Saint Barnabé l'Apôtre
Un nom mérité, non reçu à la naissance
L'homme que l'on connaît sous le nom de Barnabé naquit Joseph, lévite par sa lignée tribale et, fait inhabituel pour une figure aussi centrale de la première Église de Jérusalem, originaire de Chypre plutôt que de Judée. Le livre des Actes le présente à un moment précis : parmi les croyants qui vendaient leurs biens pour soutenir la communauté, « Joseph, surnommé par les apôtres Barnabé (ce qui veut dire fils d'encouragement), lévite originaire de Chypre... possédait un champ ; il le vendit, apporta l'argent et le déposa aux pieds des apôtres » (Bible de Jérusalem, Actes 4,36-37). Le surnom que lui donnèrent les apôtres n'avait rien d'une simple formalité. Tout ce que Barnabé accomplit dans les chapitres suivants le confirme pleinement.
Raphaël, « Le Sacrifice de Lystres, » 1515, Victoria and Albert Museum — domaine public.
Se porter garant de l'homme que tous redoutaient
L'exemple le plus frappant survient tôt. Après sa conversion spectaculaire sur le chemin de Damas, Saul de Tarse — jadis le plus redouté des persécuteurs de l'Église — se rendit à Jérusalem et tenta de rejoindre les disciples. Cela ne se passa pas bien. « Arrivé à Jérusalem, il essayait de se joindre aux disciples, mais tous en avaient peur, ne croyant pas qu'il fût vraiment disciple » (Bible de Jérusalem, Actes 9,26). Vu le passé de Saul, cette crainte était pleinement justifiée. C'est précisément à cette impasse que Barnabé intervient : « Alors Barnabé le prit avec lui, l'amena aux apôtres et leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et avec quelle assurance il avait prêché à Damas au nom de Jésus » (Actes 9,27). C'est ce simple geste de garantie personnelle qui permet à Saul — bientôt connu sous le nom de Paul, l'une des figures les plus déterminantes de l'histoire chrétienne — d'être pleinement accueilli par l'Église de Jérusalem.
L'instinct de Barnabé pour bâtir des ponts se manifeste à nouveau quelques chapitres plus loin. Lorsque la nouvelle parvint à Jérusalem que des païens de langue grecque, à Antioche, se mettaient à croire en Jésus — un développement sans précédent que l'Église de Jérusalem ne savait pas trop comment traiter — les responsables envoyèrent Barnabé en personne pour enquêter. Il « s'en réjouit et les encouragea tous à demeurer, d'un cœur ferme, fidèles au Seigneur » (Bible de Jérusalem, Actes 11,23) — puis, dans un geste révélateur, partit chercher Saul à Tarse et le ramena pour aider à instruire, une année entière, la communauté grandissante d'Antioche (Actes 11,25-26). Il vaut la peine de le souligner clairement : c'est Barnabé, et non Paul, qui reconnut le premier l'importance d'Antioche et qui, le premier, ramena Paul au ministère actif après une période de relative obscurité consécutive à sa conversion.
Compagnons de route
Vers l'an 46, l'Église d'Antioche — décrite dans les Actes comme comptant « des prophètes et des docteurs », Barnabé étant cité en premier parmi eux — mit les deux hommes à part pour une mission précise, sous la direction de l'Esprit Saint : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l'œuvre à laquelle je les ai appelés » (Bible de Jérusalem, Actes 13,2). Ce qui suivit est connu comme le premier voyage missionnaire de Paul, bien que Barnabé y fût pleinement un co-responsable, et non une figure secondaire, dans ces premiers chapitres, voyageant avec Saul à travers Chypre puis le sud de l'Asie Mineure, prêchant synagogue après synagogue.
Un épisode illustre bien la façon dont la population locale les percevait. Après que Paul eut guéri à Lystres un homme infirme de naissance, la foule, s'exprimant dans sa propre langue lycaonienne, en conclut que des dieux étaient descendus parmi eux : « Ils appelaient Barnabé Zeus et Paul Hermès, puisque c'était lui qui portait la parole » (Bible de Jérusalem, Actes 14,12). Un prêtre local de Zeus arriva avec des taureaux et des guirlandes, prêt à offrir un sacrifice aux deux hommes. Les Actes décrivent la réaction sans détour : « Informés de la chose, les apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent vers la foule » (Actes 14,14), refusant cet hommage et redirigeant l'étonnement de la foule vers Dieu lui-même. Ce verset est aussi l'un des passages les plus clairs du Nouveau Testament où Barnabé lui-même est directement appelé apôtre, avec le même terme grec appliqué à Paul — un titre qu'il détient non par appartenance aux Douze originels, mais par ce mouvement répété d'être envoyé, encore et encore, pour l'œuvre de propagation de l'Évangile.
L'encouragement comme manière de vivre
Barnabé apparaît moins souvent dans le Nouveau Testament que Paul, et les chapitres suivants des Actes rapportent un désaccord marqué entre les deux hommes au sujet de savoir s'il fallait emmener le jeune cousin de Paul, Jean-Marc, lors d'un second voyage — une rupture assez réelle pour qu'ils finissent par se séparer, Barnabé ramenant Marc à Chypre tandis que Paul choisissait un autre compagnon. Même cette brouille, pourtant, correspond au profil d'un homme prêt, systématiquement, à accorder une seconde chance là où d'autres n'étaient pas disposés à le faire. La tradition chrétienne, bien que non confirmée par l'Écriture elle-même, veut que Barnabé ait ensuite subi le martyre à Salamine, à Chypre, lapidé vers l'an 61 ; on se souvient de lui aujourd'hui comme d'une figure fondatrice de l'Église chypriote, honoré chaque 11 juin comme patron de Chypre, d'Antioche et des artisans de paix — un héritage bien à la mesure de cet homme dont le nom même signifiait encouragement.






