Saint René Goupil
Un chirurgien détourné du sacerdoce
René Goupil naquit en 1608 près d'Angers, dans l'ouest de la France. Jeune homme, il entra au noviciat jésuite, attiré par la vie religieuse dans le même ordre qui avait, une génération à peine plus tôt, commencé à envoyer des missionnaires au cœur du territoire inconnu et souvent dangereux de la Nouvelle-France, les possessions coloniales françaises dans ce qui est aujourd'hui l'est du Canada. Son noviciat ne mena pas à l'ordination — les supérieurs jésuites de l'époque jugèrent un handicap auditif qu'il avait développé incompatible avec les exigences du ministère de l'ordre, et il fut renvoyé avant d'achever sa formation.
Les martyrs canadiens, illustration de dévotion publiée par les pères jésuites de Québec, début du XXe siècle, Wikimedia Commons — domaine public.
Plutôt que de traiter ce renvoi comme la fin de tout lien avec la mission jésuite, Goupil se forma à la place comme chirurgien, une compétence qui s'avéra ouvrir une voie différente, mais toujours véritablement précieuse, vers le même travail qu'il avait originellement espéré rejoindre comme prêtre. En 1638, il traversa l'Atlantique vers la Nouvelle-France et offrit ses services médicaux à la mission jésuite là-bas entièrement sans salaire, servant comme auxiliaire laïc officieux — un rôle que les jésuites appelaient « donné », un laïc offrant formellement son travail et ses compétences à la mission à la place des vœux religieux qu'il n'était pas autorisé, ou dans son cas pas capable, à prononcer.
Vie et travail sur le terrain de mission
La formation médicale de Goupil le rendit immédiatement utile à une mission opérant dans des conditions véritablement difficiles, s'occupant des besoins sanitaires tant des missionnaires français que des communautés autochtones parmi lesquelles ils travaillaient, à une époque où les maladies introduites par les Européens causaient des pertes dévastatrices au sein de ces communautés et où les soins médicaux de base de toute sorte manquaient constamment. Il travailla étroitement avec les missionnaires jésuites postés dans la région, dont Isaac Jogues, l'un des prêtres les plus actifs de la mission, dont le propre destin allait bientôt converger directement avec celui de Goupil dans des circonstances qu'aucun des deux hommes n'aurait pu contrôler.
En août 1642, Goupil voyageait avec Jogues et un groupe de convertis hurons sur le fleuve Saint-Laurent lorsque leur groupe fut pris en embuscade par des guerriers mohawks — les Mohawks étant l'une des nations de la Confédération iroquoise, alors engagée dans un conflit grandissant et souvent brutal avec les Français et leurs alliés hurons pour le contrôle des routes commerciales et du territoire. Goupil et Jogues furent capturés, avec plusieurs de leurs compagnons hurons, et conduits à un village mohawk, où ils furent soumis à des tortures rituelles courantes dans le traitement iroquois des prisonniers de guerre de l'époque, avant d'être gardés comme prisonniers au sein du village plutôt que tués sur-le-champ.
Tué pour un signe de croix
La mort de Goupil, environ six semaines après sa capture, survint dans des circonstances que Jogues lui-même documenta plus tard en détail, en ayant été témoin direct. Selon le propre récit de Jogues, Goupil traça un signe de croix sur le front d'un jeune enfant à la demande de la grand-mère de l'enfant — un geste de dévotion simple, nullement destiné à représenter une quelconque menace. Certains membres du village, cependant, auraient interprété ce geste inconnu avec suspicion, l'associant à de la sorcellerie ou à une malédiction, au milieu d'inquiétudes plus larges au sein de la communauté à propos des maladies et des malheurs de plus en plus attribués aux Européens et à leurs coutumes étrangères.
Le 29 septembre 1642, un guerrier mohawk abattit Goupil d'un coup de tomahawk alors que lui et Jogues marchaient et priaient ensemble aux abords du village. Jogues, qui survécut à l'attaque qui tua son compagnon et serait lui-même martyrisé sur le même terrain de mission quatre ans plus tard, reconnut immédiatement ce dont il avait été témoin — consignant la mort de Goupil comme un véritable martyre, tué spécifiquement en raison d'un acte de dévotion chrétienne, même si Goupil lui-même n'avait jamais été ordonné et ne détenait aucun titre religieux formel au sein de l'Église.
Le premier des Martyrs canadiens
La mort de Goupil en 1642 fait de lui, chronologiquement, le premier du groupe de huit missionnaires jésuites et compagnons laïcs qui exercèrent un ministère sur le même terrain de mission de Nouvelle-France durant cette période troublée et qui furent plus tard canonisés ensemble comme les Martyrs canadiens — un groupe qui inclut Isaac Jogues lui-même, aux côtés de Jean de Brébeuf, dont le propre martyre cinq ans plus tard en territoire huron est de même retenu comme faisant partie de cette histoire commune des années les plus précoces et les plus dangereuses de la mission.
Le pape Pie XI canonisa le groupe ensemble en 1930, reconnaissant formellement ce que Jogues avait déjà consigné comme un fait à l'époque : que René Goupil, bien qu'il n'ait jamais été ordonné prêtre ni autorisé à prononcer des vœux religieux complets, était mort en véritable martyr chrétien, tué pour un acte de dévotion simple et sans hésitation. Sa fête est célébrée, aux côtés des autres Martyrs canadiens, le 19 octobre aux États-Unis et le 26 septembre au Canada, et il demeure un rappel particulier que la sainteté, dans la propre compréhension de l'Église, n'a jamais été limitée aux ordonnés — le chemin de Goupil vers la canonisation passa, en fin de compte, par exactement ce service médical laïc que les jésuites lui avaient un jour dit pouvoir offrir à la place du sacerdoce.






