Le Symbole des Apôtres — origines, sens et place dans la prière catholique
Une légende sur sa rédaction, et une vérité plus discrète
L'histoire des douze apôtres contribuant chacun une phrase fut largement racontée dans l'Église du haut Moyen Âge et donna au symbole son nom, mais ce n'est pas de l'histoire — c'est une légende pieuse apparue des siècles après l'âge apostolique lui-même, destinée à souligner l'autorité apostolique du symbole plutôt qu'à décrire sa rédaction littérale. Une version populaire de la légende allait jusqu'à attribuer une clause précise à chaque apôtre nommément — Pierre aurait prononcé la première phrase sur Dieu le Père, André aurait ajouté celle sur le Christ, et ainsi de suite tout au long de la liste —, un niveau de précision qui rendait l'histoire mémorable et facile à prêcher, bien qu'aucune trace historique ne la corrobore.
Léonard de Vinci, La Cène, 1495–1498 (domaine public)
L'origine réelle est plus progressive : le Symbole des Apôtres est né d'une ancienne formule baptismale utilisée dans l'Église de Rome, connue des spécialistes sous le nom de Vieux Symbole romain, en usage sous une forme plus courte dès au moins le deuxième siècle. Les candidats au baptême dans l'Église primitive mémorisaient ce type de formule au cours d'un long catéchuménat — la période d'instruction et de préparation qui pouvait durer des mois, voire des années, avant qu'une personne ne soit reçue dans la communauté chrétienne — et la récitaient à voix haute comme leur propre profession de foi devant les fonts baptismaux. Au fil des siècles suivants, il fut développé et standardisé, atteignant une formulation proche de celle utilisée aujourd'hui vers le huitième siècle en Gaule, d'où il se répandit ensuite dans l'ensemble de l'Église d'Occident, supplantant peu à peu les variantes régionales pour se fixer dans le texte immuable en usage depuis lors. Le nom lui est resté non parce que les Douze l'auraient écrit, mais parce que l'Église a toujours reconnu en lui un résumé fidèle de ce que les apôtres eux-mêmes proclamaient.
Ce que professe le symbole
Le texte se déploie en trois mouvements, suivant les personnes de la Trinité. Il s'ouvre sur la foi « en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ». Il se tourne ensuite plus longuement vers Jésus Christ — « conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie », sa souffrance « sous Ponce Pilate », sa crucifixion, sa mort, sa mise au tombeau et sa descente « aux enfers », sa résurrection « le troisième jour », son ascension, et son siège « à la droite de Dieu le Père tout-puissant », d'où il viendra « juger les vivants et les morts ». Il se termine par la foi « en l'Esprit Saint, la sainte Église catholique, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle ».
Cette phrase sur la descente du Christ « aux enfers » nécessite souvent une explication : elle ne signifie pas que le Christ ait subi la damnation. Le Catéchisme la comprend comme la mission salvatrice du Christ atteignant jusqu'aux morts qui l'ont précédé — traditionnellement représentée par le Christ ouvrant les portes aux justes de l'Ancien Testament, parfois appelée « la délivrance des enfers ».
Où il est prié aujourd'hui
Contrairement au Symbole de Nicée, forgé lors de deux grands conciles œcuméniques et ordinairement récité à la messe du dimanche, le Symbole des Apôtres vit principalement dans deux autres contextes. C'est le symbole utilisé au baptême, où le célébrant en soumet les affirmations aux parents et parrains (ou au candidat adulte) sous forme d'une série de questions — « Croyez-vous en Dieu, le Père tout-puissant... » — auxquelles on répond « Je crois » à chaque étape, transformant le symbole en un échange vivant plutôt qu'en un texte récité. Et c'est la prière qui ouvre le Rosaire, dite sur le crucifix avant même d'atteindre le premier grain, plaçant toute la dévotion dans le cadre de la foi chrétienne de base avant d'entrer dans ses vingt mystères de la vie du Christ.
Le Catéchisme de l'Église catholique s'appuie sur le Symbole des Apôtres comme sur son propre cadre organisateur, structurant l'ensemble de sa première partie article par article autour des douze articles du symbole — signe que l'Église continue de traiter ce texte bref comme l'ossature de son enseignement, et non comme un simple vestige historique des premiers siècles de la foi. Les programmes paroissiaux du catéchuménat des adultes (le processus par lequel des adultes entrent dans l'Église catholique) utilisent encore aujourd'hui la structure du symbole pour organiser des mois de formation, parcourant article après article le même terrain que couvraient autrefois les anciens catéchumènes.
La communion des saints et la résurrection de la chair
Deux des affirmations finales du symbole méritent qu'on s'y attarde, car chacune condense énormément de sens en peu de mots. « La communion des saints » affirme que tous les croyants — les fidèles vivants encore engagés dans leur pèlerinage terrestre, les âmes en voie de purification au purgatoire, et les saints jouissant déjà de la vision de Dieu au ciel — demeurent unis en un seul corps spirituel par le Christ, capables de prier les uns pour les autres et de se soutenir mutuellement par-delà cette frontière. C'est le fondement doctrinal de deux habitudes catholiques tout à fait ordinaires : prier pour des proches défunts, et demander à tel saint d'intercéder pour un besoin précis — le même élan qui anime la vénération, depuis des siècles, de tant de saints comme patrons et protecteurs.
« La résurrection de la chair » formule une affirmation tout aussi précise, et tout aussi facile à mal comprendre. Il ne s'agit pas simplement d'une promesse que l'âme survit à la mort — la plupart des philosophies anciennes, païennes comme chrétiennes, tenaient déjà cela pour acquis. Il s'agit de l'affirmation bien plus étrange et bien plus physique que le corps lui-même sera ressuscité et réuni à l'âme à la fin des temps, suivant le modèle de la propre résurrection corporelle du Christ au matin de Pâques. Cette conviction explique en partie pourquoi l'Église catholique a historiquement préféré l'inhumation à la crémation, et pourquoi, même là où la crémation est aujourd'hui permise, elle demande que les cendres soient enterrées ou déposées dans un lieu sacré plutôt que dispersées ou conservées à la maison.
Un symbole court, porteur d'une longue histoire
Pour quelque chose d'aussi bref — il faut moins d'une minute pour le réciter — le Symbole des Apôtres porte une somme considérable de contenu doctrinal : la Trinité, l'Incarnation, la Passion, la Résurrection, l'Église et l'espérance de la vie éternelle, tout cela condensé en une douzaine de courtes propositions. Cette densité, combinée à son association (aussi légendaire soit-elle dans son récit littéral) avec les apôtres eux-mêmes, explique précisément pourquoi il est devenu le texte par défaut de l'Église pour le moment où une personne est initiée pour la première fois à la foi devant les fonts baptismaux.






