Saint Sixte II, pape, et ses compagnons, martyrs
Un pape élu entre deux tempêtes
Sixte II devint évêque de Rome en août 257, entrant en fonction durant une brève accalmie entre deux des vagues de persécution les plus dures du IIIe siècle contre les chrétiens. La persécution de Dèce, au début des années 250, avait déjà éprouvé, et dans bien des cas fracturé, les communautés chrétiennes de tout l'empire, contraignant des milliers de croyants à choisir entre le sacrifice public aux dieux romains et la perte de leurs biens, de leur liberté ou de leur vie. Beaucoup de chrétiens avaient failli sous cette pression, et la question de leur sort ultérieur, celle de savoir s'ils pouvaient être réadmis à la communion et selon quelles modalités, avait ouvert une controverse amère et durable au sein de l'Église.
Anonyme, école romaine, XVIIe siècle, portrait du pape Sixte II — domaine public.
Cette controverse s'était envenimée au point de séparer Rome des Églises d'Afrique du Nord, en particulier de la communauté conduite par Cyprien de Carthage, sur la question précise de savoir si des évêques ayant failli puis rebaptisés par des groupes schismatiques pouvaient valablement baptiser d'autres personnes, et si de tels convertis devaient être rebaptisés à leur retour dans l'Église catholique. Sixte II, selon la plupart des sources conservées, s'employa durant son court pontificat à réparer cette fracture, échangeant des lettres avec Cyprien et apaisant des tensions qui menaçaient de faire basculer les christianismes romain et africain dans un schisme ouvert. C'est l'une des ironies de son bref pontificat qu'un pape principalement retenu pour son martyre soit aussi reconnu, par les historiens de la période, comme une sorte d'artisan de paix parmi des évêques en conflit.
L'édit qui le tua
Cette accalmie relative prit fin en 257, lorsque l'empereur Valérien publia un premier édit restreignant les assemblées chrétiennes et ordonnant au clergé de participer aux rites religieux approuvés par l'État sous peine d'exil. Un second édit, bien plus dur, suivit en 258 : il ordonnait l'exécution immédiate des évêques, prêtres et diacres, ainsi que la confiscation des biens et l'exécution possible des laïcs chrétiens de premier plan qui refuseraient de s'y conformer. Les motivations de Valérien semblent avoir mêlé un conservatisme religieux à des inquiétudes plus pratiques touchant l'unité de l'empire en temps de guerre et les besoins du trésor public, dans une période de forte pression militaire sur la frontière orientale de Rome, mais quel qu'en fût le calcul sous-jacent, l'effet sur le clergé chrétien fut immédiat et mortel.
Sixte figura parmi les premières victimes du nouvel édit. Le 6 août 258, il présidait une assemblée liturgique dans la catacombe de Prétextat, le long de la voie Appienne à l'extérieur de Rome, ces catacombes servant alors de lieux relativement sûrs, bien que non sans risque, où les chrétiens pouvaient ensevelir leurs morts et se réunir pour le culte, loin des regards. Des soldats romains l'y trouvèrent et l'exécutèrent sur place, avec quatre de ses sept diacres, le décapitant, dit-on, alors qu'il siégeait sur la chaire même depuis laquelle il enseignait. Deux autres de ses diacres furent tués dans les jours suivants, en d'autres lieux de la ville.
Les quatre jours de Laurent
Parmi les diacres qui échappèrent à cette première rafle se trouvait Laurent, le plus ancien des sept diacres de Rome, chargé d'administrer les ressources matérielles de l'Église romaine, dont ses fonds destinés au secours des pauvres. La tradition, consignée par des auteurs postérieurs, dont saint Ambroise quelques décennies à peine après les faits, rapporte que Laurent suivit Sixte tandis qu'on le conduisait à son exécution, bouleversé d'être séparé du pape qu'il avait servi. Sixte lui aurait dit de ne pas s'affliger, puisque Laurent le suivrait lui-même dans les trois jours.
Que cet échange précis ait eu lieu exactement comme les auteurs ultérieurs l'ont rapporté ou non, la suite des événements est bien attestée : les autorités romaines, sachant que Laurent contrôlait les ressources financières de l'Église, lui accordèrent trois jours pour livrer les trésors de l'Église. Laurent passa ces jours à distribuer aux pauvres de Rome les fonds et les biens dont il disposait, puis présenta au préfet la foule des mendiants, des veuves et des infirmes rassemblés comme les véritables trésors de l'Église qu'on lui avait demandé de produire. Il fut martyrisé le 10 août 258, quatre jours après Sixte, devenant l'un des martyrs les plus vénérés de toute l'histoire de l'Église romaine.
Un nom gravé à l'autel
Le martyre de Sixte II, aussi soudain et public fût-il, marqua profondément et durablement la communauté chrétienne romaine, et son nom fut inscrit parmi le petit nombre de saints et martyrs mentionnés dans le Canon romain, l'antique prière eucharistique qui forme le noyau historique de la messe du rite romain et qui est encore récitée aujourd'hui. Peu de papes du IIIe siècle sont commémorés avec une telle précision de détails, jusqu'au lieu exact et à la manière de leur mort, témoignage de la vivacité avec laquelle les événements de cet août 258 furent conservés par la génération qui en fut témoin.
Sa fête, célébrée le 7 août, précède de peu celle de Laurent le 10 août, conservant dans le calendrier liturgique lui-même la même succession étroite d'événements qui lia le pape et le diacre dans les derniers jours de leur vie. La catacombe de Prétextat, où il mourut, demeure l'un des sites de la Rome chrétienne primitive qui continue d'attirer chercheurs et pèlerins intéressés par le cadre matériel des persécutions qui façonnèrent l'Église naissante.






