Saints Pontien, pape, et Hippolyte, prêtre, martyrs

Pendant près de vingt ans, Hippolyte avait dirigé à Rome une faction dissidente, s'érigeant en évêque rival face à trois papes légitimes successifs qu'il jugeait trop laxistes. Puis, en l'an 235, les autorités romaines l'arrêtèrent, lui et le pape régnant, Pontien, et les déportèrent ensemble vers les mêmes mines pénitentiaires impitoyables de l'île de Sardaigne. Ce qui se produisit entre deux rivaux acharnés durant cet exil commun devint l'un des premiers et des plus frappants récits de réconciliation de toute l'histoire de la papauté.

Un schisme qui traversa trois pontificats

Hippolyte compte parmi les figures les plus déconcertantes de l'Église romaine du début du IIIe siècle, un prêtre véritablement érudit et un écrivain théologien prolifique, dont les vastes travaux sur l'Écriture, la discipline ecclésiastique et la pratique chrétienne firent de lui l'un des intellectuels les plus marquants de la communauté chrétienne romaine de son temps. Cette stature intellectuelle, alliée à des convictions fortes sur la manière dont l'Église devait traiter le péché grave et la discipline en son sein, le mit en désaccord avec une succession d'évêques de Rome qu'il jugeait dangereusement indulgents.

Une gravure du XIXe siècle des anciennes catacombes romaines, évoquant le cadre de l'exil et de la mort des deux martyrs.

Gravure anonyme des catacombes romaines, planche d'un livre de 1846 — domaine public.

Le différend cristallisa sous le pontificat de Calixte Ier, qui gouverna de 217 à 222 et dont la volonté de réadmettre à la communion certains pécheurs graves après une pénitence appropriée parut à Hippolyte et à ses partisans une compromission corrosive de la discipline ecclésiale. Plutôt que de simplement exprimer son désaccord, Hippolyte laissa ses partisans l'instituer évêque rival de Rome, une position que les historiens modernes décrivent généralement comme le premier antipape significatif de l'histoire de l'Église, bien que la terminologie et la nature exacte de cette rupture demeurent débattues. Le schisme persista sous les pontificats des deux successeurs immédiats de Calixte, Urbain Ier et Pontien, ce qui signifie qu'Hippolyte maintint sa prétention rivale face à trois papes légitimes durant près de vingt ans.

La persécution rattrape les deux hommes

Ce long différend interne fut brusquement dépassé par les événements extérieurs en 235, lorsque l'empereur Maximin le Thrace, qui avait saisi le pouvoir cette année-là au cœur de l'instabilité plus large de la crise du IIIe siècle romain, lança une persécution visant spécifiquement le clergé chrétien, voyant dans la hiérarchie de l'Église une source d'influence dangereuse à neutraliser. Les autorités romaines arrêtèrent Pontien, le pape régnant, et, fait notable, Hippolyte également, traitant apparemment l'évêque rival comme fonctionnellement équivalent au légitime aux fins de la persécution, détail qui en dit long sur la visibilité et l'implantation qu'avait atteintes la communauté rivale d'Hippolyte à Rome à cette date.

Les deux hommes furent condamnés aux mines de Sardaigne, une peine largement comprise dans le monde romain comme une mort lente en soi, étant donné les conditions brutales, la nourriture insuffisante et le travail forcé incessant infligés aux prisonniers qui y étaient envoyés. C'était, en pratique, un exil dont peu revenaient. Ce destin partagé plaça le pape et l'évêque rival côte à côte, dans les mêmes circonstances désespérées, dépouillés des distinctions ecclésiastiques et sociales qui avaient défini leur long conflit à Rome.

Une réconciliation dans les mines

La tradition rapporte, et la plupart des historiens de la période le jugent plausible même si les détails précis ne peuvent être vérifiés avec une certitude totale, que la souffrance partagée des mines de Sardaigne provoqua une réconciliation authentique entre les deux hommes. Hippolyte aurait renoncé à sa position schismatique et exhorté les partisans qui lui étaient restés fidèles à Rome à revenir à la communion avec l'Église légitime, un revirement qui, s'il est exact, représente l'un des actes de réconciliation les plus anciens et les plus lourds de conséquences de toute l'histoire des divisions internes de l'Église.

Avant son exil, conscient qu'il affrontait une mort presque certaine en Sardaigne, Pontien fit le geste extraordinaire de renoncer formellement à la papauté le 28 septembre 235, plutôt que de simplement mourir en fonction sans pouvoir exercer son ministère d'évêque depuis une lointaine colonie pénitentiaire. Cet acte, sans précédent à l'époque, permit à l'Église romaine d'élire un successeur, Anthère, sans la confusion et les divisions supplémentaires qu'aurait pu provoquer une papauté indéfiniment vacante ou incapacitée. Les historiens considèrent généralement la démission de Pontien comme la première renonciation volontaire clairement documentée de la charge papale, une décision pratique et frappante prise dans les circonstances les plus extrêmes.

