Saints Corneille, pape, et Cyprien, évêque, martyrs

Rome venait de traverser une persécution si sévère qu'un nombre considérable de chrétiens ordinaires, devant la torture ou la mort, avaient publiquement sacrifié aux dieux romains pour se sauver — et l'Église devait maintenant décider que faire d'eux. Deux évêques, par- delà une distance géographique et des divisions considérables, tendirent la main l'un vers l'autre pour élaborer ensemble une réponse, correspondant pendant des années en amis et alliés, et tous deux, à peu de temps d'intervalle, payèrent leur foi de leur vie.

Une Église sortant de la crise

La persécution lancée par l'empereur Dèce en 250 mit à l'épreuve les communautés chrétiennes de tout l'Empire romain avec une pression systématique sans précédent, exigeant des citoyens qu'ils obtiennent des certificats attestant qu'ils avaient accompli un sacrifice païen, sous peine d'emprisonnement, de torture ou de mort en cas de refus. L'ampleur de la soumission parmi les chrétiens choqua profondément l'Église elle-même : un nombre considérable, dans certaines communautés une nette majorité, sacrifièrent purement et simplement, obtinrent des certificats par corruption ou falsification sans avoir réellement sacrifié, ou trouvèrent d'autres moyens d'échapper à l'obligation, sans le courage de la résistance ouverte qui avait marqué les générations précédentes de martyrs.

Une gravure du XIXe siècle représentant Cyprien, évêque de Carthage.

Christopher Rush, gravure de Cyprien, évêque de Carthage, 1836 — domaine public.

Lorsque la persécution s'apaisa avec la mort de Dèce au combat, en 251, l'Église se trouva confrontée à une question urgente et profondément clivante : que faire de ces chrétiens déchus, les lapsi, qui cherchaient désormais à être réadmis à la communion, ayant échoué à l'épreuve de la persécution mais exprimant ensuite un repentir sincère. Ce différend traversa tout le monde chrétien, et c'est en plein cœur de cette crise que Corneille devint évêque de Rome et forgea son étroite alliance avec Cyprien, déjà établi comme évêque de Carthage, en Afrique du Nord.

Corneille élu au milieu de prétentions rivales

Rome elle-même était restée sans évêque pendant plus d'un an après le martyre du pape Fabien, au début de la persécution de Dèce, la vacance étant prolongée par le danger persistant que représentait la tenue d'une élection épiscopale publique en pleine persécution active. Lorsque Corneille fut finalement élu en 251, il dut immédiatement affronter un défi direct de Novatien, un prêtre romain d'une érudition considérable qui, tenant la position plus rigoriste selon laquelle les chrétiens déchus ne devraient jamais être réadmis à la communion en aucune circonstance, se fit consacrer évêque rival de Rome, créant ainsi un schisme précoce et sérieux au sein même de l'Église romaine.

Corneille, adoptant la position plus modérée qui avait déjà rallié le soutien de nombreux évêques, tenait que les chrétiens déchus faisant preuve d'un repentir sincère pouvaient être réadmis à la communion après une période de pénitence appropriée — une position destinée à équilibrer la miséricorde envers les faibles et le danger réel de traiter avec trop de légèreté le péché d'apostasie. Ce différend plaça Corneille dans une correspondance étroite et de plus en plus chaleureuse avec Cyprien à Carthage, qui traversait une controverse presque identique au sein de sa propre Église d'Afrique du Nord, affrontant lui aussi une opposition rigoriste refusant toute réadmission des lapsi.

Une alliance forgée par lettres

La correspondance entre Corneille et Cyprien, dont des portions substantielles nous sont parvenues parmi les lettres conservées de Cyprien, révèle un partenariat authentique et mutuellement renforçant entre les deux évêques, alors qu'ils élaboraient, en étroite consultation l'un avec l'autre et avec des conciles d'évêques réunis dans leurs régions respectives, une politique cohérente et modérée sur la réadmission des chrétiens déchus. Le grand traité de Cyprien datant de cette période, De l'unité de l'Église catholique, développe l'essentiel de son argumentation sur la nécessité de l'unité ecclésiale et le danger du schisme directement en réponse à la double menace du schisme rigoriste novatien à Rome et d'une faction laxiste parallèle à Carthage, qui voulait réadmettre les déchus trop facilement et sans pénitence suffisante.

