Saint Antoine-Marie Zaccaria, prêtre
De la médecine au sacerdoce
Antoine Zaccaria naquit vers 1502 à Crémone, ville de la région lombarde du nord de l'Italie, dans une famille noble qui perdit son père alors qu'Antoine était encore nourrisson. Sa mère, Antonia Pescaroli, l'éleva en insistant fortement sur la charité et la piété personnelle, réduisant elle-même les dépenses du foyer afin de pouvoir donner davantage aux pauvres — un exemple qu'Antoine décrira plus tard comme fondateur pour sa propre vocation. Il suivit d'abord une voie conventionnelle pour un jeune homme de son rang et de son intelligence, obtenant un doctorat de médecine à l'université de Padoue vers 1524 et revenant à Crémone exercer comme médecin, soignant ses patients sans égard pour leur capacité à payer.
Cesare Aureli, statue de saint Antoine-Marie Zaccaria, 1909, basilique Saint-Pierre, Vatican — domaine public
En quelques années pourtant, Antoine conclut que soigner les corps ne suffisait pas. Il commença à étudier la théologie parallèlement à son activité médicale et fut ordonné prêtre vers 1528 — une décision qui surprit certains de ses proches, car il abandonnait une profession stable et respectée pour une autre qui, dans l'Italie religieusement agitée du début du XVIe siècle, offrait bien moins de certitudes et beaucoup plus de risques.
Une réforme dont l'époque avait cruellement besoin
L'Italie qu'Antoine intégra comme jeune prêtre connaissait une corruption cléricale, une confusion théologique et une ignorance religieuse répandue chez les laïcs, problèmes graves et bien documentés — les mêmes conditions qui, ailleurs en Europe, alimentaient la Réforme protestante. Antoine ne suivit pas les réformateurs hors de l'Église ; il devint au contraire l'un des acteurs d'un courant de réformateurs catholiques travaillant de l'intérieur, prêchant, enseignant et organisant des années avant que le concile de Trente (1545-1563) ne traite formellement bon nombre des mêmes abus.
Vers 1530, œuvrant à Milan aux côtés de deux laïcs partageant ses convictions, Barthélemy Ferrari et Jacques-Antoine Morigia, Antoine fonda une nouvelle communauté de prêtres consacrée à la prédication publique, à la catéchèse et à la réforme de la discipline cléricale et laïque. Le groupe prit le nom formel de Clercs réguliers de Saint-Paul, en raison de leur dévotion particulière à l'apôtre Paul, modèle de prédication zélée et itinérante, mais on les appela populairement barnabites, d'après l'église milanaise Saint-Barnabé, que l'ordre reprit et fit son centre d'activité. Antoine contribua aussi à fonder une communauté apparentée de religieuses, les Sœurs angéliques de Saint-Paul, ainsi qu'une confrérie laïque, étendant le même esprit de réforme aux femmes consacrées comme aux simples laïcs.
Prêcher dans la rue, et un plaidoyer pour une communion fréquente
Ce qui distinguait la méthode d'Antoine était son caractère public, presque théâtral. Lui et ses compagnons prêchaient ouvertement dans les rues et les places de Milan et de Crémone plutôt que de confiner leur message à l'intérieur des églises, une pratique qui suscita dans certains milieux la critique d'un manque de dignité cléricale, mais qui touchait des gens ordinaires n'ayant peut-être jamais cherché à entendre un sermon autrement. Il encourageait aussi la pénitence publique et les gestes visibles de réforme, invitant même les personnes aisées à accomplir des actes d'humilité charitable en correctif à la vanité cléricale fréquente de l'époque.
Son influence la plus durable concerne cependant l'eucharistie. À une époque où beaucoup de laïcs ne communiaient qu'occasionnellement — une réception annuelle à Pâques étant courante pour une large part des fidèles —, Antoine plaida avec force pour une communion fréquente, voire hebdomadaire, pourvu qu'elle soit abordée avec une révérence sincère et une préparation adéquate. C'était une position notablement en avance sur son temps pour le début du XVIe siècle, que certains contemporains regardaient avec méfiance comme une familiarité excessive envers ce qu'ils croyaient devoir être approché rarement et avec une grande crainte. Des siècles plus tard, l'Église finira par aller fermement dans la direction qu'Antoine avait défendue : les décrets du pape Pie X au début du XXe siècle encouragèrent activement la communion fréquente des fidèles, un changement que le Catéchisme reflète encore dans son enseignement selon lequel l'eucharistie est « source et sommet de la vie chrétienne » (CEC 1324), destinée à être reçue souvent et fructueusement plutôt que traitée comme un rite rare et distant.
Antoine et les barnabites sont également crédités d'avoir popularisé la coutume de sonner les cloches à trois heures le vendredi, invitant les fidèles à s'arrêter brièvement pour se souvenir de la mort du Christ sur la croix, et d'avoir contribué à répandre la dévotion des Quarante Heures — une prière prolongée et continue devant le Saint-Sacrement exposé sur l'autel — une pratique qui allait devenir répandue bien au-delà des seules communautés barnabites.
Une vie courte, un ordre durable
Le ministère personnel d'Antoine fut écourté. Usé par l'intensité de sa prédication, par les fréquents déplacements entre Milan, Crémone, Vicence et Guastalla pour établir et soutenir ses communautés naissantes, et par des austérités personnelles exigeantes, il tomba gravement malade en revenant d'une mission de pacification en 1539 et mourut chez sa mère à Crémone ce même mois de juillet, encore au milieu de sa trentaine. Malgré sa mort précoce, l'ordre qu'il avait fondé perdura et se développa, établissant à terme des maisons à travers l'Italie, la France, puis une grande partie du monde catholique, en poursuivant l'accent mis sur la prédication, l'éducation et la réforme personnelle qui avait défini le ministère bref mais intense de son fondateur.
Il fut béatifié en 1849 et canonisé par le pape Léon XIII en 1897, plus de trois siècles après sa mort — reflet de la manière dont la reconnaissance formelle de la sainteté par l'Église suit souvent, longtemps après, le moment où les fruits durables d'une vie deviennent manifestes. Sa fête est célébrée le 5 juillet. Les lecteurs intéressés par d'autres membres du clergé réformateur de la même période agitée de la Contre-Réforme, notamment des fondateurs ayant eux aussi combiné prédication, éducation et réforme institutionnelle, pourront lire également l'article consacré à saint Jean-Marie Vianney, dont le zèle pastoral, des siècles plus tard, fera écho à cette même conviction que la vie catholique ordinaire pouvait être renouvelée, une paroisse, une confession, une communion à la fois.






