Saint Pierre Nolasque et l'ordre fondé pour racheter les captifs

Il fonda un ordre religieux dont les membres prononçaient un quatrième vœu que la plupart des moines n'avaient jamais eu à envisager: si l'argent de la rançon venait à manquer et que la vie d'un captif chrétien restait en jeu, ils s'offriraient à sa place, chaînes comprises. Ce n'était pas un geste symbolique couché dans une règle pour faire impression. Les membres de l'ordre bâti par Pierre Nolasque le firent réellement, encore et encore, dans les ports et les marchés d'esclaves de l'Afrique du Nord médiévale.

D'un marchand à un défenseur des esclaves

Pierre Nolasque naquit vers 1189, probablement dans le sud de la France, bien que certains récits situent sa naissance en Catalogne; il s'installa à Barcelone jeune homme, où il fit fortune comme marchand. Ce qui distingue sa vie de celle des autres laïcs fortunés de l'époque, c'est ce qu'il choisit de faire de cette fortune et, plus important encore, de son temps: la Barcelone du treizième siècle se trouvait près des lignes de front du conflit permanent entre royaumes ibériques chrétiens et États musulmans de Méditerranée occidentale, et les captifs chrétiens — marins, marchands, villageois côtiers enlevés lors de raids — étaient couramment vendus en esclavage en Afrique du Nord.

La vision de saint Pierre Nolasque, peinture à l'huile de Francisco de Zurbarán, 1629

Francisco de Zurbarán, « La vision de saint Pierre Nolasque », 1629. Domaine public (Wikimedia Commons).

Pierre commença à utiliser sa propre fortune pour racheter des captifs, mais l'ampleur du problème dépassa vite ce qu'un seul homme fortuné pouvait accomplir. Il lui fallait une institution organisée et pérenne — non un acte de générosité isolé, mais une mission permanente.

L'ampleur de la crise des captifs à cette époque est facile à sous-estimer avec un regard moderne. Les raids côtiers sur les deux rives de la Méditerranée occidentale relevaient d'une routine, non d'une atrocité occasionnelle — équipages de pêche, navires marchands et villages entiers proches du rivage, en Catalogne, en Provence et aux Baléares, étaient vulnérables à des attaques soudaines, les survivants étant conduits vers les marchés d'esclaves de villes comme Bejaïa, Tunis ou Ceuta. Pour les familles restées au pays, un proche capturé n'était pas nécessairement perdu pour toujours, mais le libérer exigeait de l'argent, des relations, et quelqu'un prêt à voyager en territoire hostile pour négocier — des ressources bien au-delà de ce que la plupart des foyers pouvaient réunir seuls. Le génie de Pierre Nolasque ne fut pas de repérer le problème ; nombre de marchands et de clercs en avaient déjà conscience. Ce fut de comprendre que le résoudre à grande échelle exigeait une institution permanente plutôt que des actes de charité isolés.

La fondation des Mercédaires

En 1218, avec le soutien du roi Jacques Ier d'Aragon et sous la direction du théologien dominicain Raymond de Peñafort (lui-même canonisé plus tard, connu pour ses apports majeurs au droit canonique), Pierre fonda l'Ordre de Notre-Dame de la Merci pour la Rédemption des Captifs — les Mercédaires. La tradition rapporte que Notre-Dame serait apparue aux trois hommes la même nuit, les pressant de fonder l'ordre; ce récit, consigné dans des sources hagiographiques tardives plutôt que dans une documentation contemporaine, est tenu par l'Église pour une tradition dévotionnelle plutôt qu'un fait historique établi, même si la fondation réelle de l'ordre en 1218 est bien attestée.

Raymond de Peñafort apporta ce que Pierre Nolasque, simple marchand fondateur, ne pouvait fournir seul : un poids théologique et juridique. Frère dominicain et l'un des plus grands canonistes de son temps — il compilera plus tard le recueil définitif des décrétales pontificales utilisé dans toute l'Église pendant des siècles —, Raymond aida à donner au nouvel ordre une règle cohérente et à obtenir son approbation par les autorités ecclésiastiques, un travail tout aussi essentiel que la collecte de fonds et les négociations menées sur le terrain en Afrique du Nord.

Ce qui distinguait les Mercédaires parmi les ordres religieux médiévaux n'était pas seulement leur mission, mais leur méthode. Les frères se rendaient directement en territoire musulman, en Afrique du Nord et dans le sud de l'Espagne, pour négocier des rançons, transportant des fonds réunis par des dons et les ressources propres des membres. Contrairement aux moines cloîtrés qui restaient entre les murs de leur monastère, les Mercédaires étaient des négociateurs actifs et itinérants, rompus à l'art pratique de faire circuler argent et personnes à travers une frontière hostile. Aux côtés des vœux traditionnels de pauvreté, chasteté et obéissance, les frères mercédaires prononçaient un quatrième vœu: si l'argent de rançon disponible ne suffisait pas à libérer un captif, en particulier un captif dont la foi risquait d'être arrachée sous la contrainte de l'esclavage, un frère pouvait s'offrir comme otage de substitution à sa place — acceptant la possibilité bien réelle de son propre esclavage ou de sa propre mort.

