La Parabole des Dix Vierges

Un cortège nuptial qui fait attendre tout le monde
La scène décrite par Jésus aurait été immédiatement familière à ceux qui l'écoutaient. Dix jeunes filles — des demoiselles d'honneur, en somme — attendent pour accueillir un époux et l'escorter jusqu'à la salle des noces, lampes allumées, comme il était d'usage pour ce genre de procession nocturne. « Alors il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s'en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l'époux » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,1). Cinq d'entre elles, précise le texte, « étaient sottes et cinq étaient sensées » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,2) : les sottes avaient pris leurs lampes mais pas d'huile en réserve, tandis que les sensées avaient emporté des fioles d'huile en plus des lampes elles-mêmes (Matthieu 25,3-4).
William Blake, « La parabole des vierges sages et des vierges folles », v. 1822, Tate — domaine public.
L'époux se fait attendre. « Comme l'époux se faisait attendre, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,5) — les dix, sensées comme sottes, ce qui mérite qu'on s'y arrête. S'endormir n'est pas la faute, dans cette histoire. Personne n'est condamné pour avoir somnolé pendant une longue attente. Ce qui sépare les deux groupes s'est joué plus tôt, dans ce qu'elles avaient emporté avant même de s'asseoir pour attendre.
Minuit, et une porte qui se referme
« Mais à minuit un cri retentit : Voici l'époux ! sortez à sa rencontre ! » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,6). Les dix jeunes filles se lèvent d'un bond et préparent leurs lampes — et les cinq sottes découvrent aussitôt le problème : « nos lampes s'éteignent » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,8). Elles demandent aux cinq autres de partager. Les vierges sensées refusent, non par avarice mais par calcul : « Il n'y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,9), et elles envoient les imprévoyantes chercher un marchand, en pleine nuit, pour en acheter.
C'est pendant leur absence que l'époux arrive. « Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,10). Quand les cinq autres reviennent enfin et frappent, la réponse qu'elles reçoivent est sans appel : « En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,12). La parabole se termine sur cette porte close, et sur la leçon que Jésus en tire lui-même en une phrase : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » (Bible de Jérusalem, Matthieu 25,13).
Une huile qui ne se prête pas
Les lecteurs chrétiens s'interrogent depuis des siècles sur ce refus de partager l'huile, qui peut sembler, à première vue, peu généreux. Mais l'interprétation traditionnelle voit le plus souvent dans l'huile le symbole de quelque chose qui, par sa nature même, ne se transmet pas au moment de la crise — une vie de foi, de prière et de bonnes œuvres entretenue pendant des années, et non quelque chose qu'un ami pourrait vous tendre au dernier moment comme on prête une tasse de sucre. Les vierges sensées ne refusent pas la charité ; elles font remarquer, à juste titre, que ce type précis de préparation appartient nécessairement à celui qui en a besoin.
Cette parabole s'inscrit dans un ensemble d'enseignements plus vaste, aux chapitres 24 et 25 de Matthieu, que les exégètes appellent souvent le « discours eschatologique » — une série de paraboles et d'avertissements que Jésus donne sur le moment inconnu où viendra le Royaume, prononcés quelques jours seulement avant sa propre arrestation et sa crucifixion. Lue à la suite des paraboles qui l'accompagnent dans le même chapitre, dont la Parabole des Talents, celle des dix vierges rejoint un thème constant : la préparation n'est pas un acte spectaculaire ponctuel, c'est une discipline tenue au long d'une attente incertaine, parfois très longue.
Pourquoi cette parabole trouble encore ses lecteurs
Ce qui frappe davantage dans ce récit que dans certains autres enseignements de Jésus, c'est son refus d'adoucir la fin. Les cinq vierges sottes ne sont pas mauvaises. Elles ne rejettent pas l'époux, ne le raillent pas, ne complotent pas contre lui — elles se sont simplement mal préparées à la durée de l'attente, et quand elles s'en rendent compte, la fenêtre s'est déjà refermée. C'est une vérité plus dure qu'une histoire où des méchants reçoivent ce qu'ils méritent ; c'est une histoire d'insouciance ordinaire qui rattrape des gens ordinaires.
C'est en partie pourquoi cette scène est restée un sujet si durable dans l'art et la méditation chrétienne depuis deux mille ans, apparaissant sur les façades des cathédrales médiévales, dans les sermons de l'époque de la Réforme, et dans d'innombrables images de dévotion opposant les vierges sages et les vierges folles, lampes allumées ou lampes éteintes. Pour les lecteurs curieux d'autres moments d'enseignement de cette même période du ministère de Jésus, l'article de ce blog sur le Sermon sur la montagne revient sur un ensemble antérieur de son enseignement, construit lui aussi autour d'images fortes et mémorables.
Lue simplement, la parabole ne parle pas vraiment de coutumes nuptiales. Elle parle de cette tentation ordinaire de croire qu'il y aura toujours plus de temps pour se préparer plus tard — et de la possibilité, tranquillement dévastatrice, que, pour des raisons qui ne tiennent qu'à nous-mêmes, ce ne soit pas le cas.
Trivia
Où trouve-t-on la Parabole des Dix Vierges dans la Bible ?
Que représentent les dix vierges et leurs lampes ?
Pourquoi les vierges sensées refusent-elles de partager leur huile ?
Que signifie « la porte se referma » dans la parabole ?
Cette parabole décrit-elle une coutume nuptiale réelle du temps de Jésus ?






