La création de la lumière — « Que la lumière soit »

Un commandement, non une construction
La Genèse ne s'ouvre pas sur Dieu en train de bâtir quoi que ce soit. Elle s'ouvre sur la description d'une absence : "la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux" (Bible de Jérusalem, Genèse 1,2). Pas de lumière, pas de forme, pas d'ordre — seulement un abîme informe et, planant au-dessus, ce "vent de Dieu" que de nombreuses traductions rendent par l'esprit ou le souffle divin, déjà présent à la lisière du néant.
Michel-Ange, « Séparation de la lumière et des ténèbres », 1512, plafond de la chapelle Sixtine, Vatican — domaine public.
Dans ce vide surgit la toute première réplique de dialogue de la Bible entière : "Dieu dit: Que la lumière soit et la lumière fut" (Bible de Jérusalem, Genèse 1,3). Aucun effort n'est décrit, aucune matière, aucun processus. Le texte ne dit pas que Dieu fabrique la lumière comme un artisan façonne un objet. Il parle, et la chose existe, tout simplement. Les théologiens y voient depuis longtemps l'exemple le plus clair, dans toute l'Écriture, de ce que l'on appelle la creatio ex nihilo — la création à partir de rien du tout — accomplie par la seule autorité d'une parole divine.
Les commentateurs chrétiens des premiers siècles se sont beaucoup arrêtés sur cet écart entre dire et faire. Saint Augustin, dans ses Confessions, voyait dans ce commandement initial la preuve que la volonté de Dieu et l'action de Dieu ne font qu'un seul et même acte — que pour Dieu, dire, c'est accomplir, sans intervalle entre les deux, contrairement à tout artisan humain. Il s'est aussi interrogé sur ce que pouvait signifier le fait que le temps lui-même commence avec ce premier acte, puisque « avant » et « après » ne prennent sens qu'à partir du moment où quelque chose existe pour les mesurer — c'est en partie pourquoi le texte passe aussitôt du commandement au décompte des jours.
Pourquoi l'ordre a son importance
Les lecteurs remarquent depuis des siècles que la lumière apparaît le premier jour, alors que le soleil, la lune et les étoiles ne sont créés que le quatrième jour (Genèse 1,14-19). La Genèse n'est pas rédigée comme un exposé scientifique des processus physiques, et son public ancien ne se posait pas les mêmes questions que le lecteur moderne. Ce que cette séquence accomplit relève de la théologie : la lumière elle-même — et non une quelconque source de lumière — appartient directement à Dieu, avant et indépendamment des grands luminaires qui gouverneront plus tard le jour et la nuit. Dans ce récit, ce n'est pas le soleil qui possède la clarté du jour, c'est Dieu ; le soleil en est simplement chargé par la suite.
Cela installe aussi, en filigrane, un argument discret qui traverse tout le chapitre. Beaucoup des peuples entourant l'ancien Israël adoraient le soleil lui-même comme un dieu — les Égyptiens vénéraient Rê, et la religion mésopotamienne accordait au dieu-soleil Shamash une place centrale dans son panthéon, pour ne citer que deux des voisins proches d'Israël. En plaçant la lumière avant le soleil, et en décrivant le soleil, au quatrième jour, comme une chose fabriquée, mise en place pour "commander au jour et à la nuit" (Genèse 1,18) plutôt que comme une divinité en soi, le texte prend ses distances avec cette vision du monde dès sa toute première page. C'est une rétrogradation livrée presque en passant : l'objet même auquel des empires entiers bâtissaient des temples se voit ici réduit à quelque chose de proche d'un simple luminaire, suspendu après coup par un Dieu qui produisait déjà de la lumière sans lui.
Bonne, puis séparée
Une fois la lumière apparue, le texte ajoute un détail modeste mais essentiel : "Dieu vit que la lumière était bonne" (Bible de Jérusalem, Genèse 1,4). C'est la première des sept occurrences du mot "bon" dans tout le récit de la création, un refrain qui prépare le verdict final de Genèse 1,31 — Dieu regarda tout ce qu'il avait fait, et le trouva très bon. La bonté, en d'autres termes, n'est pas un jugement ajouté après coup à la création. Elle est présente dès la toute première chose appelée à l'existence.
