Saint Pierre Claver
Un novice catalan en partance pour les Indes
Pierre Claver naît le 26 juin 1580 à Verdú, une petite ville de Catalogne, en Espagne, et entre jeune homme dans la Compagnie de Jésus, se formant à Barcelone puis au collège jésuite de Majorque, où un portier nommé Alphonse Rodriguez — lui-même canonisé par la suite — l'aurait encouragé à se tourner vers les missions des Amériques. Claver s'embarque pour le Nouveau Monde en 1610 et est envoyé à Carthagène, sur la côte caraïbe de l'actuelle Colombie, alors l'un des principaux ports par lesquels les Africains réduits en esclavage arrivaient en Amérique du Sud espagnole. Il y est ordonné prêtre en 1616 et passera pratiquement le reste de sa vie, près de quarante ans, dans cette seule ville.
Graveur inconnu, Saint Pierre Claver, planche tirée de Galerie illustrée de la Compagnie de Jésus, Paris, XIXe siècle, Bibliothèques de la KU Leuven — domaine public.
Accueillir les navires au quai
Le port de Carthagène recevait les navires négriers selon un rythme lugubre et régulier, et les conditions dans les cales étaient catastrophiques, même selon les critères de ce commerce : surpeuplement, maladies, et un taux de mortalité pendant la traversée qui atteignait couramment des centaines de personnes par voyage. Claver prit l'habitude de monter à bord de ces navires dès leur arrivée, avant que les hommes, femmes et enfants réduits en esclavage ne soient conduits dans les enclos et entrepôts où ils seraient vendus. Il descendait lui-même dans la cale, apportant eau, pain, citrons, eau-de-vie et tous les médicaments qu'il pouvait rassembler, soignant des gens malades, blessés et terrifiés, travaillant souvent au cœur d'épidémies qui tuaient marins et dockers autour de lui. Il apprit suffisamment de plusieurs langues africaines et s'appuya sur des interprètes pour s'adresser directement aux nouveaux arrivants, leur offrant une instruction élémentaire dans la foi chrétienne et, en très grand nombre au fil des années, le baptême — les sources estiment le total des baptisés sur l'ensemble de son ministère à plusieurs centaines de milliers, bien que la tenue des registres de l'époque rende impossible d'établir un chiffre exact avec précision.
« Esclave des Africains, pour toujours »
Claver décrivit sa propre vocation par une formule qu'il attachait à son nom dans les registres de mission : Petrus Claver, aethiopum semper servus — « Pierre Claver, esclave des Africains pour toujours ». C'est une description de soi frappante et bien documentée, et elle traduit quelque chose de réel dans la manière dont il comprenait son œuvre : non comme une charité occasionnelle, mais comme une identité permanente qu'il avait endossée. Au-delà des quais, il continuait de visiter la population réduite en esclavage de Carthagène dans les plantations et les maisons où elle était retenue, et il exerçait aussi son ministère auprès des prisonniers et des condamnés en route vers l'exécution — quiconque le reste de la société coloniale traitait comme indigne d'une attention pastorale ordinaire.
Ce que fut son ministère, et ce qu'il ne fut pas
Il importe d'être honnête sur la forme réelle du travail de Claver plutôt que de la lisser en une histoire plus simple qu'elle ne le fut. Il ne mena aucune campagne contre l'institution de l'esclavage ni contre la traite transatlantique elle-même, et rien dans les archives ne suggère qu'il ait vu cela comme sa mission. Le système économique et juridique qui amenait des navires entiers d'Africains réduits en esclavage dans le port de Carthagène continua de fonctionner autour de lui toute sa vie, sans qu'il le conteste jamais de façon organisée — un fait que les lecteurs d'aujourd'hui doivent regarder en face plutôt que de le résoudre en une étiquette plus commode mais anachronique comme « abolitionniste », qui ne correspond pas à ce qu'il fit réellement. Ce qu'il fit, en revanche, ce fut d'insister, navire après navire, décennie après décennie, sur le fait que les êtres humains qui débarquaient dans cette cale méritaient eau, soins, dignité et la même foi que la sienne — et il appuya cette insistance de sa propre personne, s'exposant sans relâche à des maladies contagieuses et à un labeur physique éreintant que la plupart de ses confrères du clergé de la ville évitaient entièrement. C'est là une forme de compassion réelle, personnellement coûteuse et radicale à l'intérieur d'un système monstrueux, même si elle s'arrêtait bien avant de s'opposer à l'existence de ce système.
Canonisation et patronage
Pierre Claver meurt à Carthagène le 8 septembre 1654, épuisé par des décennies de labeur et par une dernière maladie qui le laissa largement oublié et négligé durant ses derniers mois — un détail que certains récits relèvent avec une certaine amertume, au regard de tout ce qu'il avait donné à cette ville. Il fut canonisé par le pape Léon XIII en 1888, en même temps qu'Alphonse Rodriguez, le portier dont les encouragements l'avaient jadis mis sur cette voie. Léon XIII déclara aussi Claver patron de l'action missionnaire auprès des personnes noires et des personnes d'ascendance africaine, une désignation toujours en vigueur. Sa fête est célébrée le 9 septembre, et ses reliques reposent dans l'église de Carthagène qui porte aujourd'hui son nom, aux côtés du sanctuaire qui attire des pèlerins de toute l'Amérique latine et au-delà.






