Saint Antoine-Marie Claret, évêque

Un agresseur armé d'un couteau lacéra le visage d'Antoine-Marie Claret dans la ville cubaine de Holguín en 1856, l'une des plus d'une douzaine de tentatives faites contre sa vie durant ses six années comme archevêque de Santiago de Cuba. Il s'était fait des ennemis en faisant simplement son travail avec trop de rigueur, s'attaquant à la corruption, au concubinage et à l'exploitation des travailleurs réduits en esclavage que des ecclésiastiques plus prudents avaient laissés prospérer pendant des générations. Ce ne fut, de loin, pas le dernier rebondissement dramatique d'une vie qui le mènerait finalement aux côtés d'une reine.

Du métier à tisser au sacerdoce

Antoine-Marie Claret naquit en 1807 à Sallent, une ville textile de Catalogne, fils d'un tisserand de laine, et, jeune homme, il se forma au métier de son père, travaillant un temps dans l'industrie textile et se rendant même à Barcelone pour étudier la mécanique du tissage industriel. Il se sentit pourtant attiré par le sacerdoce, et abandonna l'entreprise familiale pour poursuivre une formation religieuse, jusqu'à son ordination sacerdotale en 1835.

Un portrait du XIXe siècle de saint Antoine-Marie Claret en habits épiscopaux.

Luis de Madrazo, portrait de saint Antoine-Marie Claret, XIXe siècle, Museo Nacional del Romanticismo, Madrid — domaine public.

Son premier ministère prit la forme d'un travail paroissial en Catalogne, mais il se sentit de plus en plus appelé à une vocation missionnaire plus large, et passa un temps de formation chez les jésuites avant qu'un problème de santé non résolu n'interrompe ce parcours. Il se tourna alors vers la prédication itinérante, parcourant la Catalogne pour donner des missions populaires et des retraites, et vers la production d'une littérature catholique bon marché et largement diffusée, destinée à combattre l'ignorance religieuse et le sentiment anticlérical qu'il rencontrait dans les paroisses rurales — un premier signe de l'importance qu'accorderait à l'édition sa future congrégation missionnaire.

La fondation des Claretains

En 1849, Claret fonda la Congrégation des fils missionnaires du Cœur immaculé de Marie dans la ville de Vic, une communauté de prêtres consacrés à la prédication itinérante, aux missions populaires et à la production et diffusion de livres et de brochures catholiques — un mélange d'évangélisation orale et imprimée bien adapté à l'Espagne religieusement troublée de son époque. La congrégation, qui devint simplement connue sous le nom de Claretains, se développa régulièrement et finit par s'étendre bien au-delà de l'Espagne, devenant une présence missionnaire importante à travers l'Amérique latine, puis dans le monde entier, dans les décennies et les siècles qui suivirent la mort de son fondateur.

L'énergie missionnaire de Claret lui-même ne resta pas longtemps confinée à l'Espagne. Plus tard en 1849, la même année où il fonda sa congrégation, il fut appelé de l'autre côté de l'Atlantique pour une mission bien plus dangereuse et exigeante.

Archevêque de Santiago de Cuba

En 1850, Claret fut nommé archevêque de Santiago de Cuba, alors territoire colonial espagnol marqué par de profondes inégalités sociales, l'institution bien ancrée de l'esclavage et une négligence cléricale répandue. Il aborda cette charge avec la même intensité réformatrice qui avait caractérisé ses missions de prédication en Catalogne, entreprenant d'épuisantes visites pastorales à travers le diocèse, régularisant des milliers d'unions et de mariages irréguliers parmi la population coloniale, et établissant écoles, caisses de crédit et programmes agricoles destinés à donner aux Cubains ordinaires des outils concrets pour améliorer leurs conditions matérielles, en même temps que leur formation spirituelle.

Il prit aussi publiquement position contre les mauvais traitements infligés aux personnes réduites en esclavage — une position inhabituellement franche pour un homme d'Église dans une économie coloniale si profondément dépendante du travail forcé — et s'employa à freiner l'exploitation des ouvriers des plantations par de riches propriétaires terriens habitués à opérer avec peu de surveillance ecclésiastique. Ces réformes lui valurent de puissants ennemis parmi les colons dont il menaçait directement les intérêts économiques, et Claret survécut à au moins quinze tentatives d'assassinat durant ses six années comme archevêque. La plus grave survint en 1856 dans la ville de Holguín, lorsqu'un agresseur le lacéra au visage et au cou avec un rasoir ; Claret survécut, bien qu'il porta la cicatrice visible pour le reste de sa vie, et l'auteur de l'attentat fut plus tard condamné à mort, une sentence que Claret lui-même supplia les autorités de commuer.