La position commune des deux évêques, essentiellement une voie médiane entre rigorisme total et indulgence sans restriction, finit par s'imposer comme l'approche largement acceptée à travers la majeure partie du monde chrétien — une issue qui doit beaucoup à la collaboration soutenue entre Rome et Carthage durant cette période critique, deux des sièges les plus importants de l'Église d'Occident agissant de concert plutôt qu'en opposition, malgré la distance considérable et la difficulté des communications entre eux au IIIe siècle.

Deux morts en cinq ans

Le mandat de Corneille comme évêque de Rome, compliqué dès le départ par le schisme novatien, fut encore écourté par une nouvelle persécution impériale sous l'empereur Trébonien Galle. Corneille fut exilé à Centumcellae, une ville côtière au nord-ouest de Rome, vers 253, et y mourut cette même année, la plupart des récits historiques attribuant sa mort aux dures conditions de l'exil plutôt qu'à une exécution directe, bien que l'Église l'ait toujours honoré comme martyr pour avoir souffert et être mort spécifiquement en raison de sa charge épiscopale durant une persécution active.

La mort de Cyprien survint plusieurs années plus tard, dans des circonstances plus directement violentes. En 258, pendant la persécution lancée par l'empereur Valérien — la même vague de persécution qui emporta cette année-là le pape Sixte II et le diacre Laurent à Rome — Cyprien fut arrêté à Carthage, traduit devant le proconsul romain, et, après avoir refusé ouvertement et sans faiblir de sacrifier aux dieux romains, condamné à mort par décapitation. Les récits contemporains de son martyre, dont un témoignage détaillé conservé par des membres de sa propre communauté, le décrivent affrontant l'exécution avec un sang-froid remarquable, offrant, dit-on, une pièce d'or à son bourreau et demandant à ses propres disciples de traiter cet homme avec générosité plutôt qu'hostilité.

Une amitié honorée en une seule fête

La décision de l'Église d'honorer ensemble Corneille et Cyprien, en une fête commune célébrée le 16 septembre, reflète la proximité historique réelle de leur partenariat durant une période où l'unité de l'Église tout entière se trouvait réellement et immédiatement menacée, à la fois par le schisme novatien et par la crise plus large des lapsi. Les vastes écrits théologiques de Cyprien, en particulier ses réflexions sur l'unité de l'Église, la pénitence et la nature de l'autorité épiscopale, demeurent des textes fondateurs pour comprendre comment l'Église primitive traversa l'une de ses premières et plus graves crises internes, et la correspondance qu'il entretint avec Corneille reste l'un des exemples les plus clairs de la manière dont des évêques séparés par une distance considérable purent néanmoins bâtir et maintenir une communion chrétienne unifiée et fonctionnelle à travers le monde romain.

Trivia

Qui était le pape Corneille ?
Corneille fut évêque de Rome de 251 à 253, élu après une longue vacance causée par la persécution de Dèce, et devint une figure centrale de la réponse de l'Église à la crise des chrétiens ayant failli sous cette persécution, avant d'être exilé et de mourir lors d'une nouvelle vague de persécution sous l'empereur Gallus.
Qui était saint Cyprien de Carthage ?
Cyprien fut évêque de Carthage, en Afrique du Nord, d'environ 248 jusqu'à son martyre en 258, un écrivain théologique prolifique dont les lettres et les traités sur l'unité de l'Église, la pénitence et les sacrements comptent parmi les œuvres les plus importantes de la littérature chrétienne du IIIe siècle qui nous soient parvenues.
Quelle fut la controverse des lapsi qui lia Corneille et Cyprien ?
À la suite de la persécution de Dèce, en 250-251, un grand nombre de chrétiens, appelés lapsi, avaient sacrifié aux dieux romains ou obtenu de faux certificats pour échapper au châtiment. Corneille et Cyprien œuvrèrent ensemble à établir une voie modérée permettant aux chrétiens déchus véritablement repentants d'être réadmis à la communion après une pénitence appropriée, s'opposant à une faction rigoriste qui voulait les exclure définitivement.
Comment moururent Corneille et Cyprien ?
Corneille fut exilé à Centumcellae lors d'une nouvelle persécution sous l'empereur Trébonien Galle et y mourut en 253, probablement des conditions rigoureuses de l'exil ; Cyprien fut décapité près de Carthage en 258, pendant la persécution de l'empereur Valérien, après avoir ouvertement refusé de sacrifier aux dieux romains.
Quand célèbre-t-on la fête commune de saints Corneille et Cyprien ?
Leur fête commune est célébrée le 16 septembre, honorant à la fois l'étroite amitié et la collaboration théologique entre les deux hommes de leur vivant, et leur commun témoignage de martyrs.
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