Un vœu que certains frères ont réellement tenu

Ce n'était pas purement symbolique. Les récits historiques de l'ordre mercédaire décrivent des membres qui sont effectivement restés en otage lorsque les fonds venaient à manquer, certains d'entre eux mourant en captivité de ce fait. Pierre Nolasque lui-même est rapporté s'être rendu en Espagne musulmane et en Afrique du Nord à plusieurs reprises au cours de sa vie, négociant et supervisant personnellement les missions de rachat plutôt que de diriger l'œuvre depuis Barcelone seulement.

Les estimations du nombre total de captifs rachetés par l'ordre du vivant de Pierre Nolasque et au cours des siècles suivants varient selon les sources historiques, et les chiffres précis du treizième siècle sont difficiles à vérifier avec la rigueur moderne — mais l'existence continue et l'expansion de l'ordre à travers l'Espagne, la France, puis les Amériques au fil des siècles suivants témoignent d'une mission restée active et bien soutenue pendant des générations après la mort de son fondateur.

Mort et postérité durable

Pierre Nolasque mourut à Barcelone en 1256, après avoir passé près de quatre décennies à bâtir et à servir personnellement une institution entièrement centrée sur la liberté d'autrui. Il fut béatifié en 1628 et canonisé la même année par le pape Urbain VIII. Sa fête est célébrée le 28 janvier dans le calendrier romain général, avec certaines célébrations régionales et mercédaires à des dates différentes.

L'ordre mercédaire existe encore aujourd'hui, bien que sa mission ait évolué avec l'histoire — le commerce de rachat nord-africain qui a marqué ses premiers siècles a pris fin depuis longtemps, et l'ordre se consacre désormais à l'aumônerie carcérale, à l'éducation et à la défense des personnes marginalisées, réduites en esclavage ou persécutées sous diverses formes modernes. L'intuition originelle de Pierre Nolasque, cependant, demeure au cœur de l'identité de l'ordre: la liberté d'un inconnu pouvait valoir la peine qu'on risque la sienne propre.

Le tableau de Zurbarán de 1629 utilisé comme image d'ouverture de cet article, montrant Nolasque en pleine vision extatique, fait partie de plusieurs œuvres baroques commandées pour des maisons mercédaires en Espagne à l'apogée du prestige de l'ordre, lorsque riches mécènes et cours royales associaient les Mercédaires à une vertu héroïque, presque militaire, plutôt qu'à un retrait monastique discret. Cette réputation place Pierre Nolasque parmi une poignée de fondateurs médiévaux — aux côtés de figures comme les fondateurs d'autres ordres religieux bâtis autour d'un besoin social précis et urgent plutôt que d'une règle de vie générale — dont les institutions furent, dès l'origine, façonnées par une forme de service unique, peu glorieuse et dangereuse.

Trivia

Qui était saint Pierre Nolasque?
Saint Pierre Nolasque (v. 1189-1256) était un laïc, plus tard ordonné, originaire du sud de la France ou de Catalogne, qui fonda l'Ordre de Notre-Dame de la Merci — les Mercédaires — à Barcelone en 1218, un ordre religieux dédié spécifiquement au rachat des chrétiens retenus captifs par les puissances musulmanes d'Afrique du Nord, durant une période de conflits et de piraterie intenses en Méditerranée occidentale.
Quel est le quatrième vœu que prononcent les Mercédaires?
Aux côtés des vœux religieux traditionnels de pauvreté, chasteté et obéissance, les frères mercédaires prononçaient historiquement un quatrième vœu: rester en otage ou en garantie personnelle à la place d'un captif si les fonds de rançon venaient à manquer, même au risque de leur propre esclavage ou de leur martyre. Ce vœu distinguait l'ordre de la plupart des autres communautés religieuses médiévales.
Pourquoi tant de chrétiens étaient-ils retenus captifs en Afrique du Nord à cette époque?
Le treizième siècle connut une guerre et une piraterie continues le long des côtes méditerranéennes, entre royaumes chrétiens et États musulmans d'Afrique du Nord et du sud de l'Espagne; marins, marchands et villageois côtiers capturés des deux côtés étaient fréquemment vendus en esclavage, et le rachat des captifs devint à la fois une mission humanitaire et, pour certains, un commerce lucratif.
La vision de Notre-Dame liée à la fondation des Mercédaires par Pierre Nolasque est-elle historiquement documentée?
La tradition rapporte que Notre-Dame serait apparue la même nuit à Pierre Nolasque, au roi Jacques Ier d'Aragon et au théologien saint Raymond de Peñafort, leur demandant de fonder un ordre pour le rachat des captifs. Ce récit provient d'une hagiographie tardive plutôt que d'un témoignage contemporain, et la tradition catholique le tient pour une tradition pieuse plutôt qu'un article de foi défini, même si la fondation réelle de l'ordre en 1218 est bien documentée historiquement.
Quand fête-t-on saint Pierre Nolasque?
Sa fête est célébrée le 28 janvier dans le calendrier romain général, et le 6 ou le 8 mai dans certains calendriers régionaux et mercédaires. Il fut canonisé en 1628 par le pape Urbain VIII.
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