Confesseur d'une reine, et des années de tourmente à la cour

En 1857, la reine Isabelle II d'Espagne demanda que Claret revienne en Espagne pour devenir son confesseur personnel, une nomination qu'il n'accepta qu'à contrecœur et à la condition de ne pas devoir abandonner ses engagements missionnaires et caritatifs pour un rôle de cour purement cérémoniel. Il se servit de sa position à la cour moins pour s'impliquer en politique, dont il se tint délibérément à l'écart, que pour continuer à fonder écoles, bibliothèques et institutions caritatives, et pour plaider en faveur de réformes de l'enseignement religieux à travers l'Espagne.

Cette position le plaça au cœur de l'une des périodes les plus tumultueuses de l'histoire espagnole du dix-neuvième siècle. Le règne d'Isabelle devint de plus en plus impopulaire au milieu de l'instabilité politique et des conflits de factions, et en 1868, une révolution chassa entièrement la reine du trône, l'envoyant en exil en France. Claret, étroitement associé à la monarchie déchue, la suivit en exil, bien qu'à ce stade sa propre santé, et sa relation avec la politique de plus en plus complexe entourant la cour de la reine, étaient devenues difficiles.

Dernier exil et canonisation

Les dernières années de Claret furent marquées par un harcèlement continu de la part de factions politiques anticléricales en Espagne, qui voyaient en lui un symbole de l'ancien ordre religieux et monarchique. Il passa ses derniers mois à chercher refuge dans diverses maisons religieuses en France et en Espagne, trouvant finalement asile au monastère cistercien de Fontfroide, dans le sud de la France, où il mourut en 1870, largement isolé de l'œuvre missionnaire et réformatrice qui avait défini le reste de sa vie.

Le pape Pie XII le canonisa en 1950, honorant une vie qui était passée d'un atelier de tisserand dans la Catalogne industrielle au palais archiépiscopal de Cuba coloniale, puis aux appartements privés d'une reine d'Espagne, tout en restant centrée, d'un bout à l'autre, sur les mêmes réflexes de réforme pastorale directe, de prédication populaire et d'évangélisation imprimée qui l'avaient d'abord poussé à fonder les Claretains. Sa fête est célébrée le 24 octobre, et la congrégation missionnaire qu'il fonda demeure active dans des dizaines de pays aujourd'hui.

Trivia

Qui était saint Antoine-Marie Claret et quand a-t-il vécu ?
Antoine-Marie Claret était un prêtre et évêque espagnol, né en 1807 à Sallent, en Catalogne, qui fonda la congrégation missionnaire des Claretains, servit comme archevêque de Santiago de Cuba, puis devint confesseur de la reine Isabelle II d'Espagne ; il mourut en exil en France en 1870.
Quelle congrégation Claret a-t-il fondée ?
Il fonda la Congrégation des fils missionnaires du Cœur immaculé de Marie, connue sous le nom de Claretains, à Vic, en Espagne, en 1849 — une société missionnaire de prêtres consacrée à la prédication, à la publication de littérature catholique et à l'évangélisation, qui devint une congrégation mondiale toujours active aujourd'hui.
Que s'est-il passé durant le temps de Claret comme archevêque de Santiago de Cuba ?
Nommé archevêque en 1850, il entreprit de vastes réformes pastorales, régularisant des milliers de mariages irréguliers, s'opposant à l'exploitation et aux mauvais traitements infligés aux personnes réduites en esclavage, et affrontant une corruption profondément enracinée, ce qui provoqua une résistance farouche et de multiples tentatives d'assassinat, dont une attaque en 1856 à Holguín où il fut lacéré au visage et au cou.
Pourquoi Claret devint-il confesseur de la reine Isabelle II d'Espagne ?
En 1857, la reine Isabelle II le demanda comme confesseur personnel, une charge qu'il accepta à contrecœur, à condition de pouvoir poursuivre son œuvre missionnaire et caritative plutôt que d'être confiné à la vie de cour ; il exerça cette fonction pendant plus d'une décennie, jusqu'à ce que la révolution de 1868 chasse la reine du trône et les force tous deux à l'exil.
Quand Antoine-Marie Claret fut-il canonisé, et quand est sa fête ?
Le pape Pie XII le canonisa en 1950, et sa fête est célébrée le 24 octobre.
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