La Pentecôte

Cinquante jours après la résurrection, une maison pleine de disciples qui se cachaient encore des autorités ayant fait mourir Jésus sort soudain en public et se met à prêcher dans des langues qu'aucun d'eux n'avait apprises. Certains, dans la foule dehors, penchent pour l'explication la plus simple : ces hommes sont ivres, et il est encore tôt le matin. La réponse de Pierre à cette accusation est le premier sermon de l'Église chrétienne.

Un rassemblement qui, jusqu'à cet instant, se cachait encore

Les Actes ouvrent cette scène avec une simplicité délibérée : « Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu » (Actes 2,1, Bible de Jérusalem). « Ils » désignent les apôtres et les autres disciples, et le moment compte — c'est la fête juive de Chavouot, le cinquantième jour après la Pâque, ce qui donne aussi son nom à la Pentecôte (du grec pour « cinquantième »). Cinquante jours plus tôt, la plupart de ces mêmes hommes s'étaient dispersés ou cachés par peur, après l'arrestation de Jésus. Ce qui se passe ensuite transforme ce même groupe apeuré en quelque chose de totalement différent.

L'Esprit Saint descendant en langues de feu sur Marie et les apotres, peinture de Cesare Nebbia

Cesare Nebbia, « La Pentecote (La descente du Saint-Esprit) », vers 1576, The Metropolitan Museum of Art. Domaine public.

Vent et feu, ensemble et d'un coup

La description que donne Luc est délibérément sensorielle et étrange : « tout à coup vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient », suivi aussitôt de « langues qu'on eût dites de feu; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux » (Actes 2,2-3, Bible de Jérusalem). Le vent et le feu portent tous deux une forte résonance dans l'Écriture juive comme signes de la présence de Dieu — le vent (ou « esprit », le même mot en hébreu comme en grec) rappelant le souffle de Dieu dans la Genèse, le feu rappelant le buisson ardent et la colonne de feu qui guida Israël dans le désert. Luc n'invente pas ici une nouvelle imagerie ; il puise dans des symboles que son auditoire reconnaîtrait déjà.

Compris, pas seulement entendu

Ce qui arrive à la parole des disciples est le détail sur lequel Luc revient sans cesse : « ils furent tous remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer » (Actes 2,4, Bible de Jérusalem). Comme c'était une fête de pèlerinage, Jérusalem était pleine de Juifs et de convertis venus de tout le monde antique — Luc énumère Parthes, Mèdes, Élamites, et des gens venus de Mésopotamie, de Cappadoce, d'Égypte, de Libye, de Rome, de Crète et d'Arabie parmi les présents (Actes 2,9-11, Bible de Jérusalem). Le miracle n'est pas décrit comme les disciples produisant simplement un bruit impressionnant — chaque auditeur rapporte les entendre « en son propre idiome » (Actes 2,8, Bible de Jérusalem), comprenant plutôt que percevant un simple son.

Deux réactions bien différentes dans la même foule

Les Actes rapportent une réaction partagée. Certains sont « stupéfaits » et « perplexes », se demandant sincèrement ce que cela peut signifier (Actes 2,12, Bible de Jérusalem). D'autres préfèrent une explication méprisante : « Ils sont pleins de vin doux ! » (Actes 2,13, Bible de Jérusalem) — une accusation d'ivresse plutôt que d'un événement surnaturel. C'est un détail qui garde la scène ancrée dans le réel plutôt que triomphale ; tous ceux qui assistèrent à la Pentecôte n'en furent pas immédiatement convaincus.

La réponse de Pierre, et le jour où l'Église devint publique

C'est cette accusation d'ivresse que Pierre affronte directement en se levant pour parler — faisant remarquer qu'il n'est que la troisième heure du jour environ, trop tôt pour que l'explication tienne (Actes 2,14-15, Bible de Jérusalem). Ce qui suit est le premier sermon rapporté de l'Église naissante, dans lequel Pierre — le même homme qui avait renié Jésus trois fois quelques semaines plus tôt — proclame publiquement la résurrection devant ces mêmes foules de Jérusalem qui avaient assisté à la crucifixion. La tradition catholique marque la Pentecôte comme la naissance de l'Église précisément à cause de ce basculement : des disciples craintifs devenant des témoins publics, rendus capables, dit l'Écriture, par l'Esprit Saint lui-même. La fête est célébrée cinquante jours après Pâques, clôturant le temps pascal dans le calendrier liturgique de l'Église.