Des corps ramenés à Rome

Pontien et Hippolyte moururent tous deux en Sardaigne, épuisés par les conditions de leur travail forcé, probablement à peu d'intervalle l'un de l'autre, bien que les dates exactes ne soient pas conservées. Leurs dépouilles furent finalement ramenées à Rome, dit-on par le pape Fabien vers 236 ou peu après, et inhumées avec honneur, Pontien dans la crypte papale de la catacombe de Calixte et Hippolyte dans un cimetière de la via Tiburtina, un lieu de repos qui donna plus tard son nom à une basilique romaine bâtie en son honneur.

L'histoire de leur réconciliation, conservée par la tradition liturgique et historique postérieure plutôt que par un unique témoignage contemporain, a été citée à travers les siècles comme un exemple de la manière dont la souffrance partagée et le martyre finalement atteint purent surmonter l'une des plus anciennes et des plus longues divisions internes de l'Église romaine. Leur fête commune, célébrée le 13 août, honore les deux hommes ensemble, une déclaration liturgique délibérée affirmant que l'unité, même après un schisme aussi long et amer, demeurait possible et fut en fait atteinte avant la fin de leurs deux vies.

Hippolyte, l'écrivain

Quel que soit le sort de sa prétention rivale au siège de Rome, Hippolyte laissa derrière lui l'un des corpus théologiques les plus substantiels à nous être parvenus du début du IIIe siècle, et c'est en grande partie grâce à cet héritage que les chrétiens postérieurs le connurent. Son traité connu sous le nom de Tradition apostolique — dont l'auteur exact est encore débattu par les chercheurs, mais dont l'œuvre est depuis longtemps associée à son nom — offre l'une des premières descriptions détaillées de la pratique liturgique chrétienne, y compris les rites du baptême, de l'ordination et de la célébration de l'eucharistie. Des passages de sa prière eucharistique ont influencé la formulation de l'une des prières eucharistiques employées aujourd'hui dans la messe catholique, destin étonnant pour un texte écrit par un homme qui passa vingt ans hors de la communion de Rome. Il écrivit aussi de vastes commentaires bibliques et une œuvre de grande ampleur réfutant les divers courants philosophiques et gnostiques qui rivalisaient avec le christianisme orthodoxe à son époque, un travail qui révèle un esprit davantage préoccupé de défendre la foi contre les menaces extérieures que du différend interne qui finit par définir sa réputation.

Pourquoi l'Église les commémore ensemble

Associer un pape légitime à un homme qui passa l'essentiel de sa vie publique à s'opposer aux prédécesseurs de ce pape constitue un choix inhabituel pour une fête commune, et cela reflète une insistance délibérée sur le dénouement de leur histoire plutôt que sur son milieu. Le calendrier romain ne demande pas aux fidèles de juger le bien-fondé du différend originel sur la discipline ecclésiastique ; il commémore le fait que deux hommes qui s'étaient trouvés de part et d'autre de l'une des premières fractures internes de l'Église achevèrent leur vie au même endroit, sous la même condamnation, réconciliés l'un avec l'autre et avec l'unité de l'Église. Ce cadrage a fait de Pontien et d'Hippolyte une référence naturelle chaque fois que des auteurs chrétiens postérieurs voulaient un exemple de division guérie par la souffrance plutôt que par l'argument ou la revanche. La basilique romaine de San Ippolito, bâtie près de son lieu de sépulture sur la via Tiburtina, a entretenu localement sa mémoire pendant des siècles après que les controverses théologiques qui l'avaient jadis séparé de la papauté eurent été oubliées de tous, sauf des historiens.

Trivia

Qui était le pape Pontien ?
Pontien fut évêque de Rome de 230 à 235. Lorsque l'empereur Maximin le Thrace lança une persécution visant le clergé chrétien, Pontien fut arrêté et condamné aux travaux forcés dans les mines de Sardaigne, devenant le premier pape connu à avoir renoncé à sa charge, précisément pour qu'un successeur puisse être élu à Rome.
Qui était Hippolyte, et pourquoi était-il rival du pape ?
Hippolyte était un prêtre et théologien romain érudit qui rompit avec l'Église romaine officielle sur des questions de discipline ecclésiastique et, selon certains récits, de théologie, se laissant instituer évêque rival face à trois papes légitimes successifs durant près de vingt ans.
Comment Pontien et Hippolyte se réconcilièrent-ils ?
Les deux hommes furent arrêtés et envoyés aux mines de Sardaigne durant la persécution de Maximin le Thrace en 235. La tradition rapporte que, dans cet exil commun et brutal, les deux hommes se réconcilièrent, Hippolyte renonçant à son schisme et exhortant ses derniers partisans à revenir à l'unité de l'Église romaine avant que tous deux n'y meurent.
Pourquoi le pape Pontien renonça-t-il à sa charge ?
Face à une mort quasi certaine dans les mines de Sardaigne, Pontien renonça à la papauté le 28 septembre 235, afin que l'Église romaine ne reste pas sans évêque en exercice durant son exil, ce qui fait de lui le premier pape connu à avoir démissionné volontairement de sa charge.
Quand célèbre-t-on la fête des saints Pontien et Hippolyte ?
Leur fête commune est célébrée le 13 août, honorant les deux hommes ensemble comme martyrs et comme signe de la réconciliation que la tradition dit qu'ils atteignirent avant leur mort.
✦   Link copied

Find us

Explore the full collection and bring sacred art into your home.