Saint Robert de Molesme
Un réformateur avant même de rien fonder
Robert naquit vers 1028 dans la région de Champagne, en France, et entra en vie monastique jeune homme, développant au fil des décennies suivantes un intérêt réel et récurrent pour une observance monastique plus stricte — bien avant la fondation de Cîteaux qui allait finalement le rendre célèbre. Il fut prieur d'une communauté d'ermites à Collan puis abbé du monastère de Saint-Michel-de-Tonnerre, avant d'être appelé, vers 1075, à diriger un groupe d'ermites vivant à Molesme, en Bourgogne, les organisant en une communauté bénédictine formelle dont il devint l'abbé.
Statue peinte de saint Robert de Molesme, XVIe siècle — utilisée sous licence CC BY-SA 4.0, photographie de G. Garitan.
Molesme elle-même commença, sous la direction de Robert, comme une fondation animée d'un esprit de réforme, mais son succès précoce apporta un problème familier : dons et réputation croissants amenèrent une richesse croissante, et en l'espace de quelques décennies la communauté avait, selon l'appréciation de Robert et de plusieurs moines partageant ses convictions, dérivé vers la même observance relâchée et le même confort matériel que les moines réformateurs de l'époque identifiaient constamment comme la pression corruptrice centrale menaçant les maisons bénédictines prospères. Robert avait déjà vécu des versions de ce même schéma dans des communautés antérieures qu'il avait tenté d'amener vers une observance plus stricte, ce qui fait de sa décision finale à Molesme moins une impulsion isolée que l'aboutissement d'une conviction ancienne et récurrente.
La fondation de Cîteaux
En 1098, Robert mena hors de Molesme un groupe d'environ vingt moines pour fonder une communauté entièrement nouvelle, sur un site reculé et marécageux de Bourgogne qui deviendrait l'abbaye de Cîteaux — une fondation explicitement engagée dans une observance plus stricte et plus littérale de la règle de saint Benoît, rejetant le confort matériel et la discipline relâchée que le groupe estimait avoir gagné Molesme et bien d'autres maisons bénédictines établies de l'époque. Cette nouvelle fondation donnerait finalement son nom, via le latin Cistercium, à tout un ordre monastique et un mouvement de réforme qui allait remodeler le monachisme occidental au cours des deux siècles suivants.
La propre direction de Robert à Cîteaux, cependant, se révéla remarquablement brève. Les moines restés à Molesme, privés de leur abbé et apparemment en difficulté sous une direction plus faible en son absence, adressèrent une pétition au pape Urbain II pour ordonner le retour de Robert, faisant valoir que son départ avait plongé leur propre communauté dans une réelle difficulté. Le pape accéda à leur demande, et environ un an après la fondation de Cîteaux, Robert fut rappelé à Molesme, laissant la jeune communauté de réforme qu'il venait d'établir sous une nouvelle direction — d'abord Albéric, puis, à partir de 1108, saint Étienne Harding, qui guiderait Cîteaux à travers ses premières années véritablement difficiles, avant que l'arrivée de Bernard de Clairvaux en 1112 ne transforme sa fortune et n'amorce l'expansion cistercienne rapide des décennies suivantes.
Un fondateur qui ne put pas diriger sa propre fondation
Le retour de Robert à Molesme signifia qu'il passa les treize dernières années de sa vie dans le monastère même dont la dérive vers une observance confortable l'avait à l'origine poussé à partir — un dénouement qui se lit, à première vue, presque comme une défaite, mais que Robert semble avoir accepté avec une réelle obéissance à la décision papale plutôt qu'avec résistance. Il continua de diriger Molesme comme abbé pour le reste de sa vie, œuvrant apparemment à maintenir et améliorer son observance de l'intérieur plutôt que d'abandonner l'effort une seconde fois, même après avoir déjà bâti puis perdu la direction directe de ce qui allait devenir une fondation bien plus importante historiquement.
Cela rend la position de Robert dans l'histoire cistercienne véritablement singulière : il est honoré comme l'un des pères fondateurs de l'ordre, crédité de l'acte décisif d'avoir quitté Molesme et établi Cîteaux en premier lieu, même si le travail réel consistant à bâtir Cîteaux en une communauté durable et florissante revint à ses successeurs plutôt qu'à Robert lui-même. C'est l'histoire d'un fondateur absent pour l'essentiel de ce qui suivit — Robert fournit la conviction originelle et l'acte initial du départ, et d'autres hommes, œuvrant au sein de la structure qu'il avait mise en mouvement, portèrent le projet vers ce qu'il finit par devenir.
Un schéma répété ailleurs dans l'histoire monastique
L'expérience de Robert — fonder une communauté de réforme pour ensuite être rappelé vers l'institution même qu'il avait quittée, laissant à d'autres le soin de porter sa vision plus loin — n'est pas entièrement unique dans l'histoire monastique médiévale, mais l'ampleur de ce qui finit par croître à partir de son acte fondateur bref et interrompu rend son cas particulièrement frappant. Peu d'autres fondateurs monastiques lancèrent un mouvement de l'ampleur et de l'influence éventuelles de Cîteaux tout en le dirigeant personnellement moins d'une seule année ; la contribution propre de Robert tient presque entièrement dans la décision initiale et l'acte du départ, un rappel que l'importance historique d'un moment fondateur ne se mesure pas toujours à la durée pendant laquelle le fondateur lui-même est resté aux commandes de ce qui a suivi.
Un fondateur honoré aux côtés de ses successeurs
Robert mourut en 1111, ayant passé ses dernières années de retour à Molesme plutôt qu'au sein de la communauté de réforme qui allait définir son héritage historique. Sa fête est célébrée le 29 avril. Il est vénéré aujourd'hui aux côtés d'Albéric et d'Étienne Harding comme l'un des trois pères fondateurs de l'ordre cistercien, une reconnaissance partagée qui reflète la nature véritablement collaborative et successive de l'histoire première de Cîteaux — une fondation commencée par un homme, soutenue à travers la crise par un deuxième, et finalement transformée en un grand mouvement par un troisième, la contribution propre et essentielle de Robert étant l'acte fondateur lui-même, si brièvement qu'il ait pu rester pour le diriger en personne.






