Saint Laurent, diacre et martyr

Le préfet de Rome voulait l'or de l'Église, et il accorda au diacre trois jours pour le produire. Quand Laurent revint, il amenait avec lui une foule de mendiants, d'infirmes et de veuves de la ville, et déclara au préfet que voilà les véritables trésors de l'Église. Cette réponse de défi lui coûta l'une des morts les plus atroces jamais consignées parmi les martyrs romains, et fit de lui, en une génération à peine, l'un des saints les plus vénérés de l'histoire de la ville.

Le premier des diacres de Rome

Laurent servit comme l'un des sept diacres de l'Église de Rome sous le pape Sixte II, au milieu du IIIe siècle, une structure de gouvernement remontant aux communautés apostoliques les plus anciennes, dans laquelle les diacres géraient le côté matériel et pratique de la vie ecclésiale afin que les évêques et les prêtres puissent se consacrer à la prédication et aux sacrements. Parmi les sept, Laurent occupait une position particulièrement importante, parfois désignée dans des sources postérieures comme celle d'archidiacre, chargé spécifiquement de gérer les ressources financières de l'Église et son œuvre considérable et constante au service des pauvres, des malades et des veuves de Rome.

Une peinture de la Renaissance représentant saint Laurent le diacre, tenant le gril de son martyre.

Titien, Saint Laurent, 1564–1567 — domaine public.

Ce rôle le plaçait au cœur même de l'identité publique de l'Église romaine à une époque où la charité chrétienne envers les plus démunis était déjà un trait distinctif de la jeune religion au sein de la société romaine païenne, remarqué même par des observateurs hostiles. Il le plaça aussi, lorsque la persécution de l'empereur Valérien éclata en août 258, directement sur le chemin du danger, car les autorités romaines savaient parfaitement que le diacre qui contrôlait les fonds de l'Église valait la peine d'être arrêté.

Trois jours pour produire le trésor

Sixte II fut saisi et exécuté le 6 août 258, alors qu'il présidait un office dans une catacombe romaine, avec plusieurs de ses diacres. Laurent échappa à cette première rafle, mais les autorités romaines connaissaient son rôle et le poursuivirent séparément. Selon la tradition consignée quelques décennies à peine après les faits par des auteurs dont saint Ambroise de Milan, le préfet de la ville exigea que Laurent lui livre les trésors de l'Église, supposant apparemment que les communautés chrétiennes détenaient des réserves cachées d'or et d'argent dignes d'être confisquées au profit du trésor impérial, alors sous forte tension du fait des guerres aux frontières de Rome.

Laurent aurait demandé trois jours pour rassembler ce trésor. Il employa ce délai à distribuer aux pauvres de Rome tous les fonds qui restaient sous sa garde, puis, le jour convenu, réunit une foule de mendiants, d'aveugles, d'infirmes, de malades et de veuves de la ville, et les présenta au préfet comme la véritable richesse de l'Église. Ce fut un acte de défi calculé, déguisé en obéissance littérale, et il laissa le préfet, selon tous les récits, furieux plutôt qu'amusé. L'affirmation centrale de cette histoire, que l'Église mesurait sa richesse aux personnes qu'elle servait plutôt qu'à l'or, devint l'un des épisodes les plus souvent cités de toute l'histoire de la charité chrétienne, repris par des prédicateurs et des écrivains durant les dix-sept siècles qui suivirent.

Le martyre sur le gril

Ce qui suivit constitue le détail pour lequel Laurent demeure le plus connu : la tradition rapporte qu'il fut condamné à être rôti vif sur un gril posé sur des braises, un mode d'exécution d'une cruauté particulière même selon les critères des persécutions romaines. Au milieu de son supplice, dit la tradition, Laurent aurait dit à ses bourreaux, avec un calme apparemment sincère, de le retourner, puisqu'il était déjà cuit de ce côté-là, un mot cité comme exemple d'un courage extraordinaire, voire d'un humour noir, face à une souffrance insupportable.

