Saints Basile le Grand et Grégoire de Nazianze
Une fête, deux hommes très différents
Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze partagent une seule fête au calendrier romain, le 2 janvier, et cette date commune n'est pas une simple commodité de calendrier. C'est une déclaration délibérée sur la manière dont l'Église souhaite que l'on se souvienne d'eux — non pas comme deux théologiens solitaires dont les biographies se trouveraient simplement voisines, mais comme un duo dont l'amitié et l'œuvre furent véritablement entrelacées. Pour le récit plus complet de chacun d'eux, saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze couvrent longuement leurs carrières respectives. Cet article se concentre sur la question que ces deux textes ne résolvent pas entièrement à eux seuls : pourquoi les commémorer ensemble, et qu'a réellement signifié leur amitié pour l'Église qu'ils ont servie ?
Mosaïque des trois saints hiérarques, dont saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze, XIIe siècle, cathédrale de Cefalù, Sicile — domaine public.
Une amitié née dans un amphithéâtre
Les deux hommes se rencontrent comme jeunes étudiants à Athènes, au milieu du quatrième siècle, attirés dans cette ville par sa réputation de premier centre mondial pour l'étude de la rhétorique et de la philosophie. Grégoire écrira plus tard sur ces années avec une chaleur inhabituelle pour un orateur théologien formel, décrivant une amitié si étroite qu'elle semblait, selon ses propres mots, tenir en une seule âme logée dans deux corps. Ils étudient ensemble, débattent des textes ensemble, et, selon le récit de Grégoire lui-même, évitent délibérément les rivalités étudiantes plus rudes fréquentes à Athènes à l'époque, choisissant de ne connaître que deux chemins dans la ville : celui qui menait à l'église, et celui qui menait aux salles de cours de leurs maîtres.
Ce genre de langage pourrait facilement être écarté comme une simple fioriture rhétorique — Grégoire était, après tout, un orateur chevronné rédigeant un éloge funèbre officiel — mais la réalité derrière ces mots a tenu bon pendant des décennies. Les deux hommes embrassèrent tous deux, pour un temps, la vie ascétique et monastique après leurs études, correspondirent régulièrement, et continuèrent à se considérer comme égaux intellectuels et compagnons spirituels, même lorsque leurs carrières divergèrent nettement : Basile vers le travail exigeant et concret de la gestion d'un diocèse et de la construction d'institutions caritatives, Grégoire vers une relation plus réticente, souvent mal à l'aise, avec la charge ecclésiastique formelle qu'il ne semble jamais avoir pleinement désirée.
Les frictions venues avec les hautes fonctions
Leur amitié ne fut cependant pas exempte de véritables tensions, et l'histoire honnête compte davantage qu'une version édulcorée. Lorsque Basile devint évêque de Césarée et se retrouva pris dans une lutte de juridiction sur les frontières de sa province ecclésiastique, il ordonna Grégoire évêque de Sasime — selon la plupart des récits, un avant-poste petit, peu attrayant et contesté, que Basile avait surtout besoin de pourvoir pour consolider sa position face à un évêque rival. Grégoire, qui n'avait jamais recherché le pouvoir pour lui-même et détestait les manœuvres politiques de l'administration ecclésiastique, se sentit utilisé plutôt qu'honoré par cette nomination, et le dit clairement dans ses écrits ultérieurs. Il ne s'installa d'ailleurs jamais réellement à Sasime.
La brèche que cela causa fut réelle, et elle ne disparut jamais tout à fait des réflexions ultérieures de Grégoire sur leur relation — mais elle ne détruisit pas non plus l'amitié pour autant. À la mort de Basile en 379, ce fut Grégoire qui prononça l'une des oraisons funèbres les plus émouvantes qui nous soient parvenues de l'Église primitive, le Discours 43, louant longuement les vertus de Basile tout en se montrant, fait rare pour un éloge, remarquablement honnête sur les tensions passées entre eux. Cette franchise fait elle-même partie des raisons pour lesquelles on se souvient des deux hommes avec une telle affection : leur amitié n'était pas idéalisée, purgée de tout conflit, mais une amitié durable, ayant survécu à un conflit bien réel.
Deux dons différents au service d'une même cause
Ce qui rend leur duo théologiquement significatif, et pas seulement touchant sur le plan personnel, c'est la manière dont leurs forces se sont complétées durant l'une des périodes doctrinales les plus disputées de l'histoire de l'Église. Le quatrième siècle est dominé par la controverse arienne, cet enseignement qui niait que le Fils fût pleinement égal en divinité au Père, ainsi que par des débats connexes sur la divinité de l'Esprit Saint. Basile apporte à la cause nicéenne une force organisatrice — en tant qu'évêque d'un siège important, il tisse des alliances, corrige des collègues hésitants et met son autorité administrative au service du maintien d'un épiscopat oriental fracturé, uni autour de l'enseignement orthodoxe.
Grégoire apporte, lui, quelque chose de différent : une précision rhétorique et théologique. Ses Cinq Discours théologiques, prononcés à Constantinople en 380, restent considérés comme l'une des défenses les plus claires qui nous soient parvenues de la doctrine trinitaire nicéenne, lui valant le rare titre de « Théologien » dans la tradition chrétienne orientale, titre autrement réservé presque exclusivement à Jean l'évangéliste. Avec le jeune frère de Basile, Grégoire de Nysse, tous trois sont collectivement appelés les Pères cappadociens — une appellation qui capture la manière dont leur œuvre combinée, administrative, rhétorique et philosophique à la fois, accomplit pour la doctrine trinitaire plus qu'aucun d'entre eux n'aurait vraisemblablement pu réaliser seul.
Docteurs de l'Église, commémorés en duo
Tous deux furent plus tard formellement reconnus docteurs de l'Église, Basile pour sa règle monastique et son ensemble d'écrits doctrinaux, Grégoire pour ses discours théologiques et sa poésie. Leur fête commune, le 2 janvier, reflète une intuition plus large du calendrier de l'Église : certains saints sont commémorés plus fidèlement ensemble que séparément, parce que leur importance n'a jamais été purement individuelle dès l'origine. Une tradition plus ancienne, particulièrement forte dans l'Église byzantine, alla même plus loin en associant Basile et Grégoire à Jean Chrysostome comme les Trois Saints Hiérarques, célébrés ensemble le 30 janvier en Orient, en tant que modèles d'éloquence chrétienne et de sagesse pastorale.
Placée au début de l'année civile, leur fête commune offre matière à réflexion : un rappel que certaines des œuvres théologiques les plus importantes de l'Église n'ont pas été menées par des génies isolés travaillant seuls, mais par des amis — parfois en tension, parfois imparfaits, mais véritablement dévoués l'un à l'autre et à une cause commune plus grande qu'eux-mêmes.






