico, dans la région des Abruzzes, en Italie, d'une mère sexagénaire et d'un père officier dans l'armée du royaume de Naples. Sa mère meurt alors qu'il est encore jeune, et Camille grandit largement sous l'influence de son père, qu'il finit par suivre dans la vie militaire dès l'adolescence. Il sert pendant des années comme soldat mercenaire dans les campagnes menées par Venise et Naples contre l'Empire ottoman, une existence rude et violente qui façonne un homme grand et physiquement imposant, connu pour son caractère instable et, surtout, pour une addiction au jeu si sévère qu'au milieu de sa vingtaine, il a perdu pratiquement tout ce qu'il possédait aux cartes et aux dés — perdant même, dit-on, son manteau et sa chemise en une seule soirée.
S. Camillo de Lellis, gravure coloriée, XIXe siècle — Wellcome Collection, CC BY 4.0.
Il développe aussi, pendant son service militaire, une plaie chronique et douloureuse à la jambe — une blessure qui ne guérira jamais tout à fait et le tourmentera le reste de sa vie — et c'est cette blessure, ironiquement, qui le mit pour la première fois en contact avec le monde qu'il finirait par consacrer sa vie à servir. Incapable de poursuivre le métier des armes, et sans autre moyen de subsistance, Camille trouve du travail à l'hôpital San Giacomo de Rome, un grand établissement pour incurables, d'abord comme patient, puis comme homme de peine. Il n'y reste pas longtemps : son caractère et son jeu persistant lui valent d'être renvoyé, et il retombe un temps dans le dénuement, travaillant comme ouvrier sur le chantier d'un couvent capucin à Manfredonia.
Une conversion soudaine et profonde
C'est pendant cette période d'errance, vers le milieu de sa vingtaine, que Camille vécut ce qu'il décrira plus tard comme une conversion profonde — les récits traditionnels situent un tournant décisif vers 1575, lié à une période de réflexion suscitée par la prédication d'un frère capucin pendant son travail sur le chantier du couvent. Camille abandonne le jeu pour de bon, cherche à se réconcilier avec l'Église et résout de consacrer sa vie à Dieu, retournant finalement à l'hôpital San Giacomo de Rome — non plus, cette fois, comme ouvrier à problèmes, mais bien décidé à réformer la manière dont les malades y étaient soignés.
Ce qu'il y trouve le consterne. Les soins hospitaliers dans la Rome du XVIe siècle, comme dans la majeure partie de l'Europe de l'époque, étaient souvent assurés par un personnel mal formé, mal encadré, et peu soucieux du sort réel des patients dont il avait la charge — un problème systémique et généralisé, plutôt que la faute d'un établissement particulier. Camille se met à organiser, parmi le personnel de l'hôpital, des soins plus attentifs et mieux conduits, et vers 1584, ayant étudié pour la prêtrise dans sa trentaine malgré sa vieille blessure à la jambe et une instruction limitée, il est ordonné. Il ne s'arrête pas à la réforme d'un seul hôpital ; il entreprend de bâtir quelque chose qui lui survivrait.
Fonder un ordre bâti autour d'un quatrième vœu
En 1582, Camille et un petit groupe de compagnons entament ce qui deviendra l'Ordre des clercs réguliers, ministres des infirmes — populairement connu sous le nom de Camilliens — formellement approuvé par le pape Sixte V en 1586 et élevé au rang d'ordre religieux par le pape Grégoire XIV en 1591. Ce qui distinguait les Camilliens des autres communautés religieuses de l'époque était un quatrième vœu particulier, ajouté aux vœux traditionnels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance : l'engagement précis de servir les malades, même ceux atteints de maladies contagieuses et mortelles, au péril, si nécessaire, de la vie même des membres.
Ce n'était pas un geste symbolique. Camille et ses frères religieux soignèrent personnellement les victimes des épidémies de peste à Rome et à Naples, prirent soin de soldats blessés sur de véritables champs de bataille — devenant, dit-on, le premier groupe organisé à établir quelque chose ressemblant à un service médical mobile de campagne, un précurseur, plusieurs siècles à l'avance, d'organisations ultérieures comme la Croix-Rouge — et secoururent des naufragés. Des membres de l'ordre moururent de maladies contractées en soignant leurs patients, un tribut que Camille ne considérait pas comme une tragédie à éviter, mais comme le prix attendu du vœu qu'ils avaient prononcé.
Réformer le fonctionnement réel des hôpitaux
Au-delà des soins directs, Camille milita pour des réformes institutionnelles concrètes, inhabituelles pour son époque : il insistait pour séparer les patients atteints de maladies contagieuses des autres, encourageait une meilleure aération et une plus grande propreté dans les salles d'hôpital, s'opposait à la pratique courante de déclarer prématurément un patient mort — un danger bien réel à une époque sans méthode fiable pour confirmer un décès — et formait ses frères religieux à une approche systématique et disciplinée des soins au chevet du malade, refusant de considérer le travail hospitalier comme une tâche non qualifiée réservée aux désespérés. Les historiens des soins infirmiers et de l'administration hospitalière attribuent à ces réformes une amélioration substantielle des pratiques hospitalières en Italie de son vivant et après lui, bien avant les réformes plus connues de Florence Nightingale au XIXe siècle.
Camille poursuivit ce travail malgré ses propres maux chroniques — la vieille blessure de sa jeunesse militaire ne guérit jamais, et d'autres affections s'y ajoutèrent avec l'âge — disant, rapporte-t-on, qu'il souhaitait mourir « avec un pied déjà dans la tombe et une main encore au service des malades ». Il meurt à Rome le 14 juillet 1614, après avoir passé près de quarante ans à transformer la pire période de sa propre vie en fondation d'un ordre encore actif aujourd'hui.
Un patron façonné par ses propres échecs
Le pape Benoît XIV canonisa Camille de Lellis en 1746, et le pape Léon XIII le nomma plus tard, aux côtés de saint Jean de Dieu, copatron des hôpitaux et des malades — un rapprochement approprié, puisque les deux hommes ne vinrent au ministère hospitalier qu'après des débuts de vie difficiles et chaotiques, bien loin de toute sainteté conventionnelle. Le pape Pie XI étendit plus tard son patronage spécifiquement aux infirmiers et aux associations d'infirmiers. Sa fête, célébrée le 14 juillet, garde une portée particulière pour les soignants et les aumôniers hospitaliers, qui voient souvent en Camille non une figure lointaine et idéalisée, mais la preuve qu'une jeunesse véritablement gâchée et autodestructrice n'est pas un obstacle à une vie plus tard tout entière consacrée au service des autres.