Les historiens modernes traitent le récit du gril avec une certaine prudence. Une minorité de chercheurs, s'appuyant sur des ambiguïtés dans les toutes premières mentions de sa mort, ont suggéré que Laurent aurait en réalité pu être décapité comme les autres martyrs romains de cette même vague de persécution, et que le récit plus spectaculaire du gril se serait développé par la suite, peut-être à partir d'une erreur de copiste dans un premier compte rendu. L'Église n'a jamais tranché définitivement cette question, et la tradition liturgique ancienne comme des siècles d'art chrétien ont massivement privilégié le récit du gril, ce qui explique pourquoi Laurent est si souvent représenté en peinture et en sculpture tenant l'instrument de son supplice. Quelle que soit la version historiquement exacte, Laurent mourut le 10 août 258, quatre jours après Sixte, exactement comme le pape l'aurait prédit.

Un culte qui façonna Rome

Le martyre de Laurent laissa une empreinte particulièrement profonde sur la ville de Rome elle-même. En quelques générations, il était devenu l'un des martyrs les plus vénérés de toute l'Église romaine, placé dans la dévotion populaire aux côtés des apôtres Pierre et Paul, une élévation extraordinaire pour un diacre plutôt qu'un évêque ou un apôtre. La basilique San Lorenzo fuori le Mura, l'une des sept églises de pèlerinage traditionnelles de Rome, fut bâtie sur le site traditionnel de sa sépulture, le long de la via Tiburtina, et elle demeure aujourd'hui l'une des églises les plus importantes de la ville sur le plan historique.

Sa fête, célébrée le 10 août, est observée avec une solennité particulière à Rome depuis l'Antiquité, et il est mentionné dans le Canon romain de la messe aux côtés de Sixte II et d'autres martyrs romains des premiers temps. En raison des circonstances de sa mort, il devint, d'une manière quelque peu inattendue, patron des cuisiniers et de ceux qui travaillent avec le feu, et sa réputation de défi paisible face au supplice en a également fait un patron associé à l'humour et aux comédiens, rappel que même les chapitres les plus sombres de l'histoire ancienne de l'Église ont produit des figures dont on se souvient autant pour leur calme que pour leur souffrance.

Trivia

Qui était saint Laurent de Rome ?
Laurent était l'un des sept diacres de Rome sous le pape Sixte II, chargé d'administrer les finances de l'Église et son œuvre en faveur des pauvres ; il fut martyrisé le 10 août 258, quatre jours après le pape, durant la persécution de l'empereur Valérien.
Quelle est l'histoire de Laurent et des trésors de l'Église ?
Selon la tradition, le préfet de Rome exigea que Laurent lui livre les trésors de l'Église. Laurent passa trois jours à distribuer aux pauvres les fonds dont il disposait, puis présenta au préfet les mendiants, les veuves et les infirmes de la ville, déclarant que voilà les véritables trésors de l'Église.
Comment saint Laurent fut-il martyrisé ?
La tradition rapporte qu'il fut rôti vif sur un gril, et qu'au milieu de son supplice il aurait demandé à ses bourreaux de le retourner, se disant « cuit de ce côté-là » — un détail que les historiens traitent avec prudence, certains estimant que le récit original décrivait une décapitation, le gril ayant été ajouté plus tard.
Pourquoi associe-t-on Laurent à l'humour face à la mort ?
Le mot célèbre qu'on lui prête sur le gril, demandant à être retourné parce qu'il était cuit d'un côté, est cité depuis des siècles, y compris par saint Ambroise quelques décennies après sa mort, comme un exemple d'un calme extraordinaire, voire d'esprit, dans la pire des souffrances.
De quoi saint Laurent est-il le patron ?
Il est vénéré comme patron des cuisiniers, des comédiens et des pauvres, et l'une des plus importantes basiliques de Rome, San Lorenzo fuori le Mura, est bâtie sur le site traditionnel de sa sépulture. Sa fête est le 10 août.
✦   Link copied

Find us

Explore the full collection and bring sacred art into your home.