Sainte Gemma Galgani
Une enfance orpheline à Lucques
Gemma Galgani naquit le 12 mars 1878 à Camigliano, près de Lucques en Toscane, fille aînée d'un pharmacien, Enrico Galgani, et de son épouse Aurelia. Sa mère mourut de tuberculose alors que Gemma n'avait que sept ans, et plusieurs de ses frères et sœurs moururent eux aussi jeunes, de maladie, au fil des années suivantes — une série de deuils qui marqua le foyer bien avant que Gemma n'atteigne l'âge adulte. Enrico Galgani connut des difficultés financières après la mort de son épouse, et lorsqu'il mourut à son tour en 1885, Gemma ayant alors 19 ans, les finances déjà précaires de la famille s'effondrèrent complètement, laissant Gemma dans un dénuement quasi total.
Photographe inconnu, avant 1903 — domaine public.
Adolescente, Gemma avait aussi développé une grave maladie de la colonne vertébrale, qui la laissa un temps partiellement paralysée et incapable de marcher sans aide. Elle rapporta avoir été guérie miraculeusement de ce mal en 1899 par l'intercession du père passioniste Gabriel Possenti, récemment canonisé — un épisode qui approfondit son attachement à l'ordre des Passionistes, dont la spiritualité se centre sur la méditation de la souffrance et de la mort du Christ.
Refusée par la vie religieuse
Compte tenu de sa dévotion aux Passionistes, Gemma chercha à entrer comme religieuse dans leur couvent de Lucques. Elle fut refusée, tant en raison de sa santé fragile persistante que, selon certains récits, de la situation financière de sa famille et de la nature inhabituelle et intense des expériences mystiques qu'elle rapportait déjà, avant même d'entrer en religion. Ce refus fut pour Gemma une source de véritable chagrin, elle qui ne désirait rien tant que de rejoindre formellement la communauté dont la spiritualité l'avait si profondément façonnée ; elle vécut donc ses dernières années en laïque, accueillie par une famille de Lucques, les Giannini, qui prit soin d'elle et fut témoin d'une grande partie de ce qui suivit.
Les stigmates rapportés
À partir de 1899, Gemma rapporta un phénomène physique récurrent qui allait devenir le trait central et le plus minutieusement documenté de sa courte vie : chaque jeudi après-midi ou soir, des plaies correspondant à la crucifixion — dans les mains, les pieds et le côté — semblaient s'ouvrir sur son corps, saignaient toute la nuit et jusqu'au vendredi, puis se refermaient et guérissaient presque sans trace d'ici le dimanche suivant, un cycle hebdomadaire qui se répéta pendant environ trois ans. Son directeur spirituel, le père passioniste Germano Ruoppolo, ainsi qu'un médecin personnel et, à certains moments, un évêque chargé de l'examiner, observèrent et documentèrent directement les plaies durant cette période et rapportèrent n'y avoir trouvé aucune cause médicale naturelle.
Il importe d'être direct sur ce que l'on peut, ou non, affirmer ici avec certitude. Les stigmates, par nature, ne sont pas le genre de phénomène que la science moderne peut tester ou vérifier indépendamment après coup, et les principales preuves du cas de Gemma reposent sur le témoignage de ceux qui l'observèrent directement de son vivant, aussi soigneusement ce témoignage ait-il été consigné. Ce récit doit être lu comme une tradition historique et dévotionnelle bien documentée — prise assez au sérieux par l'Église pour figurer en bonne place dans son procès de canonisation — plutôt que comme une affirmation prouvée empiriquement.
Une courte vie marquée par la maladie
Parallèlement aux stigmates rapportés, Gemma connut d'autres phénomènes mystiques durant ces années, notamment des extases, des visions, et ce qu'elle et son entourage décrivirent comme une communication spirituelle directe avec le Christ, la Vierge Marie et son ange gardien, dont elle consigna une grande partie dans des lettres et un journal, sur instruction de son confesseur. Sa santé physique, quant à elle, continua de décliner. Elle contracta la tuberculose, la même maladie qui avait emporté sa mère, et mourut le Samedi saint, 11 avril 1903, à l'âge de 25 ans.
Ses propres mots, conservés par son confesseur
Une part importante de ce qui rend le cas de Gemma inhabituel parmi les mystiques rapportés tient au volume de matériel écrit de première main qu'elle a laissé derrière elle, presque entièrement produit sur instruction directe de son confesseur, le père Germano Ruoppolo, qui lui demanda de tenir un journal et d'écrire des lettres autobiographiques détaillées décrivant ses expériences spirituelles au fur et à mesure qu'elles survenaient. Ce matériel, publié et étudié plus tard dans le cadre de sa cause de canonisation, offre aux historiens et théologiens une trace textuelle directe inhabituelle, plutôt que de reposer uniquement sur des témoignages de seconde main compilés après sa mort. Gemma elle-même exprima un réel malaise face à cette tâche, se décrivant dans ses propres écrits comme réticente et indigne, une note d'humilité que ses défenseurs ont longtemps présentée comme un argument contre toute suggestion d'autopromotion délibérée ou de fraude — une personne cherchant l'attention publique pour des prétentions mystiques, argue-t-on, n'aurait guère eu besoin d'être répétitivement sommée par son confesseur de mettre quoi que ce soit par écrit.
Un scepticisme médical contemporain
Il convient de reconnaître directement que les expériences rapportées de Gemma, y compris les stigmates, coïncidèrent avec une période où la médecine européenne — en particulier en France et en Italie — débattait intensément des frontières entre mysticisme religieux, hystérie et autres troubles psychologiques ou neurologiques, une controverse qui toucha plusieurs stigmatisés et visionnaires rapportés de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Certains médecins contemporains et commentateurs ultérieurs ont proposé des explications psychosomatiques ou psychologiques pour des phénomènes comme ceux de Gemma, en cohérence avec le scepticisme médical plus large de l'époque envers les prétentions à des phénomènes corporels surnaturels en général. Le propre processus de canonisation de l'Église ne traita pas les stigmates comme une preuve strictement nécessaire de sa sainteté — la vertu héroïque, démontrée par sa patience, son humilité et sa charité au milieu de la maladie grave et de la pauvreté, pesa au moins autant dans le dossier formel de sa canonisation éventuelle, les phénomènes mystiques étant traités comme un trait frappant mais secondaire d'une vie dont la sainteté reposait aussi sur des fondements spirituels plus conventionnels.
Canonisation et patronage
Gemma Galgani fut béatifiée en 1933 par le pape Pie XI et canonisée le 2 mai 1940 par le pape Pie XII. Son père étant pharmacien, et une dévotion particulière lui étant associée à ce métier familial, elle est vénérée populairement comme patronne des pharmaciens, ainsi que des étudiants et de ceux qui ont perdu leurs parents — un patronage né des circonstances propres à sa vie plutôt que d'une déclaration vaticane unique et formelle.
Fête
Sa fête est célébrée le 11 avril, anniversaire de sa mort, bien que les calendriers antérieurs l'aient fixée au 16 mai.
Pour aller plus loin
La vie courte et intensément mystique de Gemma la place parmi un groupe distinctif de mystiques catholiques féminines de la fin du XIXe et du début du XXe siècle — les lecteurs pourront aussi lire l'histoire de sainte Faustine Kowalska, une religieuse polonaise dont les visions rapportées de la miséricorde du Christ, une génération plus tard, devinrent tout aussi centrales dans sa canonisation, ou celle de sainte Rafqa du Liban, une quasi-contemporaine dont la propre souffrance fut, de la même manière, comprise comme une participation directe à la Passion du Christ.