Une fête des moissons réinterprétée

Chavouot, la fête juive dont hérite le calendrier de la Pentecôte, était à l'origine une fête agricole marquant la moisson du blé, et dès le premier siècle elle s'était aussi étroitement associée au don de la Loi à Moïse sur le mont Sinaï — un rapprochement que de nombreux maîtres juifs de l'époque établissaient déjà. Les lecteurs chrétiens, dès l'Église primitive, remarquèrent ce parallèle et l'assumèrent délibérément : de même que Dieu avait autrefois donné la Loi le cinquantième jour après la sortie d'Égypte, de même l'Esprit descend le cinquantième jour après la véritable Pâque, la résurrection du Christ. Là où l'événement du Sinaï s'était accompagné de feu et de fumée sur la montagne (Exode 19,18), la Pentecôte est marquée par un feu qui se pose directement sur chaque croyant — un déplacement que beaucoup d'auteurs chrétiens des premiers siècles lisaient comme le signe que la Loi, autrefois gravée sur la pierre, s'inscrivait désormais, en un sens, sur les disciples eux-mêmes.

Défaire Babel

Plusieurs commentateurs chrétiens des premiers siècles rapprochèrent aussi le miracle central de la Pentecôte — de nombreuses langues soudain comprises comme un seul message — du récit de la tour de Babel, où les langues de l'humanité avaient été confondues et dispersées à la suite d'un orgueil collectif (Genèse 11,1-9). Les lecteurs curieux peuvent retrouver cet épisode antérieur dans La tour de Babel. À la Pentecôte, la confusion des langues n'est pas défaite par un retour soudain à une langue unique et partagée ; au contraire, chaque auditeur entend le message unique des apôtres dans sa propre langue distincte, une unité obtenue par la différence plutôt que par son effacement. C'est un détail qui a longtemps façonné la manière dont l'Église a compris sa propre mission : non pas aplanir les cultures en une uniformité, mais porter un seul Évangile dans une multitude de langues et de peuples à la fois.

La place de Marie dans la pièce

Les Actes ne précisent pas toutes les personnes présentes dans la maison ce matin-là, mais l'Évangile de Luc et l'ouverture des Actes placent tous deux Marie, mère de Jésus, parmi les disciples réunis en prière dans les jours qui précèdent la Pentecôte (Actes 1,14, Bible de Jérusalem). L'art chrétien l'a longtemps placée au centre des scènes de la Pentecôte — comme dans la peinture illustrant cet article — même si le texte biblique concentre son attention narrative sur la parole des apôtres et la réaction de la foule plutôt que sur l'expérience d'un individu en particulier. Sa présence dans la pièce où commence la mission publique de l'Église est l'une des raisons pour lesquelles la piété catholique l'a parfois décrite comme présente à la fois au commencement de la vie terrestre du Christ, à l'Annonciation, et au commencement de la vie publique de l'Église, à la Pentecôte.

Trivia

Quels signes physiques accompagnèrent la venue de l'Esprit Saint à la Pentecôte ?
« Vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent » qui remplit la maison, suivi de « langues qu'on eût dites de feu; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux » (Actes 2,2-3, Bible de Jérusalem) — le son et le feu ensemble, plutôt que l'un ou l'autre seul.
Qu'arriva-t-il à la parole des disciples après que l'Esprit fut descendu sur eux ?
« Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer » (Actes 2,4, Bible de Jérusalem), et la foule rassemblée dehors — des pèlerins venus de nombreuses nations — rapporta les entendre chacun « en son propre idiome » (Actes 2,6-8, Bible de Jérusalem).
Pourquoi une foule aussi diverse se trouvait-elle à Jérusalem pour assister à cet événement ?
La Pentecôte (du grec signifiant « cinquantième ») coïncidait avec la fête juive de Chavouot, qui attirait à Jérusalem « des hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel », énumérés dans les Actes comme venant de Parthie, de Médie, d'Élam, de Mésopotamie, de Cappadoce, d'Égypte, de Rome et d'ailleurs (Actes 2,5.9-11, Bible de Jérusalem).
Quelle accusation certains témoins portèrent-ils contre les disciples ?
Une partie de la foule, incapable d'expliquer ce qu'elle entendait, la rejeta sans détour : « Ils sont pleins de vin doux ! » (Actes 2,13, Bible de Jérusalem) — provoquant la réponse de Pierre selon laquelle il n'était que la troisième heure du jour, trop tôt pour que cette explication tienne.
Pourquoi l'Église considère-t-elle la Pentecôte comme la naissance de l'Église elle-même ?
Elle marque le moment où les apôtres, auparavant cachés par peur, commencèrent à proclamer publiquement l'Évangile sous la conduite de l'Esprit Saint ; le sermon de Pierre qui suivit conduisit, selon Actes 2,41, à environ trois mille baptêmes ce jour-là même, et la Pentecôte est célébrée liturgiquement cinquante jours après Pâques comme l'une des fêtes principales de l'année de l'Église.
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