Dieu "sépara la lumière et les ténèbres" (Genèse 1,4) et donne un nom aux deux : "Dieu appela la lumière 'jour' et les ténèbres 'nuit'" (Bible de Jérusalem, Genèse 1,5). Le chapitre clôt son premier jour par une formule qui reviendra six fois encore, marquant le rythme de tout le récit : "Il y eut un soir et il y eut un matin: premier jour" (Genèse 1,5).
Une phrase d'ouverture qui résonne au-delà
"Que la lumière soit" — rendu dans la célèbre formule latine de la Vulgate, Fiat lux — est devenu l'une des phrases les plus citées de la littérature et de l'art occidentaux, bien au-delà de son contexte d'origine, précisément à cause de ce qu'elle met en scène : un ordre surgissant du chaos par la seule vertu d'une parole. L'Évangile de Jean semble délibérément faire écho à cette ouverture lorsqu'il commence son propre récit du Christ par "Au commencement était le Verbe" (Jean 1,1), reliant la lumière prononcée de la Genèse à la personne de Jésus, décrite plus loin dans le même chapitre comme "la lumière des hommes" (Jean 1,4) — un lien qui nourrit la réflexion chrétienne sur ce seul et unique verset depuis deux mille ans.
Les artistes reviennent à cet instant précis depuis des siècles, le trouvant généralement difficile à peindre en tant que tel, puisqu'il n'y a ni paysage, ni personnage, ni action au-delà d'un seul geste divin. La solution de Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine, reproduite en tête de cet article, montre Dieu seul dans un tourbillon de drapé, séparant physiquement la lumière des ténèbres de ses propres bras tendus — transformant un acte de parole abstrait en quelque chose de proche d'un corps-à-corps, l'un des rares moments de tout le cycle du plafond où Dieu apparaît sans aucune autre figure partageant le cadre. Cet isolement est en lui-même une forme de commentaire : à la différence des scènes de création ultérieures, où Adam et Ève partagent la toile avec leur créateur, ce premier acte se déroule sans personne encore pour en être témoin.
La formule connaît aussi une longue postérité dans des devises et des motifs iconographiques qui n'ont rien à voir directement avec la théologie : plusieurs universités, dont Yale et l'université de Californie, ont adopté « Fiat lux » ou des variantes proches comme devise institutionnelle, empruntant à la phrase son association avec le savoir dissipant l'ignorance plutôt que son sens cosmologique d'origine. Cette vie seconde mérite d'être signalée précisément parce qu'elle montre le chemin parcouru par un commandement de quatre mots, depuis une description des jours d'avant le soleil. Pour les lecteurs curieux de voir comment d'autres visions vétérotestamentaires de la gloire et de la lumière divines se rattachent à cette scène d'ouverture, l'article de ce blog sur la vision d'Isaïe du trône céleste explore une image apparentée, plus tardive, d'un rayonnement divin écrasant.
Pour une scène presque dépourvue d'action — aucun personnage, aucun dialogue hormis une seule réplique — la création de la lumière porte un poids théologique considérable. C'est le moment que le texte choisit pour ouvrir son récit, avant la terre, les plantes, les animaux ou l'humanité elle-même : avant que rien d'autre n'existe, il y a une voix, et il y a une lumière qui lui répond.
Trivia
Que dit exactement Genèse 1,1-5 sur ce qui s'est passé le premier jour de la création ?
Pourquoi la lumière apparaît-elle dès le premier jour, alors que le soleil n'est créé que le quatrième jour ?
« Que la lumière soit » est-elle une citation directe de la Bible ?
Pourquoi Dieu nomme-t-il la lumière et les ténèbres au verset 5 ?






