Sainte Etheldreda d'Ely : la reine qui choisit deux fois le couvent
Une princesse promise deux fois, mariée deux fois
Etheldreda — son nom en vieil anglais, Æthelthryth, plus exact mais rarement employé aujourd'hui hors des écrits savants — naquit vers 636, l'une des filles du roi Anna d'Anglie orientale, dont plusieurs devaient elles aussi être vénérées comme saintes. Comme beaucoup de femmes de son rang, elle n'eut guère son mot à dire sur son premier mariage, contracté pour des raisons politiques avec Tondberct, un noble régnant sur les Gyrwas du Sud, un peuple des marais de l'actuel Cambridgeshire. Selon l'historien Bède, qui écrivait au siècle suivant, ce mariage ne fut jamais consommé, et Tondberct mourut seulement quelques années plus tard, laissant Etheldreda veuve, toujours attachée à un vœu de virginité perpétuelle qu'elle avait fait avant même ce mariage. Dans le cadre de son douaire, elle reçut l'île d'Ely, une terre qui allait compter énormément dans la suite de son histoire.
Enlumineur anglais anonyme, portrait de sainte Æthelthryth (Etheldreda), manuscrit du Xe siècle — domaine public.
Douze ans de bras de fer avec un roi
Son second mariage fut plus difficile à négocier. Vers 660, la nécessité politique la maria à Ecgfrith, héritier du puissant royaume de Northumbrie, encore un enfant à l'époque, environ quinze ans plus jeune qu'elle. Bède rapporte qu'elle tint Ecgfrith à une promesse de chasteté continue au sein du mariage pendant quelque douze années — un arrangement qu'Ecgfrith accepta apparemment d'abord, par réel respect pour son vœu ou simplement par jeunesse, mais qu'il tolérait de moins en moins bien à mesure qu'il grandissait dans son propre règne. Il tenta finalement de faire pression sur l'évêque Wilfrid d'York, le directeur spirituel d'Etheldreda, pour qu'il la persuade de céder, lui offrant terres et argent en échange de son aide ; Wilfrid refusa et aida au contraire Etheldreda à s'échapper entièrement de la cour. Elle se réfugia d'abord à Coldingham, au monastère de sa tante Æbbe, avant qu'Ecgfrith ne la poursuive là aussi — moment où, selon le récit, elle et deux compagnes se retirèrent plus loin encore, jusqu'à atteindre la sécurité de ses propres terres à Ely.
Fonder une abbaye sur une île d'anguilles
En 673, sur l'île que lui avait léguée son premier mari, Etheldreda fonda un double monastère — une communauté abritant à la fois moines et moniales sous l'autorité d'une seule abbesse, arrangement courant dans l'Angleterre anglo-saxonne — et en devint la première abbesse. Ely était alors une île véritablement isolée et marécageuse des fens, difficile d'accès, son nom traditionnellement rattaché aux anguilles qui peuplaient ses eaux. Cet isolement convenait à une communauté vouée à la prière et à la discipline plutôt qu'à la politique de cour, et sous la direction d'Etheldreda, Ely devint rapidement l'une des maisons religieuses les plus respectées d'Angleterre anglo-saxonne. Bède, qui put recueillir le témoignage de personnes l'ayant connue, la décrit menant une vie austère même en tant qu'abbesse — portant la laine plutôt que le lin, mangeant peu, et se levant pour prier pendant la nuit, une discipline peu commune même parmi les religieuses de sa propre communauté.
Une mort qu'elle lut comme son propre jugement
Etheldreda ne gouverna Ely que sept années environ avant sa mort en 679, lors d'une épidémie qui frappa l'abbaye. Elle mourut d'une excroissance ou tumeur au cou, qu'elle interpréta elle-même, selon ce qu'elle confia à Bède, comme un juste châtiment pour avoir aimé, jeune femme à la cour, porter des colliers élaborés — le genre de détail précis et lucide qui donne au récit de Bède une texture d'authenticité rare, loin de l'hagiographie générique. Elle fut d'abord enterrée dans un simple cercueil de bois parmi le reste de sa communauté, comme elle l'avait demandé. Seize ans plus tard, sa sœur et successeure comme abbesse, Seaxburh, fit ouvrir sa tombe afin que ses restes puissent être transférés dans un sarcophage de pierre plus digne à l'intérieur de l'église — et Bède rapporte que son corps fut trouvé intact, la blessure même du cou qui l'avait tuée entièrement refermée. Cette affirmation d'incorruption est présentée par Bède comme un témoignage local bien établi, et la tradition médiévale ultérieure la considéra comme l'un des récits les plus frappants parmi les vies de saints anglais, bien que les lecteurs modernes doivent la recevoir comme une tradition historique plutôt que comme un fait vérifiable de façon indépendante aujourd'hui.
D'Æthelthryth à Audrey, et le mot anglais « tawdry »
L'abbaye d'Ely devint l'un des grands lieux de pèlerinage de l'Angleterre médiévale, et son église fut finalement reconstruite pour devenir l'actuelle cathédrale d'Ely, toujours debout au-dessus des marais qu'elle avait autrefois fuis. Son nom s'adoucit au fil des siècles d'usage courant, d'Æthelthryth à « Audrey », et une foire annuelle tenue à Ely le jour de sa fête devint célèbre pour la vente de colliers de dentelle bon marché et voyants, vendus comme « dentelle de sainte Audrey » — une marchandise dont la qualité déclinante au fil des siècles finit par donner à l'anglais le mot « tawdry », une note de bas de page linguistique porteuse d'une ironie authentiquement adaptée, étant donné la manière dont elle aurait elle-même compris sa dernière maladie. Sa fête est célébrée le 23 juin, avec une seconde fête le 17 octobre marquant la translation ultérieure de ses reliques, et elle demeure l'une des saintes anglo-saxonnes les plus durablement populaires d'Angleterre, vénérée comme le modèle d'une femme qui tint fermement à un vœu que les hommes puissants autour d'elle tentèrent à répétition de faire céder.






