Saint André Bessette
Une enfance qui ne lui offrit guère d'avantage
Alfred Bessette — le nom qu'il reçut à sa naissance, avant de prendre celui d'« André » en religion — grandit dans le Québec rural, orphelin dès l'enfance et élevé un temps par des proches après la mort précoce de ses deux parents. Jeune homme, il enchaîne une série d'emplois manuels exigeants au Canada et aux États-Unis, aucun stable, et sa santé reste constamment fragile durant toute cette période. Lorsqu'il sollicite son admission dans la Congrégation de Sainte-Croix, dans la vingtaine, il arrive avec peu d'instruction formelle et un corps déjà usé par des années de travail dur et instable.
Photographe inconnu, avant 1938 — domaine public.
Presque refusé pour excès de fragilité
Les supérieurs de la congrégation auraient hésité à l'admettre précisément à cause de sa santé fragile, incertains qu'il puisse supporter les exigences de la vie religieuse. Selon la tradition entourant ses premières années à Sainte-Croix, il fallut l'intervention directe d'un évêque local pour obtenir son admission. Une fois accepté, André est affecté au poste le plus modeste et le moins prestigieux disponible — portier au Collège Notre-Dame de Montréal — un rôle qu'il occupera finalement pendant une quarantaine d'années.
Une porte que plus d'un million de personnes finirent par franchir
Ce qui commença comme un simple poste de portier devint peu à peu tout autre chose. À mesure que se répandait la nouvelle de guérisons attribuées à ses prières, des visiteurs se mirent à affluer au collège spécifiquement pour le voir, d'abord en petit nombre puis, dit-on, en un flux constant qui atteignit bien plus d'un million de visiteurs au cours de sa vie. André accueillait chacun d'eux avec le même message constant : il n'était la source d'aucune guérison. Il redirigeait le mérite vers saint Joseph, patron du collège et, selon ses propres mots, le véritable intercesseur derrière toute guérison qu'on lui attribuait.
La méthode d'André, telle que la décrivaient ceux qui venaient le voir, était d'une simplicité et d'une régularité frappantes : il écoutait la demande du visiteur, pressait souvent une médaille de saint Joseph ou un peu d'huile prélevée à une lampe brûlant devant une image du saint sur la partie du corps affligée, puis priait brièvement, insistant tout du long sur le fait que la suite se jouait entre le visiteur et saint Joseph, non par l'effet d'un quelconque don personnel. Médecins et autorités ecclésiastiques de l'époque se montraient, on le comprend, prudents devant le volume des guérisons qu'on lui attribuait, et la Congrégation de Sainte-Croix elle-même s'inquiétait parfois de l'ampleur de l'attention que suscitait un simple portier — mais les foules continuaient d'affluer malgré tout, et André continuait de les accueillir à la même porte, année après année, sans jamais modifier son récit de qui méritait vraiment le mérite.
Bâtir un sanctuaire à partir de petits dons
Convaincu du pouvoir d'intercession particulier de saint Joseph, André commence à collecter de l'argent — souvent en très petits dons individuels — pour bâtir un sanctuaire en son honneur sur le Mont-Royal, en face du collège où il travaillait. Ce qui débuta modestement devint, au fil des décennies, l'Oratoire Saint-Joseph, aujourd'hui l'un des plus grands sanctuaires catholiques au monde et l'un des plus visités, attirant des millions de pèlerins chaque année. André vécut assez longtemps pour voir une grande partie des travaux majeurs de l'Oratoire en cours, bien que son dôme, le plus grand, ne fut achevé qu'après sa mort.
D'une modeste chapelle de bord de route à une basilique au sommet du mont
Les débuts de l'Oratoire étaient presque comiquement modestes comparés à ce qu'il allait devenir. La première chapelle d'André sur le Mont-Royal, bâtie en 1904, n'était qu'une petite structure en bois à peine assez grande pour accueillir une poignée de fidèles, financée par les pièces qu'André recueillait durant ses tournées et par les coupes de cheveux à quelques sous qu'il donnait à ses confrères du collège, ayant lui-même appris le métier de barbier dans sa jeunesse. La construction de la basilique bien plus vaste qui se dresse aujourd'hui sur ce site débuta dans les années 1920 et se poursuivit par étapes pendant des décennies, financée en très grande majorité par les petits dons de simples pèlerins plutôt que par un unique riche bienfaiteur — un modèle de financement qui reproduisait, à une échelle bien plus vaste, exactement la manière dont André avait toujours procédé : un don modeste et librement offert à la fois. Aujourd'hui, le dôme de l'Oratoire Saint-Joseph compte parmi les plus grands de toutes les églises du monde, et le site attire environ deux millions de visiteurs par an — un résultat extraordinaire pour un sanctuaire né comme le projet secondaire d'un simple portier.
Canonisation
André Bessette meurt à Montréal en janvier 1937, et les témoignages de l'époque décrivent des foules se comptant par centaines de milliers défilant devant sa dépouille malgré un hiver rigoureux — une ampleur qui reflète à quel point ses décennies passées à la porte du collège avaient touché en profondeur la communauté environnante. Sa cause de canonisation s'ouvrit relativement vite, compte tenu de l'ampleur de la dévotion populaire qui l'entourait déjà, et il fut béatifié par le pape Jean-Paul II en 1982. Le pape Benoît XVI le canonise en 2010, après que le Vatican eut reconnu un second miracle attribué à son intercession — la guérison d'un enfant renversé par une voiture — suivant le processus habituel requis au-delà de la béatification. Sa fête est célébrée le 6 janvier, et il repose à l'Oratoire Saint-Joseph, le sanctuaire né, très littéralement, des petits dons qu'il collectait un visiteur à la fois.






